Marxisme

  • José Carlos Mariategui et la révolution permanente

    Michael Löwy 30 juin 2014

    On célèbre cette année le [cent vingtième] anniversaire de la naissance de José Carlos Mariategui (1894-1930), le grand marxiste latino-américain et un penseur comparable, par la force et l’originalité de sa pansée, aux grands marxistes européens.
    Un des aspects les plus importants – et aussi controversés – de son œuvre est sa conception de la révolution péruvienne et latino-américaine, développée surtout au cours de ses dernières années, souvent en polémique avec Haya de la Torre et son parti (l’APRA, Alliance populaire révolutionnaire américaine). Il s’agit d’une vision stratégique qui présente des analogies frappantes avec la théorie de la révolution permanente.
    Mariategui connaissait des écrits de Trotsky (...)

  • Les révolutions bourgeoises ont-elles existé ?

    Robert Lochhead 23 juin 2014

    Depuis la fin du XIXe siècle s’était imposée au sein du marxisme une conception des « révolutions bourgeoises » qui, rejoignant une tradition commémorative de mouvements démocratiques bourgeois, ou petits-bourgeois, ou encore sociaux-démocrates, s’est vulgarisée très largement, influençant dans de nombreux pays toute une culture historique dominante, tout en conférant au concept de « révolution bourgeoise » une étiquette de provenance marxiste, et même d’orthodoxie marxiste.
    Une certaine tradition marxiste
    Dans cette conception, la bourgeoisie, s’étant renforcée et enrichie par le développement du commerce puis du capitalisme au sein même de la société féodale, se révolte contre les obstacles que celle-ci (...)

  • Ukraine et Printemps arabe : le retour des « Révolutions politiques »

    Neil Davidson 16 juin 2014

    Les mouvements populaires de masse qui, ces dernières années, ont provoqué la chute des régimes établis dans plusieurs pays du monde arabe et en Ukraine relancent le débat sur de nombreuses questions théoriques. Peut-on parler de révolutions dans ces pays ? Et si oui, de quel type ? Ces pays étaient-ils des « maillons faibles » de l’ordre international et pourquoi ? Comment comprendre la présence parfois importante de courants islamistes, d’une part, et fascistes d’autre part, dans ces mobilisations populaires – et la faiblesse de la gauche ? L’historien et sociologue marxiste écossais Neil Davidson a été interviewé récemment par une revue ukrainienne sur ces questions. (Avanti4.be)
    Comment (...)

  • Libération nationale et bolchevisme : l’apport des marxistes de la périphérie de l’empire tsariste

    Eric Blanc 16 juin 2014

    Une mise en perspective à partir des régions périphériques de l’empire tsariste nous oblige à repenser de nombreuses hypothèses largement répandues sur les révolutions de 1905 et 1917, ainsi que l’évolution des analyses marxistes sur la libération nationale, la lutte paysanne, la révolution permanente et l’émancipation des femmes. Cet article analyse les débats marxistes sur la question nationale jusqu’en 1914. J’y soutiens que la stratégie du marxisme anti-colonial qui s’est finalement imposée fut élaborée pour la première fois par les marxistes des nationalités périphériques de l’empire tsariste, et non par les bolcheviques.
    Lénine et ses camarades étaient à la traîne par rapport aux marxistes non russes sur (...)

  • Dossier : Marx, Piketty et la crise capitaliste

    David Harvey, José Luis Lezama, Vicenç Navarro 16 juin 2014

    Le livre de l’économiste français Thomas Piketty, « Le Capital au XXe siècle » (Seuil, 2013) rencontre un succès impressionnant – et singulièrement aux Etats-Unis. Ce succès, ainsi que son contenu et ses propositions suscitent de nombreuses polémiques et controverses à gauche. Les contributions que nous publions ci-dessous se situent ainsi à divers niveaux critiques ; celle de Vicenç Navarro, économiste espagnol que l’on pourrait qualifier de « néo-keynésien de gauche », influencé par le marxisme, souligne les apports de Piketty tout en en pointant ses « silences ». David Harvey, géographe marxiste et spécialiste du « Capital » de Marx, s’attache quant à lui à une critique méthodologique et conceptuelle de (...)

  • Ecosocialisme et théologie de la libération. Entretien avec Michaël Löwy

    Michael Löwy, Rafael Diaz Salazar 11 juin 2014

    Michaël Löwy est directeur de recherche émérite au CNRS à Paris. Il est l’auteur d’une œuvre très vaste centrée sur les classiques du marxisme, le romantisme révolutionnaire, la sociologie de la religion et l’anticapitalisme écologiste. Il est notamment l’auteur des livres « La guerre des dieux. Religion et politique en Amérique latine » (Éditions du Félin, 1998), « Marxisme et théologie de la libération » et « Sociologies et religion » (Presses universitaires de France, 2005). L’un de ses derniers ouvrages paru s’intitule « Ecosocialisme » (Mille et une nuits, 2011). Entretien réalisé par Rafael Diaz Salazar pour la revue mexicaine « Papeles de relaciones ecosociales y cambio global », n°125, 2014.
    Michaël, tu (...)

  • Ukraine : Le bolchevisme devant une révolution nationale imprévue (1917-1920)

    Zbigniew Marcin Kowalewski 9 juin 2014

    Les dramatiques événements en Ukraine suscitent d’intenses polémiques à gauche et illustrent à nouveau pour les marxistes toute l’importance de la « question nationale » et de son articulation avec l’analyse de l’impérialisme. La question clé de l’indépendance et de l’unité de l’Ukraine face aux différents impérialismes – et en premier lieu face à l’impérialisme russe - constitue en effet une constante dans son histoire. Ecrit en 1989, le texte de Zbigniew Kowalewski que nous publions ici dans sa quasi intégralité apporte un éclairage historique de très grande valeur pour comprendre certains de ces éléments dans la situation actuelle en Ukraine. Il montre notamment que la complexité de cette situation n’est (...)

  • Emploi et formes de vie dans le capitalisme contemporain

    Alejandro Nadal 28 mai 2014

    Le capitalisme se nourrit du travail salarié et déclare une guerre sans pitié contre les formes de vie qui ne lui sont pas soumises. N’importe quelle figure existentielle qui n’est pas soumise aux nécessités de la valorisation du capital est un espace qui doit être conquis. Le capital n’a jamais respecté la notion de formes de vie en tant que mode alternatif d’existence et de développement. Pour le capitalisme, toute forme de vie n’est rien d’autre qu’un espace de rentabilité et doit être d’abord conquis et ensuite soumis au processus de valorisation (ou, si l’on préfère, à un processus d’exploitation).
    Il y a plus ou moins 30 ans l’économie mondiale a abandonné le schéma de l’Etat Providence et l’a (...)

  • L’impérialisme chez Lénine : Une analyse critique

    Rolando Astarita 23 mai 2014

    La question de l’impérialisme affleure dans de nombreuses discussions sur la relation entre les pays capitalistes les plus puissants et les plus « arriérés ». Une bonne partie de la gauche radicale continue à fonder ses analyses sur les thèses léninistes de l’impérialisme. Cela fait des années que je soutiens que ces thèses ne permettent pas de comprendre le mode de production capitaliste d’aujourd’hui et que la perspective contenue dans « Le Capital » de Marx (qui repose sur la théorie de la valeur-travail et de la plus-value) permet une approche plus juste.
    Trois questions, au moins, m’ont poussé à réaliser cette révision critique. En premier lieu, par le constat que la thèse du « monopolisme » (les (...)

  • Les travailleurs et l’impérialisme

    Guillermo Almeyra 10 mai 2014

    Celui qui veut éviter d’être esclave doit avoir l’esprit lucide et essayer d’évaluer avec justesse le rapport de force social ainsi que les points faibles et les contradictions du capitalisme mondial. Pour ce faire, et dans les limites de cet article, je vais tenter de résumer de manière schématique les traits principaux de la situation politico-économique mondiale actuelle.
    La Chine est la première puissance commerciale de la planète (elle vient de dépasser les Etats-Unis), mais elle est militairement et politiquement faible. Elle est le principal soutien du dollar et donc de l’hégémonie des Etats-Unis, avec ses investissements et ses achats de bons étasuniens. En outre, c’est un pays capitaliste (...)