ArcelorMittal : Exproprier ou plier

Ataulfo Riera 4 octobre 2012

La longue agonie de la sidérurgie liégeoise fait à nouveau la une de l’actualité sociale avec l’abandon de tout espoir de relance de sa phase à chaud, dont les hauts fourneaux de Seraing (HF6) et d’Ougrée (HFB) constituaient le fleuron. Malgré les déclarations enflammées des dirigeants syndicaux il y a un an et les belles paroles des partis traditionnels, PS en tête, près de 800 emplois sont donc perdus, ainsi que des milliers d’autres dans la sous-traitance ou par les retombées économiques [1] qu’un tel désastre social va provoquer dans une région déjà durement touchée par le chômage et la misère. Un tel scénario était-il écrit à l’avance ?

La mort des hauts fourneaux d’ArcelorMittal à Seraing ainsi qu’à Florange en France met en lumière une série de questions clés de la lutte anticapitaliste et du mouvement ouvrier en général : 1) les stratégies des multinationales de l’acier aujourd’hui ; 2) le rôle des gouvernements bourgeois, des partis traditionnels, et singulièrement de la social-démocratie ; 3) L’orientation des directions syndicales et leurs propres stratégies ; et, enfin, 4) la question de la propriété privée des moyens de production.

La stratégie de Mittal : Réduire l’offre et les coûts de production

La décision d’ArcelorMittal ne devrait pourtant surprendre personne. Il s’agit avant tout d’une entreprise qui licencie alors qu’elle se porte très bien : en 2011, le groupe a récolté 2,3 milliards de bénéfices et malgré une baisse des ventes, son chiffre d’affaire à gonflé de 8%. Depuis 2007, ce sont 238 milliards de dollars en bénéfices nets que l’ensemble du groupe a dégagé. Quant à la fortune personnelle de Mittal, qui a empoché 350 millions en 2011 en tant qu’actionnaire principal, elle est estimée à 31,1 milliards de dollars, soit la 21e au classement mondial selon Forbes [2]. On ne peut donc pas dire que ces messieurs sont aux abois.

Quoiqu’en dise la direction du groupe sidérurgique, au-delà d’aléas strictement conjoncturels, la production mondiale d’acier ne se porte pas trop mal en dépit de la crise [3]. Mais ce marché est dominé par une poignée de multinationales dont l’intérêt premier est d’offrir un rendement financier élevé aux actionnaires et de garder la « confiance » des investisseurs financiers. Autrement dit, l’outil et les travailleurs ne sont plus que des variables d’ajustement, des pions soumis aux seuls impératifs financiers - et non industriels - dans la stratégie mondiale de ces groupes. Comme l’explique le spécialiste de la sidérurgie Michel Capron ; « Comme beaucoup d’acteurs de cette taille ArcelorMittal est animé par une ambition monopoliste. Sa stratégie est simple : réduire l’offre, donc les capacités de production, pour faire monter les prix. Cockerill, dont les usines sont condamnées, subit les effets néfastes de cette stratégie » [4].

Cela fait plusieurs années que Mittal cherche à réduire ses activités productives en Europe. Pour ce faire, elle ne réinvestit plus ses énormes bénéfices dans une série d’outils de production pour ensuite fermer ceux qui ne sont plus, de ce fait, jugés comme suffisamment « rentables ». En même temps, elle concentre la production restante sur les côtes (Dunkerque), près des ports, afin de réduire les coûts de transport. Le taux d’exploitation de la force de travail s’est drastiquement aggravé par l’augmentation des cadences et par la mise en concurrence des travailleurs des différents sites du groupe, non seulement à l’échelle internationale mais au sein d’un même pays. D’une part, les travailleurs expérimentés en CDI qui partent en préretraite ne sont plus remplacés, tandis qu’on a accru le recours à la sous-traitance et au travail intérimaire, au mépris de la sécurité comme en témoignent les nombreux accidents, parfois mortels, qui sont survenus ces dernières années.

Simultanément, Mittal délocalise une partie de sa production européenne vers des pays émergents comme le Brésil, où la main d’œuvre est meilleur marché et où la proximité de la forêt amazonienne permet un approvisionnement en charbon de bois à bas coût. Toujours dans le but de satisfaire ses actionnaires et ses investisseurs financiers, une bonne partie des bénéfices d’ArcelorMittal qui auraient pu êtres réinvestis dans le maintien ou dans le développement d’unités productives est désormais consacrée à l’achat des matières premières nécessaires à la production d’acier (minerais de fer, charbon, bois). Mittal se transforme ainsi en un géant du secteur minier et prévoit 4,5 milliards de dollars d’investissements en 2012 pour des projets miniers au Canada, au Libéria, au Brésil, etc. L’avantage est double : ne plus subir les fluctuations des prix de ces matières et obtenir des bénéfices immédiats plus élevés : « Le rendement des fonds propres dans la sidérurgie atteint 5 ou 6 % et celui des mines, 50 % » selon Robert Roozeeuw, président de la délégation FGTB à ArcelorMittal [5].

Des pouvoirs publics aux petits soins

Depuis la crise des années ’70 jusqu’aux dernières péripéties en date, la responsabilité des pouvoirs publics dans la lente agonie de la sidérurgie liégeoise aura été écrasante. Et il faut bien entendu épingler en tout premier lieu l’attitude néfaste du Parti Socialiste, présent à tous les niveaux de pouvoir (ville, région, fédéral) et à toutes les époques.

Le cas de la sidérurgie illustre pleinement un rôle essentiel joué par l’Etat dans le capitalisme. Derrière le masque de « l’intérêt général », l’Etat bourgeois sert avant tout à garantir la reproduction des rapports sociaux capitalistes, en socialisant les pertes du privé pour ensuite privatiser les bénéfices si nécessaire. La gestion privée catastrophique de Cockerill pendant la crise des années ’70 laissa une entreprise exsangue et força l’Etat belge d’abord, puis la Région wallonne, à devenir actionnaire majoritaire. Après la remise à flot du navire grâce aux investissements publics et aux sacrifices des travailleurs (Plans Gandois), les pouvoirs publics remirent une entreprise rentable aux mains des capitalistes par la vente de Cockerill-Sambre à Usinor en 1998 - qui deviendra ensuite par fusions et rachats Arcelor en 2001 et ArcelorMittal en 2006. Comme l’évoque Michel Capron : « Des pans entiers de notre industrie ont été cédés par les pouvoirs publics ou des actionnaires privés sans véritable analyse stratégique, sur base de la seule croyance que nous étions trop petits pour affronter le marché. » [6]

Plus grave, la Région wallonne aura sans cesse déroulé le tapis rouge en offrant plusieurs centaines de millions d’euros en subsides publics directs ou indirects à chaque nouveau propriétaire capitaliste de Cockerill, et cela sans aucune contrepartie, ni garantie du maintien de l’outil et de l’emploi à long terme. D’abord, la vente de Cockerill-Sambre à Usinor se fit au prix ridiculement sous évalué de 650 millions d’euros, une bouchée de pain par rapport à sa valeur réelle. Après le rachat d’Arcelor par Mittal en 2006, c’est la Région wallonne, donc l’argent des contribuables, qui finança la dépollution des sites non repris par la multinationale. En 2008, pour permettre la « relance » des hauts fourneaux éteints, la Région Wallonne (à hauteur de 40 à 60 millions d’euros) et l’Etat fédéral ont financé à la place d’ArcelorMittal plus de la moitié de ses quotas d’émissions de CO2. Les cadeaux fiscaux n’ont pas manqué non plus grâce aux intérêts notionnels ; d’après les calculs du PTB, sur les 58 millions d’euros de bénéfices dégagés par ArcelorMittal en Belgique, la multinationale n’a payé que 54.000 euros d’impôts, soit 0,009% (l’impôt des sociétés est, théoriquement, de 33%). En 2011, sur 1,4 milliards d’euros de bénéfices, elle n’aurait même rien payé du tout au fisc. [7]

Depuis l’annonce de la fermeture définitive de la phase à chaud par ArcelorMittal en 2011, l’attitude des pouvoirs publics est on ne peut plus clair ; elles ont fait une croix tout aussi définitive sur l’avenir de ce secteur historique et ont cyniquement décidé de laisser tomber les travailleurs. Malgré les belles paroles, les promesses fleuries ou les réactions indignées des Marcourt, Demotte et Di Rupo déplorant le choix de Mittal et les pertes d’emplois, la vérité est qu’ils n’ont pratiquement pas levé le petit doigt depuis un an pour contraindre ArcelorMittal à plier.

Mis un peu au pied du mur par l’attitude de la FGTB quand, fin septembre, cette dernière a claqué la porte des négociations et que Mittal a menacé de couler la phase à froid en supprimant les investissements de modernisation nécessaires, les ministres PS ont été d’une lâcheté on ne peut plus évidente. Face à l’intransigeance de la multinationale qui se refusait à céder l’outil (et permettre ainsi la réalisation du plan alternatif présenté par les syndicats pour maintenir une sidérurgie intégrée à Liège sans Mittal), les autorités publiques se sont refusées à menacer ou à appliquer une expropriation de l’ensemble des sites wallons d’ArcelorMittal.

La prétendue « impuissance » des pouvoirs publics (en Belgique comme en France dans le cas de Florange) face à une multinationale telle qu’ArcelorMittal relève du « wishfull thinking ». Les autorités publiques ont bel et bien la capacité de tenter de forcer les choses. Ne serait-ce qu’en menaçant ArcelorMittal de devoir rembourser les centaines de millions d’euros reçus depuis des années en cadeaux fiscaux et en subsides publics. Si ce genre de choix n’est pas fait, ce n’est pas par « impuissance », mais bien par manque total de courage et de volonté politiques. Faut-il s’en étonner ? Pour le PS, converti depuis longtemps aux charmes du social-libéralisme, les capitalistes doivent être traités comme des coqs en pâte, ils ne doivent surtout pas être menacés ni sanctionnés comme de vulgaires voyous, comme les voleurs de biens publics qu’ils sont pourtant bel et bien.

On notera également que quand des cheminots font grève, on hurle à la prise d’otage des usagers et les projets de loi sur un service minimum dans le secteur public prolifèrent comme des champignons après la pluie. Mais quand une entreprise capitaliste prend les 2.000 travailleurs de la phase à froid en otages en menaçant de ne pas maintenir les investissements promis, on ne voit pas le bout du nez d’un seul projet de loi destiné à interdire ce genre de pratique mafieuse. Et lorsque cette même entreprise menace les pouvoirs publics en disant qu’en cas de réquisition et de nationalisation de la phase à chaud, elle n’achètera pas une tonne d’acier et fera en sorte qu’aucun client ne le fasse, aucune autorité publique n’entame de poursuite contre ce qui constitue pourtant un flagrant abus de position dominante. Enfin, rappelons aussi que quand il s’agit de sauver les banques et les spéculateurs des conséquences de leurs propres actes, les pouvoirs publics volent à leur secours en dépensant en un tour de main plus d’une vingtaine de milliards d’euros et en nationalisant certaines banques si nécessaire. Mais quand il s’agit de sauver plusieurs milliers d’emplois, on décrète qu’il est impossible d’y consacrer moins du vingtième des sommes offertes aux banques.

Telle est la logique d’un système politique et de partis politiques traditionnels - quelle que soit leur étiquette – qui sont désormais totalement inféodés aux intérêts capitalistes et n’ont plus aucune alternative à leur opposer.

Désunion et désillusions syndicales

Il est sans doute plus facile de commenter que d’agir, mais un bilan des orientations syndicales est également à faire. Et il serait surtout plus utile qu’un tel bilan se fasse le plus largement et démocratiquement possible dans les organisations syndicales elles-mêmes, afin de tirer les leçons pour l’avenir immédiat.

Malgré le fait que les centrales des métallos sont parmi les « combatives » des organisations syndicales, depuis plus de 20 ans, elles se trouvent essentiellement sur la défensive en négociant – parfois durement il est vrai – un plan social après l’autre dans l’espoir de sauver les emplois restant et de maintenir l’outil. Au final, l’emploi s’est réduit comme peau de chagrin et il s’est fortement précarisé tandis que l’outil est en passe de disparaître. De nombreux sacrifices (sur les salaires, le volume de l’emploi et les conditions de travail) ont été consentis par les travailleurs depuis des décennies afin de sauvegarder des investissements qui, lorsqu’ils se concrétisent, « contribuent généralement à contracter encore plus l’emploi. »  [8] Parallèlement, malgré l’accumulation des désillusions, les organisations syndicales n’ont pourtant jamais cessé de se tourner vers les pouvoirs publics et, pour la FGTB en particulier, de mener un lobbying actif vis-à-vis du PS.

En octobre 2011, après qu’ArcelorMittal ait annoncé sa volonté définitive de fermer la phase à chaud liégeoise, 10.000 personnes se sont rassemblées à Seraing à l’appel des syndicats pour manifester leur solidarité avec les métallos. Le sentiment dominant parmi les travailleurs et la population, relayé par les déclarations syndicales, était résumé par ces mots : « Cockerill appartient à ses travailleurs et à personne d’autre ». Mais, depuis lors, mise à part une grande manifestation le 7 décembre 2011, aucune autre mobilisation d’une telle ampleur n’a été organisée. Or, le potentiel pour mener une action dans la durée avec comme objectif immédiat : « pas de fermeture et zéro licenciement » était bel et bien là.

En outre, après la manifestation d’octobre 2011, la direction et les syndicats ont entamé la première phase dite d’information-consultation de la « procédure Renault » sur les licenciements collectifs. Pendant près d’un an, mis à part quelques actions ponctuelles, aucune pression permanente combinant des mobilisations de masse avec des actions plus pointues n’a été exercée sur la direction d’ArcelorMittal ou sur les pouvoirs publics. Pour Nico Cué, secrétaire général des Métallos FGTB de Wallonie-Bruxelles ; « Si l’on considère que ce qui est en jeu, c’est la survie d’une industrie structurant l’économie de toute une région, les travailleurs d’ArcelorMittal ont mené un nombre exceptionnellement faible d’action. Non pas par passivité, mais tout simplement parce qu’ils avaient fait le choix de la responsabilité, et parce qu’ils avaient gardé l’espoir. » [9]

Ce choix de la « responsabilité » ne s’est donc pas révélé payant. Plutôt que de miser sur une montée en puissance continue d’une solidarité active de l’ensemble de la population et des autres travailleurs, les organisations syndicales ont, à nouveau, essentiellement placé leurs espoirs dans l’intervention des pouvoirs publics.

Fin septembre 2012, à la fin de la première phase de la procédure Renault, la direction a subitement annoncé aux syndicats sa volonté de supprimer 795 emplois, au lieu des 581 annoncés initialement. Elle exigeait en outre que les négociations sur le plan social et sur le plan industriel s’achèvent en un mois ; que les travailleurs s’engagent par écrit à ne pas entamer des recours en justice et, enfin, que les premières mesures techniques de fermeture soient réalisées avant la conclusion définitive des accords. Pour la FGTB, c’en était trop. Ses représentants refusèrent d’avaliser ces exigences et rompirent momentanément les négociations, au contraire de la CSC.

Pour la FGTB, il s’agissait surtout d’exercer une forte pression sur le PS à la veille des élections communales afin qu’il apporte un appui décisif au plan syndical visant à maintenir une sidérurgie intégrée à Liège. Ce plan impliquait en effet le rachat des phases à chaud et à froid afin de constituer une entreprise majoritairement publique. Un plan qui était loin d’être parfait puisqu’il entraînait 500 suppressions d’emplois, mais qui à tout le moins, permettait de poser la question d’une propriété publique de l’outil. Mais, comme on l’a vu, pour la Région Wallonne, le refus de Mittal de céder ses installations du chaud était du pain béni lui permettant de refermer immédiatement la porte à peine entr’ouverte d’une nationalisation qu’elle ne voulait surtout pas et qu’elle s’est refusée à atteindre par la voie de l’expropriation.

Il ne pouvait évidement pas en être autrement en l’absence d’un rapport de forces préalable conquis dans la rue par une campagne, une mobilisation de masse suffisamment soutenue et puissante que pour contraindre la Région à agir contre sa volonté. Or, tel n’a pas été le cas. Et il faut dire également que le plan syndical excluait à l’avance comme « impraticable » l’option d’une expropriation [10]. En définitive, le PS a fui ses responsabilités en se cachant derrière le refus de Mittal, tandis qu’à leur tour les directions syndicales ont fait de même en s’abritant derrière « l’impuissance » du pouvoir public. Comme l’a déclaré un responsable FGTB métallos ; « Que faire, dès lors qu’ArcelorMittal n’était pas vendeur et qu’on ne pouvait pas l’y obliger ? ». Le vendredi 28 septembre, revenus à la table des négociations, la direction et les syndicats ont donc signé à l’unanimité un « accord-cadre » qui clôt la première étape de la procédure Renault et ont entamé les négociations pour le plan social, puis industriel, qui enfonceront le clou définitif au cercueil de la sidérurgie intégrée à Liège.

Les différentes organisations syndicales européennes d’ArcelorMittal se sont également refusées jusqu’à présent à mener la lutte au seul niveau où elle peut être efficace face à une multinationale, autrement dit en menant une mobilisation coordonnée à l’échelle de l’ensemble du groupe en Europe. La conjoncture est pourtant favorable à une telle lutte commune. Au Luxembourg, après la délocalisation du service informatique, l’un des deux laminoirs de Schifflange a été mis à l’arrêt et la direction a réduit la production du site de Rodange avec, au total, 600 suppressions de postes. [11] En France, après la fermeture du site de Grandrange, c’est la phase à chaud du site de Florange qui vient d’être condamnée, frappant entre 600 et 1000 travailleurs. Les 20 et 29 septembre, deux journées de grève générale ont totalement paralysées les usines d’ArcelorMittal à Avilés et à Gijon dans l’Etat espagnol (Asturies), contre les menaces de licenciement de 800 travailleurs. [12] L’organisation d’une riposte unitaire et solidaire, d’une grève générale commune en Belgique, au Luxembourg, en France et en Espagne est donc parfaitement possible si les directions syndicales en ont la volonté. Malheureusement, ce n’est pas la voie choisie jusqu’ici mis à part la présence de délégations symboliques à l’une ou l’autre de ces mobilisations.

Occuper pour exproprier

L’avenir de la sidérurgie liégeoise est donc sombre, car rien ne garantit que dans 5 ans la phase à froid ne connaîtra pas le même sort que la phase à chaud aujourd’hui. Maintenir la phase à froid comme si elle était toujours dans un ensemble parfaitement « intégré » - comme semble le faire croire les responsables de la CSC - revient en fait à demander à un homme dont on a coupé un bras de continuer à jouer à la perfection une partition au piano. Au-delà du chantage aux investissements pour le froid, la volonté de la direction d’ArcelorMittal est limpide : précipiter une spirale sans fin de compétitivité qui tirera vers le bas les conditions de travail en mettant directement en concurrence les travailleurs des phases à froid de Liège et de Florange pour être « dignes » d’obtenir un approvisionnement régulier des hauts-fourneaux de Dunkerque.

Mais une autre voie de résistance était et reste encore possible malgré tout : celle combinant à la fois une lutte coordonnée à l’échelle européenne et une mobilisation solidaire active de toute la population sérésienne et d’au-delà ainsi que des travailleurs de l’ensemble du pays. Puisque la modération, la temporisation et les illusions vis-à-vis des pouvoirs publics n’apportent que de piètres résultats, il n’est pas trop tard pour entamer une telle voie. Celle-ci pourrait se concrétiser dans une grève avec occupation active des sites de la phase à chaud afin d’empêcher leur démantèlement et exiger une expropriation sans rachat ni indemnité. En outre, un projet d’entreprise publique sidérurgique ne peut pas faire l’impasse sur le rôle néfaste qu’ont joué jusqu’ici les pouvoirs publics. Comme l’a prouvé à de multiples reprises l’histoire récente de la sidérurgie wallonne, aucune confiance n’est possible envers la Région wallonne ou l’Etat fédéral : une nationalisation sous contrôle ouvrier est donc indispensable.


[1D’après les calculs de la Fondation André Renard, ce sont près de 4.000 emplois chez les sous-traitants qui seront détruits tandis que 235 millions d’euros seraient perdus pour l’économie de la Région wallonne (L’Avenir.net, 27 septembre 2012)

[2Olivier Bailly, « Le défi sidérurgique », Le Monde Diplomatique, septembre 2012

[4Interview de Michel Capron au journal Le Soir, 18 septembre 2012

[5« Mittal prépare sa mue en groupe minier », Le Soir, 19 septembre 2012

[6Interview de Michel Capron au journal Le Soir, 18 septembre 2012

[7Le Monde Diplomatique, op. cit.

[8Michel Capron, « Les restructurations récentes dans la sidérurgie wallonne », Cahiers Marxistes n° 223, octobre-novembre 2002.

[9Nico Cué, « Mittal : au-delà de l’écœurement », éditorial du 21/09/2012

[10Michaël Venturi, « ArcelorMittal : Entre crainte et espoir », Autre Repères, revue de la Form’action André Renard.