Après les élections présidentielles : Les Etats-Unis dans la crise mondiale et dans sa crise politico-sociale

Guillermo Almeyra 13 novembre 2012

Barack Obama a donc été réélu avec à peine 2 points de pourcentage d’avance sur son rival du Parti Républicain, Mitt Romney, le candidat de la finance et de la grande industrie. Les suffrages qui ont octroyé la victoire à Obama proviennent surtout des électeurs des minorités ethniques : 93% des Noirs et près de 60% des Latinos et des Asiatiques. Il a également bénéficié de près 70% du vote féminin et d’une grande partie des suffrages des secteurs les plus éduqués, dont les jeunes.

Obama a obtenu le soutien de ceux qui veulent des réformes sociales pour atténuer les effets de la crise provoquée par le capital financier ; pour des droits civils et démocratiques plus étendus et pour réduire les inégalités sociales. Ceux qui ont voté pour lui, bien qu’ils font toujours confiance au système capitaliste, l’ont fait en rejet de l’offensive brutale du capital financier et de l’establishment contre toute forme de résistance à la réduction des salaires réels et des droits afin de maintenir le plus haut taux de profit possible. Romney, par contre, a surtout bénéficié des votes des adultes blancs conservateurs et religieux – d’âge moyen ou plus âgés – et de l’establishment, qui craint les politiques fiscales que pourrait adopter Obama.

L’hégémonie culturelle et idéologique du capitalisme touche tous les électeurs, convaincus du caractère quasi naturel et de la pérennité de ce système. La sous-culture xénophobe, raciste et fasciste de la droite étasunienne n’a donc pas obtenu la majorité, bien qu’elle ait compte près de la moitié des votes. Mais les Noirs, qui constituent l’immense majorité des détenus dans des prisons avec lesquelles le capitalisme veut « résoudre » la question sociale et les conséquences de l’appauvrissement matériel et culturel, ont voté pour le chef de l’Etat qui les enferme dans ces mêmes prisons, tandis que les Latinos, qui sont discriminés avec ou sans papiers et sont les principales victimes du chômage, ont voté pour le chef impérialiste qui opprime leurs pays d’origines et qui ne leur accorde même pas le « droit » de se faire exploiter sur le sol étasunien.

Obama a donc une certaine marge de manœuvre vis-à-vis des dominés. Mais ces derniers commencent cependant à se rassembler et à prendre leur distance du grand capital sur une base de classe, ethnique, démocratique et de genre. Et c’est précisément parce qu’il y a un abîme culturel, ethnique et social entre la base qui soutient Obama et celle de l’establishment que l’extrême droite et le grand capital ne reconnaissent pas la victoire d’Obama. Ils parlent de fraude et considèrent que le président réélu est illégitime. Ils feront donc l’impossible pour mettre tout le poids de leur puissance dans la balance politique. Dans cette dernière, le fragile soutien populaire à un représentant d’un secteur minoritaire de la classe dominante ne compensera pas les manœuvres de blocage que les Républicains mettront en œuvre à la Chambre des députés - qu’ils contrôlent – ni la déstabilisation économique qu’ils organiseront afin que le gouvernement n’augmente pas les impôts des riches.

Ceux qui, comme López Obrador (*) au Mexique et tant d’autres dans le monde, se réjouissent de la victoire d’Obama ne font que se bercer d’illusions. En effet, rien ne garantit que ce dernier ne maintiendra pas, ou accentuera encore plus, son bellicisme impérialiste en menant une politique similaire à celle de Bush, sous la pression de la majorité des représentants de sa classe. Ni qu’il n’abandonnera pas ses timides plans sociaux pour appliquer la partie fondamentale de la politique des Républicains, puisqu’il est certain de ne pas rencontrer - du moins dans l’immédiat - d’opposition sur le front social.

Cependant, face à la prolongation de la crise capitaliste aux Etats-Unis et dans le monde, et face au sabotage parlementaire des Républicains, il existe également la possibilité qu’Obama puisse être obligé, contre son caractère et contre sa volonté, d’appliquer l’une ou l’autre mesure financière (une taxe de type Tobin ou une augmentation des impôts aux plus riches, par exemple). Il est même possible qu’il appelle son électorat à forcer la résistance de la majorité ultra-droitière et raciste de la Chambre des Députés, ouvrant ainsi involontairement la voie à l’intervention directe, politique et sociale, de ceux qui jusqu’à présent se sont limités à faire des marches et à voter contre les conservateurs.

Cette possibilité, qu’on ne peut totalement exclure, même si elle semble peu probable, radicaliserait immédiatement tout le panorama politique et aurait de grandes répercussions dans l’Union européenne, dans les pays dépendants et dans le reste du monde. D’autre part, la brutalité de l’establishment étasunien n’a pas de limite, tout comme son absence de scrupules. Il ne faut pas oublier que dans les luttes internes de la bourgeoisie aux Etats-Unis, Abraham Lincoln d’abord, et John F. Kennedy ensuite, tombèrent assassinés par des adversaires qui, aussi pro-capitaliste qu’eux, les considéraient cependant comme dangereux.

Même si son économie et son hégémonie internationale sont affaiblies, les Etats-Unis conservent toujours leur hégémonie culturelle et politique, ce qui leur permet de dominer ceux qu’elle opprime et elle exploite son hégémonie militaire afin de donner plus de poids à ses appareils répressifs. La crise provoquée par le Capital réduit fortement les espaces démocratiques et déchaîne la brutalité de ces appareils répressifs. Les affrontements entre les classes pourraient ouvrir la voie à un apprentissage politique du peuple étasunien et, en même temps, à l’apparition d’un reflet déformé de cette lutte de classes au sein même de l’establishment. Pour Obama, le danger viendra donc de partout ; d’un côté de l’extrême droite aussi impérialiste que lui et, de l’autre, du front social constitué par ses propres électeurs.

Il est fondamental, pour le Mexique et pour le monde, d’aider les opprimés et les travailleurs des Etats-Unis à conquérir leur indépendance politique face aux Démocrates et à la Maison Blanche. Et cela ne pourra se réaliser qu’en parvenant dans chaque pays à cette indépendance politique des travailleurs et en mettant en échec les plans de l’impérialisme et de ses alliés locaux.

Source : http://www.jornada.unam.mx/archivo_opinion/autor/front/13
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera

(*) Leader du Parti de la Révolution Démocratique (PRD), gauche réformiste