Grève Générale en Belgique le 14 novembre ? Il est temps que le syndicat prenne ses responsabilités

Sylvia Nerina 24 octobre 2012

Le 14 novembre, les syndicats appellent à une grève générale en Grèce, en Espagne, au Portugal, à Chypre, à Malte,… Des syndicats d’autres pays pourraient embrayer dans les prochains jours. Sous cette pression, la Confédération Européenne des Syndicats a dû appeler à une « journée d’action » au niveau européen ce jour-là. L’Europe se prépare ainsi à la première grève générale organisée internationalement de son histoire. La Belgique sera-t-elle « out » ou « in » ? Cela dépend aussi et surtout de nos propres syndicats : prendront-ils leurs responsabilités ? Certains ont ouvert la voie ; maintenant la question est de savoir qui prend les décisions entre la bureaucratie plan-plan et les militants combatifs ?

En Grèce, en Espagne, au Portugal, fini les promesses, fini de se laisser diviser sans broncher. Le peuple redescend dans la rue pour rappeler son pouvoir.

Une grève générale qui ne défendra pas que les travailleurs, mais tous les citoyens. Une convergence des luttes comme on les rêve dans ces soirées entre amis où on refait le monde. Le premier pas vers une grève générale européenne qui, jusqu’à la semaine dernière, ressemblait plus à l’inaccessible étoile de la résistance contre l’austérité qu’à une possibilité réelle.

Mais en Belgique ? Nous, travailleurs et travailleuses, avec ou sans emploi, avec ou sans papiers, que ferons-nous ?

Certains regardent sans comprendre. D’autres comprennent très bien mais ne savent pas quoi faire. D’autres encore savent ce qu’il faut faire, mais attendent de voir si la grande machine syndicale assumera enfin le rôle pour lequel elle existe.

Dans un pays comme la Belgique, avec plus de 70% d’affiliation, si le syndicat n’appelle pas à la grève, il y a peu de chances qu’elle se fasse. Si à l’heure actuelle ce n’est déjà pas simple de faire grève lorsque le syndicat donne un mot d’ordre, ça devient très dur de décider dans nos entreprises, à quelques uns et de manière isolée, de faire un arrêt de travail sans que le syndicat ne le couvre. Nier cette réalité en appelant au courage individuel des travailleurs revient à de la culpabilisation insensée.

Mais ça ne veut pas dire qu’on doit simplement attendre que nos grandes structures fassent oui ou non de la tête pour décider de notre sort. Mettons-leur la pression ! Rappelons leur que leur rôle est d’obtenir des conquêtes sociales, pas de négocier le calendrier de leur démantèlement.

De plus en plus de travailleurs se rendent compte que face au rouleau compresseur patronal, il n’y a plus de négociation qui tienne. Les foyers de lutte commencent à se multiplier un peu partout depuis quelques semaines déjà. Les travailleurs du secteur chaud d’Arcelor, qui ont tout perdu, se retrouvent face à l’insolente suffisance d’un Mittal qui licencie tout en partant avec l’argent du gouvernement dans ses poches et c’est tout le bassin liégeois qui se solidarise. Les travailleurs de la Poste, dont la grève de cette semaine dans le Hainaut et à Bruxelles a été très bien suivie. Le personnel de la SNCB, qui prépare déjà une grève pour les 29 et 30 octobre afin de résister à la privatisation du groupe.

Autant de combats contre les différentes têtes d’une même hydre. Ce monstre à multiples facettes qu’est la logique du capital, aujourd’hui débridée par la crise et utilement servie par le carcan européen de l’austérité. Cette Union européenne qui, avec ses gouvernements, de droite comme de « gauche », déroule le tapis rouge au patronat pour détruire nos conditions sociales, nos services publics et notre liberté en toute tranquillité, au nom du remboursement de dettes illégitimes.

Et personne ne sera épargné. Pas même les gentils travailleurs qui font bien leurs heures supplémentaires et produisent plus que ce qu’on leur demande pour un salaire moindre. Après Arcelor, qui licencie 800 travailleurs tout en continuant à faire du profit, voilà que le couperet tombe brutalement chez Ford. Son site de Genk sera définitivement fermé le 31 décembre 2013 et 4.300 emplois directs seront perdus. Des travailleurs qui se sont levés tout les matins pour effectuer leur pause. Des travailleurs qui ont renoncé à des moments en famille pour ne pas refuser les heures supplémentaires. Des travailleurs comme vous et moi. Aucun d’entre nous n’est à l’abri, tant les « sages » que les révoltés.

Cette roulette russe modèle mitraillette ne peut pas continuer.

Mais des combats isolés ne pourront pas aboutir avec le rapport de force actuel ; le patronat a pu largement bénéficier de la complicité du gouvernement et de la mollesse dans laquelle semble s’être enlisée le syndicat. Il est à l’aise, il est tout puissant.

Face à ça, il est vital de rétablir le rapport de force.

« Rapport de force », voilà un terme qui semble très éloigné de notre réalité. Les travailleurs sont soumis aux dictats d’un patronat qui les considère comme des kleenex interchangeables et entendent tous les jours un gouvernement qui leur ment avec le sourire le plus sincère ; pas étonnant qu’ils se demandent où en est ce fameux rapport de force…

Pourtant il existe, là, endormi sous nos peurs, sous la pression maintenue par le patronat, sous la propagande de l’Etat qui continue à nous bassiner avec sa politique du « serrage de ceinture » comme si on y croyait encore. Une fois qu’il se réveille, c’est une nouvelle machine qui se met en route. S’ils ont un rouleau compresseur, nous avons une bombe nucléaire. Mais elle est en pièces détachées et chacun en possède un morceau. En Espagne, en Grèce, au Portugal, ils ont commencé à s’unir et à mettre les pièces ensemble et c’est là que la peur pourrait enfin commencer à changer de camp et à tarauder le patronat et le gouvernement. Ce rapport de force qui semblait mort, voilà qu’il renaît pour rappeler à ces Messieurs que s’ils prennent tout aux travailleurs, ils se retrouveront face à des milliers de travailleurs qui n’auront plus rien à perdre. Et si leurs machines pouvaient fonctionner toutes seules, ça fait belle lurette qu’ils ne s’acharneraient plus à baisser les salaires pour augmenter leurs profits.

Les travailleurs d’ArcelorMittal ne gagneront pas tous seuls, tout comme les postiers n’arrêteront pas les projets de leur direction sans le soutien des autres secteurs. Les travailleurs de la SNCB n’arrêteront pas non plus la privatisation en restant isolés. Parce que pour l’instant nous avons face à nous un patronat arrogant, sûr de son pouvoir, et un gouvernement caniche qui secoue la queue quand la FEB le caresse. Il est temps d’abattre cette arrogance et leurs belles certitudes, pour qu’ils comprennent que ce n’est pas une blague, que les travailleurs ont des droits et que, si on les leur refuse, ils les prennent.

Nous n’avons pas besoin d’eux. Nous n’avons pas besoin de celui qui s’approprie la richesse et ensuite prétend décider comment il la redistribue. Ils ne créent pas la richesse, nous le faisons. Si ce n’est pas avec eux, ce sera sans eux. Nous sommes l’écrasante majorité et ce sont eux qui ont besoin de nous. Mais il est plus que temps de le leur rappeler. En bloquant le pays, en bloquant l’économie. Qu’ils se rendent à nouveau compte que tout leur argent et leurs intérêts notionnels ne peuvent rien quand les travailleurs décident collectivement d’arrêter la machine.

Alors que font les syndicats ? Trouvent-ils que les choses ne vont pas encore assez loin et qu’il y a encore une paix sociale à préserver ? Vont-ils enfin admettre que les capitalistes ont déclaré une guerre à outrance contre les droits des travailleurs et que les « bornes » ont déjà été largement dépassées ? Vont-ils enfin agir en conséquence ?

Certains secteurs appellent déjà à la grève générale pour le 14 novembre. La Centrale Générale de Liège-Huy-Waremme a décidé lors de son congrès du 20 octobre « d’appeler à la grève générale dans ses secteurs et entreprises et ce, quel que soit le mode d’action décidé par la CES ou la FGTB fédérale ». La FGTB Métal de Liège-Luxembourg lui a emboîté le pas, « en demandant une journée de grève dans le cadre des actions européennes du 14 novembre », suivie par la régionale bruxelloise CGSP ALR. Et les Jeunes FGTB et les Métallos Wallonie Bruxelles de la FGTB ont embrayé, ainsi que l’Interprofessionnelle liégeoise.

Si la FGTB ne décide pas de suivre l’avis de ces secteurs et de sa base en appelant à la grève générale pour la 14 novembre, elle enterrera le peu de crédibilité qui lui restait comme syndicat de combat, pour n’être plus réduit qu’à un organisme de régulation sociale au service de l’Etat et du patronat.

Il est également temps que le sommet de la CSC arrête de faire la sourde oreille. Certaines initiatives des plus combatives sont nées de délégations CSC et CNE, alors arrêtons de prétendre qu’il y a des « rouges » et des « verts » et qu’ils sont forcément différents. D’un côté comme de l’autre, il y a des délégué(e)s courageux(ses) qui font leur possible. D’un côté comme de l’autre, il y a aussi des structures puissantes en terme d’affiliation, qui, honteusement, refusent de les soutenir sérieusement.

Les fédérations syndicales doivent prendre leurs responsabilités et ne pas rater cette occasion de justifier leur existence. Les travailleurs ont besoin que leurs syndicats appellent à la grève générale, pour savoir qu’ils ne seront pas isolés dans leur combat le 14 novembre, ni dans les combats suivants.

Une grève de 24 heures dans plusieurs pays d’Europe sera le premier pas vers une véritable grève générale européenne. Nous savons que c’est à l’échelle européenne que sont coordonnées les attaques et que c’est à ce niveau là qu’il faut mettre la pression. Hier encore ça nous paraissait impossible et voilà qu’aujourd’hui plusieurs pays européens vont être en grève le même jour.

De la même manière que les petits cours d’eau font les grands fleuves, il est nécessaire que les organisations sociales, politiques, les mouvements de résistance de gauche unissent leurs voix pour appeler les directions syndicales à assumer cette responsabilité historique.

Pour la solidarité avec les travailleurs-euses du sud de l’Europe, pour ceux de Ford Genk, d’ArcelorMittal et d’ailleurs, contre les budgets d’austérité qui s’accumulent, contre le Traité fiscal et l’Europe du capital : tous en grève le 14 novembre !