, 30 juin 2013
Pour justifier le récent coup de force audiovisuel, un responsable du parti de la droite a benoîtement déclaré que c’était nécessaire, car les chaînes publiques ne soutenaient pas le gouvernement et qu’en plus, si la mesure avait été discutée au Parlement, celle-ci aurait pu être recalée... Aveu accablant qui indique l’urgence d’une bataille pour la démocratie, dans le pays qui en inventa le principe.
Le ministre Kedikoglou, celui-là même qui a annoncé la fermeture de ERT, qui a dénoncé la radio-télé publique comme un repaire de passe-droits, y fut lui-même engagé sans aucun concours, puis envoyé pendant deux ans en formation à CNN pour, à son retour, très vite négocier son passage vers la télé privée.
Alors que les menaces d’intervention des flics se renforcent contre les travailleurEs de ERT qui occupent et émettent par différents moyens, cette mobilisation continue d’agir en profondeur et laissera des traces, quoi qu’il arrive ! D’abord par la solidarité qui continue et s’intensifie : tous les soirs, des milliers de personnes passent par le siège d’Aghia Paraskevi, mais des milliers d’autres ont aussi manifesté la semaine passée à Salonique, 2 000 à Ioannina...
De plus, la poursuite « sauvage » des programmes (y compris la retransmission de la messe !) avec débats et initiatives culturelles diverses, préfigure ce que doit être un véritable service audiovisuel non pas d’État mais public, avec la parole laissée aux acteurs et actrices des différents secteurs de la vie locale et nationale. Un contraste absolu avec la nullité culturelle d’un gouvernement qui a aussi dissous l’orchestre national de ERT. Et les larmes d’une violoniste lors d’un concert de l’orchestre dissous, ce qu’elle a dit sur la tristesse de ses collègues, sur des salaires moyens de 650 euros, ont mis en avant l’urgence d’une réappropriation populaire de la culture, avec les moyens nécessaires, et en lien avec la mémoire de grands moments musicaux ou théâtraux de ERT. Coïncidence ? Au même moment, les nazis ouvrent une chaîne pour mieux faire passer leurs messages de haine et de propagande à la Goebbels...
De plus, le gouvernement prépare pour la suite la fermeture de 13 hôpitaux (5 pendant l’été ?), des fermetures et regroupements d’établissements scolaires, notamment dans les banlieues populaires...
Dans ce contexte, deux questions se posent. D’une part, il faut prendre la mesure de la crise gouvernementale. Le départ du gouvernement de Dimar, une scission droitière de Syriza, est certes un épiphénomène… aux conséquences pourtant importantes. Le nouveau gouvernement Nouvelle Démocratie / Pasok est une caricature du bipartisme qui a produit tous les scandales (affairisme, favoritisme, pots de vins…) de ces dernières décennies. Le roi est donc nu, et risque de tomber lors d’un vote au Parlement. D’où des marchandages sans fin pour arriver à un nouveau gouvernement faisant de Venizelos (issu du Pasok) le numéro deux du gouvernement, gouvernement intégrant les différents courants de la Nouvelle Démocratie, et suscitant un enthousiasme... de façade dans la presse bourgeoise.
L’autre question est la capacité de la gauche à tracer des perspectives crédibles. Loin de traduire la lutte unitaire sur le terrain, le KKE et Syriza ont voulu organiser chacun de son côté un meeting la semaine dernière, des échecs dans les deux cas. De plus, la sortie du gouvernement de Dimar (qui annonce pourtant le soutenir !) amène des cadres de Syriza à vouloir reprendre langue avec ce courant droitier (et vice versa...). De son côté, la coalition Antarsya a appelé à une nouvelle grève générale cette semaine et exige un front de lutte pour chasser le gouvernement, ce qui pourrait être la proposition la plus concrète pouvant réunir les trois forces. L’actuelle mobilisation pourrait peut-être même accélérer les choses, dans la perspective d’un gouvernement qui rompe avec les mémorandums et prenne des mesures sociales d’urgence.
A. Sartzekis d’Athènes
Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 201 (27/06/13). http://www.npa2009.org/
Esquerda.net
L’inévitable remaniement gouvernement après la crise produite par la fermeture de la télévision publique à mené à un renforcement du poids de la social-démocratie dans un gouvernement affaibli par la sortie de l’une de ses composantes. La Gauche Démocratique (DIMAR), de Fotis Kouvélis, n’est pas parvenue à un accord sur le plan de l’exécutif sur l’avenir du service public de radiotélévision ERT et, après une année d’application de mesures d’austérité et d’effondrement de la popularité du gouvernement, elle a claqué la porte.
L’appel lancé à Vénizélos à revenir au gouvernement, après avoir occupé le portefeuille des Finances lors des négociations avec la Troïka dans les gouvernements de Giorgos Papandréou et du technocrate Lukas Papadimos, n’est pas surprenant. Le leader du PASOK détient donc aujourd’hui le portefeuille des Affaires étrangères et il est le nouveau vice-premier ministre grec. Au même moment, le PASOK est en chute libre continue dans les sondages (en dessous de 5%).
Dans la pratique, il s’agit de renforcer l’engagement connu des social-libéraux grecs avec l’agenda de coupes et d’austérité renforcée imposé par la Troïka depuis 3 ans, mais aussi pour renforcer un gouvernement clairement autoritaire, où le premier ministre peut décider de fermer une chaîne de télévision publique sans même consulter ses partenaires de coalition. Le soutien de Vénizélos à ce gouvernement décadent est un soutien à ce type de mesures.
Le remaniement ministériel a maintenu les ministres aux portefeuilles clé tels que les Finances, l’Intérieur, l’Education et le Travail. Outre les ministères qu’il détenait déjà, le PASOK a gagné les portefeuilles de l’Environnement et des Transports et a renforcé le nombre de ses adjoints de ministres dans les autres domaines. La question de la télévision publique sera aux mains du nouveau ministre Pantelis Kapsis, ancien porte-parole du gouvernement technocrate de Lukas Papadimos. Le portefeuille des Administrations Publiques, qui doit présenter à la fin du mois la liste de 2.000 fonctionnaires à licencier, échoit à un ex-dirigeant du secteur financier mouillé dans les scandales de l’entreprise Siemens quand il était député en 2007.
Pour la Santé, la Nouvelle Démocratie et le PASOK ont choisi un commentateur de télévision et politicien connu pour ses positions xénophobes, Antonis Georgiadis, qui fut jusqu’en 2007 le porte-parole du LAOS, parti confessionnel orthodoxe le plus à droite du spectre politique grec jusqu’à la montée des néonazis de l’Aube Dorée. Il a rejoint la Nouvelle Démocratie l’année dernière et son entrée au ministère de la Santé soulève bien des inquiétudes, vu ses positions anti-immigrés alors que de nouvelles coupes se préparent dans le système de santé publique.
Selon certains journalistes, c’est la nomination de Georgiadis qui a provoqué la première crise du nouveau gouvernement, quant son adjointe, Sofía Voultépsi, présenta sa démission deux heures après avoir été informée du nom de son supérieur. Voultépsi était députée de la Nouvelle Démocratie et s’est fait connaître pour avoir désobéi aux nouvelles règles de sécurité dans le Parlement grec en refusant que son sac à main soit fouillé par la police.
Dans un communiqué, le plus grand parti d’opposition (Syriza) a affirmé que le nouveau gouvernement continuera à appliquer les mesures du mémorandum pour vendre les biens publics et poursuivre les attaques contre les travailleurs avec de nouvelles coupes des salaires et des pensions. Syriza considère que le recyclage de quelques figures gouvernementales ne parvient à masquer l’échec catastrophique du mémorandum de la Troïka et que ce remaniement n’est qu’un emplâtre sur une jambe de bois d’un gouvernement qui a fait faillite du fait de ses politiques d’austérité.
Source :
http://www.esquerda.net/artigo/gr%C3%A9cia-pasok-aumenta-influ%C3%AAncia-no-governo-da-troika/28381#.UcjWVGOVO1A.twitter
Traduction française pour Avanti4.be