Apparences et réalité des élections étasuniennes de 2012

Lance Selfa 31 octobre 2012

Lance Selfa est membre de l’International Socialist Organisation (ISO) aux Etats-Unis et auteur de « The Democrats : A Critical History ». Dans cet article, il fait le point sur ce qui est en jeu dans ces élections présidentielles aux Etats-Unis et quel est réellement le « choix » qui est offert aux électeurs...

Aucun des présidents en fonction depuis la seconde guerre mondiale n’a été réélu avec un taux de chômage aussi important que celui des Etats-Unis le jour des élections. Le revenu moyen des américains a diminué chaque jour qu’il y a eu entre l’élection d’Obama et aujourd’hui.

Si on ajoute à ça la démoralisation des électeurs démocrates qui n’ont pas vu se réaliser les grandes attentes que Obama avait éveillées avec sa présidence et une base républicaine, avivée par la haine du premier président noir, il ne semble pas que les élections 2012 doivent être celle de la défaite républicaine.

Et pourtant, il semble pour l’instant que c’est bien ce qui va arriver au parti républicain : la défaite.

Les sondages du mois de septembre donnent à Obama une solide avance sur Mitt Romney, que ce soit au niveau national ou dans les « Etats clés » comme l’Ohio ou la Floride, qui sont ceux qui déterminent la vainqueur dans ce système électoral anti-démocratique. Contrairement à ce qui se spécule depuis le début de la campagne, les démocrates ont une bonne possibilité chance de garder leur majorité au Sénat américain. Les plus optimistes prévoient même la perte de contrôle des républicains sur la Chambre.

Il est encore trop tôt pour proclamer la victoire d’Obama et des démocrates. Les Super PAC pro-républicains (comité d’action politique - organisations privée qui font pressions pour favoriser l’un ou l’autre groupe politique) sont près à dépenser des immenses sommes d’argent pour promouvoir la candidature de Rowney. La crise économique européenne pourrait s’amplifier et atteindre l’économie américaine ou réduire la fortune d’Obama à un mouchoir de poche. Une crise mondiale pourrait également mettre la maison Blanche sur la défensive.

Mais la question principale à un mois des élections est de comprendre pourquoi les campagnes électorales ne sont pas favorables à Romney et aux républicains.

Un certain nombre d’experts et des politiciens conservateurs ont tenu des analyses assez acerbes à propos de la campagne de Romney qu’ils considèrent comme inadaptée. En ce qui concerne la politique interne de Washington, ils n’ont pas tort. La convention républicaine du mois dernier a produit plus de matière pour les shows comiques que de voix pour Romney.

Le spectacle bizarre d’un Clint Eastwood douteux qui parlait à une chaise vide est devenu le sujet de la Convention, et pas du tout ce que le candidat à la présidentielle avait dit ou fait.

Mais cet épisode est symbolique d’une campagne et d’une convention pour lesquels ils ne sont pas parvenus à décider le ton et le message : devaient-ils attaquer Obama en le présentant comme un « socialiste » étranger assassin de l’emploi, ou s’adresser aux personnes dont les espoirs sur la présidence d’Obama avaient été anéantis.

Des hésitations qui nous amènent aux raisons plus générales pour lesquelles les démocrates continuent à augmenter et les républicains pataugent.

Le GOP (Parti Républicain) semble s’être auto-convaincu qu’il pouvait tout simplement mener la même campagne que celle de 2010 pour le Congrès, quand le Tea Party (mouvement politique hétéroclite aux États-Unis, contestataire, qui s’oppose à l’État fédéral et ses impôts, né avec pendant la présidence d’Obama) soutenait les républicains des State House (gouvernement fédérés des états) au Congrès. Mais les données démographiques de l’électorat qui sont vrais lors des élections de mi-mandat sont généralement différentes lors des élections présidentielles.

En 2010, la tranche électorale restreinte – plus blancs, plus sains, plus vieux et plus conservateurs que l’ensemble de la population- a joué dans le sens des républicains. Cette année, l’effrayant déploiement de conservatisme (la foire aux monstres) qui a dominé les primaires républicaines et l’ensemble de la campagne est en train de leur mettre à dos la partie la plus large et la plus modérée de l’électorat de cette présidentielle.

En ce sens, ce n’est pas tant Romney le problème que le parti qu’il représente. Comme l’a écrit le commentateur libéral Michael Tomasky dans le Dayli Beast : (Romney nie) "que cela se passe à cause du parti lui-même et des mouvement qui sont hors de contrôle et d’atteinte. Il n’y a pas une seule pointure républicaine dans le pays qui aurait pu faire mieux, à part peut-être Jeb Bush, mais c’est sans doute trop tôt pour une autre Bush. Voyez les choses en face Républicains, (Romney) était et reste votre meilleur candidat, et il est en train de morfler plus par votre faute que par la sienne."

Du côté Démocrate, le défi d’Obama était de transformer les élections plus en un choix qu’en un référendum.

De la même manière que George W. Bush s’est présenté à se réélection en 2004 avec sur lui l’ombre d’une guerre en Iraq très impopulaire, Obama se présente alors que des millions de personnes sont encore sous le coup du chaos économique de 2008. Si Obama devait se confronter à un vote « pour ou contre » le statu quo, il perdrait certainement.

Donc, le but de la campagne démocrate a été de détourner l’attention du bilan d’Obama et de l’orienter vers Mitt Romney et les politiques préconisées par l’aile droite républicaine.

Il y a un an, lorsque l’émergence du mouvement Occupy a réintroduit les questions d’inégalité des revenus et du pouvoir politique dans le débat public, Obama s’est remodelé commun un « défenseur de la classe moyenne." Plus nous approchons des élections et plus la rhétorique d’Obama et des démocrates devient populiste.

Bien sur, on pourrait poser la question de savoir pourquoi les démocrates semblent pressés d’augmenter les impôts sur la fortune et de mettre en place un programme pour l’emplois « Maintenant » et qu’ils ne l’ont pas fait quand ils avaient le contrôle sur la maison blanche et sur les deux chambres du Congrès en 2009 et 2010. Et pourtant il semble que le discours populiste fonctionne.

George Bush a été réélu en 2004 en convainquant juste ce qu’il faut d’électeurs que son opposant Démocrate, John Kerry, était un bidouilleur et qu’on ne pouvait pas avoir confiance en lui pour protéger les états unis de danger terroriste. En 2012, le but d’Obama est de convaincre d’importantes tranches d’électeurs que la priorité de Romney est de redistribuer ce qui reste de richesse aux super-riches.

Romney a facilité les choses à Obama. Alors que la majorité des américains sont maintenant convaincus que le jeu politique et économique est toujours en faveur des « 1% », les Républicains n’auraient pas pu choisir un candidat plus représentatif de ces « 1% » que Mitt Romney.

La diffusion d’une vidéo montrant la performance de Romneycome chercheur de fonds dans le manoir d’un millionnaire n’a fait que renforcer cette image d’un homme représentant une élite arrogante et impitoyable.

Romney a aussi aidé Obama d’une autre façon. Sa décision de prendre Paul Ryan comme co-listier a cimenté l’image de cette élection comme celle du « choix ». Peut-être que les conservateurs trouve excitant cet idéologue de la droite dure qu’est Ryan, mais pour tous ceux qui ont entendu parler de lui avant les élections, il est surtout connu pour être l’auteur du Plan budgétaire républicain qui veut transformer Medicare en un service à ticket, démanteler Medicaid et privatiser la sécurité sociale. Et maintenant tout le monde sait que Romney et Ryan soutiennent ensemble le fait de faire sauter ce qui restait du filet de sécurité sociale.

Donc Obama n’est plus seulement le « défenseur de la classe moyenne », mais aussi le défenseur de Medicare et de la sécurité sociale, les deux programmes gouvernementaux les plus populaires aux Etats-Unis. Lorsque l’assemblée de la convention nationale de l’Association Américaine des personnes à la retraire a hué l’arrivé de Ryan, les républicains auraient du s’inquiéter. Ils avaient gagné un majorité du vote des seniors en attaquant Obama pour sa décision de retirer 700 millions de dollars du prochain budget de Medicare (laissons de côté le fait qu’ils avaient l’intention de faire la même chose).

Romney et Ryan avaient parié sur le mécontentement populaire contre Obama et pensait que celui-ci suffirait pour permettre de ressortir tous les vieux fantasmes Républicains de destruction à long terme du New Deal. Jusqu’ici, on dirait que c’est un mauvais pari.

Il est tout de même ironique que, alors qu’Obama accusait Romney et Ryan d’envisager de casser Medicare et la sécurité sociale, lui et son administration était en train de chercher une façon de faire exactement la même chose.

Un rapport récent du Journaliste Ryan Lizza, publié dans le New Yorker, explique en détails que les principaux plans d’Obama pour un second mandat s’articulent autour de la finalisation de la « grande braderie » imaginée par la commission de réduction du déficit, présidée par le républicain Alan Simpson et le démocrate Erskine Bowles, que Barack Obama avait nommé en 2010.

Bien que ses membres, y compris Paul Ryan, ne répondaient pas aux critères nécessaires pour avoir leur vote par le Congrès, les recommandations de la commission sont considérées comme un modèle pour le plan d’austérité dans les années à venir.

Selon les plans de cette commission, le déficit du gouvernement états-uniens pourrait être réduit de 4 mille millions de dollars en dix ans, avec plus ou moins trois quart du « sauvetage » venant de la restructuration (comprendre « démantèlement ») de Medicare et de la sécurité sociale.

Ainsi donc, la « grande braderie » revient à ceci : pour avoir obtenu que les personnes en bonne santé payent un peu plus de taxes, Obama a accordé des coupes dans les programmes gouvernementaux les plus importants, à un niveau qui faisait rêver les Républicains depuis des années. Bien que la campagne électorale d’Obama ait été menée à fond et sérieusement, elle est, au fond, profondément cynique.

Après avoir profondément déçu lorsqu’ils avaient toutes les rênes en main à Washington, les démocrates jettent maintenant quelques miettes aux libéraux. Une plateforme du Parti Démocrate défend maintenant l’égalité des mariages, et l’administration d’Obama a permis à des jeunes sans papiers d’accéder à des statuts légaux temporaires.

Face à un parti qui défend les droits des chrétiens et dont le candidat veut déporter massivement des sans-papiers, ce sont des gestes qui rendent certainement les démocrates plus attractifs. Mais si Obama et les démocrates n’ont pas agit de manière conséquente à propos de ces questions lorsqu’ils avaient le pouvoir pendant plusieurs années, pourquoi devrait-on croire qu’ils tiendront leurs promesses électorales cette fois-ci ?

Et la manœuvre la plus cynique de toutes est venue durant ce débat sur la «  réforme des droits ». Si Obama a battu Romney, c’est en grande partie grâce à sa défense de Medicare et de la sécurité sociale contre le projet républicain de les démanteler et de les bruler. Alors que Obama est plus déterminé que jamais à aller chercher ses trillions de dollars en restrictions de budget.

Cela devrait nous permettre de garder en tête que les coulisses de ces élections restent l’engagement de deux partis pour l’austérité, et qu’un moindre mal reste toujours un mal.

Source : http://socialistworker.org/2012/10/01/image-and-reality-in-election-2012
Traduction française pour Avanti4.be : Sylvia Nerina