Allemagne : Social-démocratie et crise

Alberto Cruz, Michael R. Krätke 7 novembre 2012

Alors que les conséquences de la crise commencent à affecter l’économie de l’Allemagne, principale puissance européenne, le parti social-démocrate allemand (SPD) a désigné son candidat qui s’opposera à Merkel aux élections législatives de septembre 2013. Un candidat qui reflète parfaitement la nature de ce parti et ses intentions. Une analyse d’Alberto Cruz à ce sujet, ainsi qu’un article de M. Krätke sur le ralentissement de l’économie et le recul des exportations allemandes et ses causes. (Avanti4.be)

La fin de l’illusion social-démocrate

Alberto Cruz

Les sociaux-démocrates allemands du SPD ont désigné le candidat qui va affronter Angela Merkel aux élections de septembre 2013. Il s’agit de Peer Steinbrück, ex ministre des Finances dans le premier gouvernement de la Chancelière – une coalition entre chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates entre 2005 et 2009. Il a occupé pendant presque toute sa vie politique des postes de responsabilités dans des matières économiques et financières, non seulement dans le gouvernement fédéral, mais aussi dans les lands de Schleswig-Holstein et de Rhénanie Nord-Wesphalie. Il représente ainsi le candidat parfait pour la tentative du SPD de déboulonner Merkel de la chancellerie et pour indiquer au reste de l’Europe dans quel sens vont les choses en Allemagne : poursuivre la même politique de contrôle de l’UE et déterminer son orientation économique.

Steinbrück est l’une des principales figures de l’aile droite du SPD, si tant est qu’il existe une autre aile à ce parti, mises à part quelques critiques ponctuelles isolées ou des prises positions du parti dans tel ou tel land en particulier. Selon l’aveu des dirigeants du SPD, il a été élu à l’unanimité par les 35 membres du Comité exécutif afin de « capter l’électorat du centre ». Avec cette élection, le SPD prétend avoir fait un « pas en avant » alors qu’en réalité il en a fait plusieurs en arrière sur la même voie qu’il a commencé à emprunter dans les années 1990 après la disparition du Mur de Berlin. Depuis lors, parler de social-démocratie ne revient plus qu’à parler d’une illusion qui ne perdure que par l’intérêt du système capitaliste à la maintenir. La social-démocratie n’est rien de plus que l’autre face de la monnaie capitaliste. Il n’y a plus d’alternative, mais alternance au pouvoir politique entre des gouvernements que l’on dénomme par euphémisme de « centre-gauche » et de « centre-droit » et qui ne touchent en rien à l’essence du système capitaliste. C’est ce dernier qui commande, et en particulier aujourd’hui le capitalisme financier.

Steinbrück est également le chouchou des médias allemands car ces derniers le considèrent comme la figure emblématique du « modèle allemand » impulsé par son parti depuis 2003 – c’est le SPD qui a initié les politiques néolibérales, les gels des salaires et la priorité aux « marchés » avant les besoins sociaux – et que défend aujourd’hui avec énergie Merkel. Il est assez édifiant de jeter un coup d’œil sur les éditoriaux publiés après sa nomination pour savoir ce qui nous attend au cas où il sera capable de vaincre Merkel : des éloges et de longs rappels sur la manière dont il a dérégulé les banques et réduit les aides sociales au moment de la chute de Lehman Brothers. La faillite de cette banque avait provoqué un petit tremblement de terre dans les banques allemande qui fut rapidement résolu par l’injection de 480 millions d’euros payés par le contribuable.

Cet amour professé par les médias allemand à son encontre n’est pas si surprenant car c’est avec ce type de politiques que le SPD a subit la plus grande catastrophe électorale de son histoire en Rhénanie Nord-Wesphalie. Un échec qui n’a été surmonté que tout récemment aux élections de mai parce que la candidate du SPD dans ce land a fait tout son possible pour prendre ses distances avec les mesures de Steinbrück qu’il continue toujours à proposer aujourd’hui. Dans le SPD, Certains ont cru que cette nouvelle figure du parti en Rhénanie Nord-Wesphalie, Hannelore Kraft, serait la candidate idéale pour que le parti puisse récupérer son essence social-démocrate. Mais ce n’était qu’une illusion. Celle-ci ne peut compter sur aucun soutien dans l’appareil du parti. Elle convient bien pour un land, mais pas pour tout le pays parce que son discours est incapable de « toucher l’électorat conservateur ». Tout un aveu sur la fin de l’illusion social-démocrate et toute une déclaration de principe sur ce qu’est aujourd’hui le SPD.

Par contre, Steinbrück sait très bien parler le langage des conservateurs. Il ne fustige jamais le secteur financier et se contente d’évoquer une meilleure « régulation », chose qu’il n’a jamais faite quand il était ministre des Finances. Et ce n’est pas étonnant car Steinbrück est fortement lié à des entreprises comme Porsche, Telekom ou ThyssenKrupp, dont il a été un haut dirigeant. Et il n’y a rien d’étonnant non plus dans le fait que le SPD ai voté en bloc en faveur du « Traité fiscal de stabilité » impulsé par Merkel car, comme le répètent sans arrêt les médias, « en votant contre, le SPD se serait retrouvé dans la marginalité politique ».

Steinbrück représente le retour aux mêmes et terribles politiques menées par le SPD entre 1995 et 2005 – en coalition avec les Verts, il ne faut pas l’oublier. Ces politiques, il les a appliquées dans tous les gouvernements auxquels il a participé, tant dans les lands que dans le gouvernement fédéral jusqu’à la fin gouvernement de coalition avec la CDU (chrétiens démocrates, le parti de Merkel). Ce dernier a duré jusqu’en 2009 lorsque la CDU a obtenu la majorité nécessaire pour se débarrasser du SPD et former une coalition avec les libéraux du FPD.

8 millions de travailleurs pauvres

D’après la principale centrale syndicale allemande, la Deutscher Gewerkschaftsbund (DGB), - Confédération des syndicats allemands - la situation des travailleurs devient aussi grave que dans les autres pays européens. Le travail précaire touche 7,7 millions de travailleurs tandis que les agences d’intérims monopolisent pratiquement tous les nouveaux contrats à la place des agences publiques de placement. Pour la décennie 2002-2012, les contrats précaires ont augmenté de 150%. Il y a 8 millions de travailleurs pauvres dans la Mecque du capitalisme européen, dont 2,3 millions se sont ajoutés depuis 2010. Cela représente 23,1% de la population en âge de travailler. Et sur ces 8 millions de travailleurs pauvres, 63%, soit quelques 5 millions, sont des femmes. C’est pour elles que le gouvernement Merkel vient d’impulser les dénommés « mini-jobs », un travail à temps partiel pour lequel les patrons ne payent strictement rien en cotisations sociales. Et ces « mini-jobs » sont plutôt bien vus par le SPD.

Malgré tout cela, au lieu de reconnaître que le SPD porte une grande responsabilité dans cette situation, les syndicats allemands se refusent à rompre leurs relations avec la social-démocratie et optent au contraire d’une manière claire pour le « moindre mal ». Il y a cependant une centrale syndicale de la DGB qui considère qu’un mal est un mal. C’est l’IG Metall, qui a menée une série de mobilisations qui ont arrachées une augmentation salariale de 4,3% pour cette année, soit le double du taux d’inflation, constituant ainsi un exemple pour les autres secteurs car il s’agit de la plus importante augmentation salariale en Allemagne depuis 1992. Et cela n’a pas été du tout du goût du SPD.

Il ne faut pas non plus s’étonner du fait que le Comité exécutif du SPD ait unanimement voté en faveur de la candidature de Steinbrück aux prochaines élections sans préciser quel serait le programme qui lui permettrait de vaincre Merkel. Il n’y a pas la moindre autocritique sur la l’orientation néolibérale que le SPD mène depuis des années, rien non plus sur la question de savoir si ce parti va maintenir l’âge de la retraite à 67 ans ou s’il va l’abaisser – ce qui constitue l’une des principales revendications sociales. Steinbrück se limite à déclarer qu’il a besoin « d’espace pour bouger ses jambes », autrement dit pour « capter l’électorat du centre ».

Les premières initiatives du candidat social-démocrate se limitent à des conférences et des interviews dans lesquelles il parle de « défendre les acquis de la démocratie » avec quelques timides références à l’ « Etat social ». Bien entendu, il ne précise pas comment. Or, c’est aussi ce que dit Merkel. Malgré tout, les sondages octroient au SPD 29% des votes qui, avec les 12% des intentions de vote pour les Verts, mènent à un total de 41% ; tandis que la CDU est à 35% et les libéraux à 4%. Un match quasi nul. Mis à part une réédition de la grande coalition CDU-SPD de 2005-2009, les seules alternatives possibles pour le SPD afin de parvenir au gouvernement seraient ; ou bien une « coalition sémaphore » (SPD-Verts-libéraux) ; ou bien une coalition avec les Verts (ce dont personne ne doute) mais avec le soutien d’autres forces politiques. Or, il n’y en n’a que deux : le Parti Pirate (7%) et Die Linke (8%). Steinbrück a déjà exprimé en long et en large qu’il ne s’alliera « jamais, jamais, jamais » avec les « rouges, les staliniens et les nostalgiques de la République Démocratique Allemande », autant de qualificatifs utilisés pour désigner Die Linke.

Le Parti de La Gauche (Die Linke) sort d’un dur processus après avoir perdu bon nombre de ses élus dans les lands à l’ouest du pays, puisque sa principale base sociale réside à l’est, dans l’ex-RDA. Dans ces régions, ses pourcentages dépassent les 15% et dans certaines localités il frôle les 30%. C’est sans doute à cela que se réfère avec mépris Steinbrück. Les 8% des sondages ne sont pas si mal si on tient compte des défaites subies aux élections de mai en Rhénanie Nord-Wesphalie car à ce moment là on ne pronostiquait pour ce parti que 6% d’intentions de votes (aux élections de 2009, Die Linke avait obtenu 12%). Autrement dit, ce parti a gagné deux points en trois mois depuis son congrès de juin où il a décidé de renforcer ses positionnements de gauche, contrairement à la volonté d’un secteur du parti, les « réalos », partisans d’un rapprochement étroit avec les sociaux-démocrates.

La position ambiguë de Die Linke face au SPD avait plongé le parti dans un profond débat interne qui avait paralysé l’organisation sur des questions clés telles que les reconversions industrielles ou les fermetures des mines de charbon ou des aciéries. Aujourd’hui, Die Linke condamne clairement les grandes banques, les grandes entreprises industrielles et la participation militaire de l’Allemagne dans des pays comme l’Afghanistan (1). On verra si ses expectatives s’accompliront lors des prochaines élections du mois de janvier dans le land de Basse Saxe.

Le rôle du SPD

Le candidat du SPD est en ce moment le candidat idéal du capitalisme allemand. La crise européenne commence également à passer la facture à l’Allemagne : ses exportations s’en ressentent. L’Institut für Makroökonomie und Konjunkturforschung (IMK) - Institut de Politique Macroéconomique - admet que de la tendance de l’économie allemande est à la baisse (depuis le début de l’année, ses exportations dans les pays de la zone euro ont chuté de 3,1%) et cela sans que l’on puisse entrevoir des perspectives de récupération à court ou moyen terme. En conséquence, on accentue les politiques d’austérité, ce qui fait que les travailleurs allemands sont cesse plus menacés par la précarité du travail, les réductions salariales et les licenciements.

Nous ne sommes donc plus très loin - malgré la distance - d’une situation de combativité similaire à celle des pays du sud de l’Europe. Mais, tandis que dans le sud de l’Europe les mobilisations sont limitées par la faiblesse des syndicats, leur apparition en Allemagne équivaudrait à la fin de l’Union européenne si les syndicats allemands en prennent la tête. Et c’est précisément ce que veut éviter la social-démocratie. Celle-ci est une bouée de sauvetage pour le capitalisme. En fin de compte, tant le SPD que la CDU partagent la même conviction que la seule solution à la crise passe par l’Allemagne, ce qui signifie la rigueur fiscale avant tout et avec de petites nuances sur l’austérité et la croissance.

Vers l’ « ordolibéralisme »

Le SPD a clairement renoncé aux paramètres classiques de la social-démocratie et il ne fait même presque plus référence à Keynes. Il s’est pleinement coulé dans ce que les économistes appellent l’« ordolibéralisme », une école de pensée typiquement allemande surgie dans les années 1930-1940 et qui, tout en étant conservatrice et droitière, se différencie des néolibéraux classiques en considérant la possibilité d’un certain degré de régulation des marchés, surtout financiers. La Taxe Tobin va dans ce sens. Au vu des déclarations de Steinbrück, c’est cette posture qui va servir de signe d’identité du SPD. Mais en réalité c’est toute la social-démocratie européenne qui vire vers l’ « ordolibéralisme ».

En définitive, on peut dire que les propositions du SPD - qui est une référence pour les autres partis sociaux démocrates, en particulier du sud - ne sont rien d’autre qu’une reprise de celles de 2009 mais encore plus édulcorées afin de « capter les votes du centre ». Elles visent à stimuler les exportations sur base d’une réduction de la demande et de la consommation domestiques, autrement dit : des salaires plus bas et moins de protection sociale.

En résumé, ce sont les mêmes propositions que les néolibéraux. La seule chose qui différencie les « ordolibéraux » des néolibéraux est le degré d’austérité nécessaire pour impulser et stimuler les exportations, car tous sont d’accord sur la nécessité de réduire le déficit public de l’Etat afin de « récupérer la confiance des marchés », c’est-à-dire du capitalisme. Pour les premiers, il est indispensable de maintenir une certaine stabilité sociale tandis que pour les seconds, qu’importe le coût puisque le déficit est prioritaire. Mais tout deux défendent strictement le système capitaliste.

Note :
(1) Alberto Cruz, « Alemania : Sin perdón (con la socialdemocracia y otras hierbas) » http://www.nodo50.org/ceprid/spip.php?article1470

Alberto Cruz est journaliste, politologue et écrivain.
Source : http://www.nodo50.org/ceprid/spip.php?article1545

La gestion allemande de la crise passe la facture à l’Allemagne elle-même

Michael R. Krätke

Dire les choses comme elles sont. Cette audace revient à secouer l’ostracisme social en Allemagne, le pays des « illusionnistes » (1). « La crise ? Quelle crise ? », se demandent les citoyens de la République fédérale allemande tandis qu’ils pointent du doigt le reste de l’Europe. La crise, c’est l’affaire des autres, pas la nôtre. Pour nous les choses vont plus que bien : 2011 a été une année record. Pour la première fois, le volume des exportations allemandes à destination de toutes les régions du monde a pulvérisé tous les records et a atteint des chiffres multi milliardaires. L’Allemagne est une île en pleine ascension économique entourée par la misère de pays voisins qui, l’un après l’autre, plongent dans la crise.

L’Allemagne est parvenue à échapper à la crise économique mondiale de 2008-2009, mais ce n’est que partie remise. La chancelière de fer a sauvé les banques de la faillite et autorisé l’injection de stimulants économiques pour l’industrie allemande, comme le dénommé « Abwrackprämie », une prime qui facilite l’acquisition de nouvelles automobiles. A cause à ces mesures, la dette publique du pays atteint la somme considérable de 2.100 milliards d’euro. Malgré la croissance économique, de nombreux citoyens allemands commencent à regarder la crise de l’euro avec angoisse. La supériorité économique du « modèle allemand » ne semble pas immunisée contre le doute.

Les programmes d’austérité imposés par l’Allemagne aux pays de la zone euro ont conduit cette dernière à une profonde dépression économique. L’économie de la majorité des « PIGS » (Portugal, Italie, Irlande, Grèce et Espagne) est dans un déclin dramatique et l’ensemble de l’Europe ne parvient pas à sortir du bourbier de la crise. En conséquence, les pays les plus endettés de l’Union européenne ont de moins en moins de moyens pour faire ce que, dans la logique du modèle exportateur allemand, ils seraient supposés faire ; réduire les importations à crédit des marchandises de qualité de l’industrie allemande et augmenter leurs propres exportations.

N’ayez pas peur qu’ils disaient…

Dès la fin de l’année dernière, le rythme des exportations allemandes s’est pourtant réduit, bien que la forte chute des exportations vers des pays comme la Grèce (autour de 13%) et le Portugal (9,5%) soit une exception et que les deux cas déséquilibrent à peine la stratégie exportatrice allemande. Mais en 2012, les choses s’empirent. Les exportations allemandes vers les pays européens en crise connaissent une chute vertigineuse, tout particulièrement dans les cas de l’Espagne et de l’Italie. Depuis le mois d’avril dernier, les exportations allemandes à destination des pays européens reculent sans exception, et cela avec une moyenne de 3,6% à 4% par rapport aux mois précédents.

Le mois de juin a provoqué l’alarme car la production industrielle allemande destinée à l’exportation est passée en dessous des niveaux de la crise de 2009. L’indice des achats de bien manufacturés d’Allemagne a reculé de 0,5% et autour de 0,8% pour toute l’économie privée - y compris le secteur des services -, atteignant ainsi ses niveaux les plus bas depuis 2009. Les commandes pour l’exportation ont reculé à des niveaux comparables au mois d’avril 2009 : une indice de la manière dont la récession et la stagnation des pays du sud de l’Europe peut sauter par dessus des frontières et atteindre également l’Allemagne. En 2009 encore, 62,3% des exportations allemandes étaient destinées à des pays de l’Union européenne mais en 2010 ce chiffre est tombé à 59,97% et l’année suivante à 59,1%.

Malgré tout, on nous répète sans cesse : « N’ayez pas peur ! ». Certes, nous dit-on, nous sommes toujours la nation industrielle la plus dépendante de ses exportations au monde, mais notre avenir se trouve dans les pays émergents et leurs imposants taux de croissance. En Chine, en Inde, au Brésil, en Russie, mais aussi en Turquie, nous pourrons toujours réaliser les ventes nécessaires afin de maintenir le plein rendement de la machine exportatrice. L’histoire serait donc de notre côté, surtout si nous la voyons du point de vue de la stratégie exportatrice. Mais tout cela n’est qu’une vaine illusion si nous tenons compte de l’état réel dans lequel se trouve l’économie mondiale aujourd’hui.

Pas de bonnes nouvelles

Il est vrai que l’industrie allemande ne s’ouvre pas seulement un chemin dans les marchés européens, mais dans le monde entier aussi. Tandis que dans certains endroits de la planète l’activité commerciale allemande enregistre encore quelques profits, l’excédent de la balance commerciale se réduit en termes généraux. Près d’un tiers de cet excédent des exportations allemandes est obtenu avec les partenaires de l’Union européenne - dont seulement 12,3% de pays de la zone euro -, les deux autres tiers provenant de pays en dehors de l’UE, et tout particulièrement du groupe des « BRICS » (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) qui, depuis un certain temps, ne semblent plus disposés à rester cantonnés à un rôle de second ordre.

Quelques exemples démontrent comment la récession est en train de s’étendre : le Brésil vit de ses exportations et particulièrement de matières premières dont la Chine constitue le principal marché. Avec le ralentissement de la croissance et la baisse des prix des matières premières, la croissance brésilienne s’est également rétractée de 7,5% en 2010 à 2,7% en 2011. Bien que le Brésil soit pour l’Allemagne un partenaire économique de petite envergure (1,1% des exportations allemandes en 2011 ont été destinées à ce pays), il s’agit de la plus importante économie d’Amérique latine. La part des exportations allemandes à destination de ce continent représente 2% au total, avec une tendance à la baisse.

L’Inde, qui est un partenaire commercial beaucoup plus significatif que le Brésil pour la République fédérale, connaît un faible taux de croissance depuis le début de l’année 2012. Il a chuté de 5% par rapport au même semestre de l’année antérieure à cause de son industrie de fabrication de composants qui connaît un ralentissement avec la crise.

Quant à la Chine, le ralentissement de son économie pouvait déjà s’observer en 2010. On pronostique pour ce pays asiatique une croissance de 7,6% en 2012, soit son taux le plus bas depuis 1999. L’indice des achats de l’industrie chinoise a plongé en pique au mois de mai, atteignant sa valeur la plus basse depuis le début de l’année, forçant la Banque centrale chinoise à réduire les taux d’intérêts préférentiels. Que dans de telles circonstances les importations chinoises connaissent également un recul, cela ne surprendra personne.

De tout cela on peut conclure qu’il n’y a pas de bonnes nouvelles pour l’Allemagne puisque la République populaire de Chine, qui représente 6,1% des exportations germaniques, est le cinquième partenaire commercial de l’Allemagne. En outre, depuis le début de l’année, les importations chinoises en Allemagne stagnent également, ce qui provoque l’irritation de Pékin. Dans son commerce avec la Chine, l’Allemagne enregistrait jusqu’à aujourd’hui un important déficit. Initialement, il s’agissait d’un avantage pour les Chinois. Mais si les échanges de marchandises s’effondrent avec l’Allemagne, la Chine, elle, ne manquera pas d’alternatives : ce que l’industrie allemande lui fournit peut également être offert, à quelques rares exceptions, par des fournisseurs japonais ou sud-coréens.

Signe du temps, en avril et mai, une délégation du Fond Monétaire International a visité l’Allemagne et a recommandé au gouvernement de mettre en œuvre un paquet de « réformes structurelles » qui devraient, selon eux, aider les marchés internes allemand et européen…

Note :
(1) Référence à une citation célèbre de Rosa Luxemburg : « Wie Lasalle sagte, ist und bleibt die revolutionärste Tat, immer ’das laut zu sagen, was ist » (Comme l’a dit Lassalle, dire à voix haute les choses telles qu’elles sont est et sera toujours l’acte le plus révolutionnaire).

Michael R. Krätke est professeur de politique économique et de droit fiscal à l’Université d’Amsterdam, chercheur associé à l’Institut International d’Histoire Sociale de cette même ville et professeur d’économie politique et directeur de l’Institut d’Etudes Supérieures de l’Université de Lancaster au Royaume-Uni.

Publié sur www.sinpermiso.info

Traductions françaises pour Avanti4.be : Ataulfo Riera