14N en Belgique : reportages à Liège, La Louvière et Bruxelles

Jean Peltier, Sylvia Nerina 15 novembre 2012

Le mouvement qui a traversé toute l’Europe, à des degrés différents, s’est traduit en Belgique par un melting-pot d’appels, parfois clairs, parfois obscurs, qui ont laissé les travailleurs dans une certaine confusion. Celui qui ne savait pas où chercher aurait bien pu rater la grève hier en Belgique, parce qu’en dehors de certains points de rassemblement, on traversait un pays où, mis à part les trains et les TEC urbains à l’arrêt, tout roulait comme un jour quelconque. Ci-dessous des reportages et des témoignages sur le déroulement de la journée au Centre, à Bruxelles et à Liège, à la rencontre, surtout, des femmes et des hommes qui ont fait ce premier pas vers une future grève générale. (Avanti4.be)

Paroles de manifestants et de militants syndicaux à La Louvière et à Bruxelles

Sylvia Nerina

Le Centre

A La Louvière, le pourtour de l’usine Duferco était très calme. Avec les 600 licenciements annoncés il y a moins de 10 jours, l’usine était bien à l’arrêt. L’interprofessionnelle de la FGTB du Centre organisait à 11h00 un rassemblement sur la Place Mansart de La Louvière.

Parmi les quelques mille affiliés présents, on trouvait beaucoup de travailleurs venu participer aux actions à l’appel de leur centrale, comme cette travailleuse dans le secteur des titres services, venue au rassemblement à l’appel de la Centrale Générale de Nivelles : « Je suis venue parce qu’il faut vraiment combattre l’austérité. On en a marre de payer pour les autres… Ce qui me choque le plus c’est qu’ils veulent toucher à l’index. Après toutes les pertes d’emplois qu’il y a déjà eu je ne vois pas d’autres solutions qu’arriver à une grève générale en Belgique. »

Plusieurs délégations ont bloqué le travail en entreprise pour venir renforcer le rassemblement, comme celle de Vandemoortele à Seneffe, dont nous avons croisé le délégué principal, Pino Honoré : « Les gens se rendent compte que ce qui se décide au niveau de l’Europe va nous amener à subir le même type de mesures qu’en Grèce ou qu’en Italie ». Selon ce délégué, la journée du 14N n’est qu’un premier pas européen. « Au niveau de la Belgique cela n’a pas été bien préparé et c’est un peu disloqué », déplore-t-il. La stratégie syndicale devrait, selon lui, être un blocage complet du pays dans les prochaines semaines. A propos de Duferco, il nous dira simplement : « Encore une multinationale qui est venu prendre tout l’argent qu’il y avait à prendre et maintenant qu’ils ont ce qu’ils veulent, ils s’en vont autre part ».

Les personnes sans emploi sont là aussi pour exprimer leur crainte face au futur et à celui de leurs enfants. « Je pense que les travailleurs ne se rendent pas compte à quel point une partie de la population est en train de tomber dans la précarité. Ce qui arrive à Duferco est un désastre énorme pour la région du Centre, qui va toucher tout le monde » nous dit une chômeuse. L’impression de désastre social que représentent les licenciements de Duferco pour la région du Centre est exprimée par toutes les personnes avec qui nous avons parlé. « Il faut empêcher les entreprises de délocaliser, mais pour ça il faut arriver à une mobilisation beaucoup plus importante, et occuper les routes et les places comme en Espagne. Je suis déçue du peu de monde venu aujourd’hui » conclut-elle.

Un jeune activiste nous confie aussi son inquiétude : « J’espère que la manifestation n’est que le début d’une longue série. Parce que ce sera la seule façon d’avoir un poids sur cette minorité qui possède, avant qu’on ait des suicides comme en Espagne ». Lui aussi voudrait que plus de gens ouvrent les yeux sur la pauvreté profonde dans laquelle de plus en plus de personnes se retrouvent.

Un autre activiste, plus âgé, ajoute que les gens n’ont plus d’argent, que beaucoup renoncent à des biens de base. L’indignation et la colère sont un sentiment très répandu parmi les manifestants : « Les gens doivent refuser qu’on mette des antivols sur la viande comme en France. Il n’est pas normal de mettre les voleurs de viande en prison. Les gens ont faim. Et à côté de ça, ceux qui volent pour les banques, on leur donne une médaille ». Selon lui, « Il faut s’inspirer de l’Islande. En Islande le peuple a foutu son gouvernement à la porte et a repris les rênes de son pays. Ce n’est pas normal qu’on utilise des contributions publiques pour payer les pots cassés des bêtises des banques... Pour y arriver il faut combattre le ‘diviser pour mieux régner’ et y opposer un ‘s’unir pour mieux régner’ … Mais là pour aujourd’hui il y a un vrai problème. Dès que le discours (syndical) est fini, tout le monde s’en va et va trainer dans les bistrots. Les directions syndicales n’ont pas coordonné les actions sérieusement. Eux ce sont l’exemple du ‘diviser pour mieux régner’. Mais je suis content, parce que même si l’appel ici n’est que de la FGTB, il y a des militants CSC et CGSLB qui sont là aussi. »

Une travailleuse du secteur commerce, venue par inquiétude pour l’avenir de ses enfants, nous dit ne pas avoir compris la décision des fédérations syndicales de ne pas appeler à la grève générale : « Il aurait fallu que pendant cette journée, il n’entre pas un franc dans le pays. »

L’impression forte en quittant La Louvière est celle d’un mélange de confusion et d’incompréhension de la part des affiliés avec lesquels nous avons parlé. Mais pourtant ils portent le même message ; il faut lutter contre l’austérité et il faut lutter plus fort que ce qui s’est fait aujourd’hui. Beaucoup veulent voir dans cette journée une sorte de « faux départ » pour quelque chose de plus grand.

Bruxelles : une manif combative de la CNE

A Bruxelles, la grève commençait déjà la veille avec l’occupation des voies de Bruxelles Midi par les militants cheminots, que d’autres militants sont venus renforcer, notamment à l’appel des Comités Action contre l’Austérité en Europe. Les piquets ont été maintenus et aucun train n’a pu partir ni le soir, ni le lendemain. Le contraste est fort avec la déclaration de Jean-Pierre Goossens, président néerlandophone de la CGSP-ACOD Cheminots, qui dit le jour même dans Le Soir qu’il a tout essayé pour freiner les actions en Flandre… Ce fossé entre une base de militants syndicaux qui veulent radicaliser le mouvement et un sommet dont le discours semble à 1000 km de cette base sera le fil rouge que l’on retrouvera un peu partout dans cette journée.

Une marche était appelée le matin par les trois syndicats en Front Commun, tandis que la CNE avait donné le mot d’ordre d’organiser des assemblées dans les entreprises et de rejoindre une manifestation à 14h00 Place du Luxembourg. A nouveau, deux approches différentes ; l’une organisant une marche, ouvertement voulue comme « symbolique » et avec un quota de participation limité, l’autre voulant privilégier l’union et la discussion des travailleurs au sein même des entreprises pour ensuite se rassembler pour manifester.

Mais même cette marche à quota s’est vue dépassée en nombre par les militants présents. Des militants qui sont restés dubitatifs face au discours d’Anne Demelenne (secrétaire générale de la FGTB) qui déclarait qu’il y avait une femme qui s’opposait à l’austérité dans le gouvernement : la ministre PS Onkelinx… Ce ne sera pas la seule fausse note d’Anne Demelenne en ce 14N puisqu’elle déclarera également à un journaliste de la RTBF qu’il fallait travailler avec « les patrons qui jouent le jeu ». Le discours de Claude Rolin avait une façade de contestation plus soignée, mais n’a évoqué aucun plan d’action ni perspectives de luttes.

Beaucoup moins haut dans la hiérarchie, des permanents combatifs expriment leur déception par rapport au choix des sommets syndicaux de ne pas avoir appelé à la grève. C’est le cas de Martin Willems, permanent CNE, que nous rencontrons dans la manifestation de l’après-midi, qui a rassemblé 1.500 personnes. Il trouve qu’il n’y a eu ni logique, ni stratégie : « La confusion des actions d’aujourd’hui indique surtout, au-delà d’un manque de stratégie il y a un dessein ambigu. Il n’y a jamais eu un appel à la grève claire, ni de la FGTB nationale, ni de la CSC nationale. Quand on lit le préavis de grève, ça parle de journée d’action et d’indemnités de grève, mais c’est un message qui indique clairement aux organisations patronales qu’il n’y a pas de volonté « d’appeler » à la grève… ». Selon lui, « Autant l’organisation syndicale ne doit pas être une armée avec les ordres qui viennent d’en haut vers le bas, autant il faut quand même donner de temps en temps des directives claires et ce qui est en train de se passer aujourd’hui est extrêmement démobilisateur. »

Dans certaines entreprises, non seulement des dirigeants syndicaux n’ont pas appelé à la grève, mais ils l’ont même dénoncée. Ainsi, à Audi Forest (ex VW), alors que la délégation FGTB a suivi le mot d’ordre de grève générale des Métallos Wallonie-Bruxelles en organisant un piquet, la CSC Métal quant à elle a diffusé un tract appelant les travailleurs à NE PAS faire grève ! «  Sommes-nous devenus fous ? Il faut être responsable » concluait ce tract. Selon Martin Willems, une bonne partie de la CSC et la CNE dans son ensemble désapprouvent cette démarche.

Dans le cortège qui traverse le quartier européen pendant l’après-midi, on trouve d’importantes délégations étudiantes. Gérald Rénier, des Etudiants FGTB Bruxelles, nous précise que les étudiants ont organisé des points de ralliement à l’ULB, mais aussi à l’UCL. « Il y a eu des piquets assez importants à l’entrée de l’ULB et un rassemblement en plein milieu de l’UCL. On peut dire que les étudiants sont dans la rue aujourd’hui. » Sur le faible nombre de manifestants et de grévistes, il nous dira : « Par rapport à l’organisation générale de la journée, il y a clairement un problème au niveau des directions syndicales. A première vue incapables de s’organiser alors que tout avait été annoncé des semaines à l’avance. Incapables de nous donner un plan de manifestation. Il a fallu que les centrales, une par une, appellent à la grève. On a vraiment le sentiment que plein de travailleurs voulaient bouger, mais que par manque d’organisation, ils ont préférés rester à la maison, voir au boulot. »

A notre question de savoir si le problème tient uniquement à la désorganisation, il répond : « Aujourd’hui avec un gouvernement dirigé par un « socialiste », les syndicats n’osent pas vraiment l’attaquer alors que c’est pourtant bel et bien lui qui organise l’austérité en ce moment. Alors il est temps que la FGTB dise que « le camarade Di Rupo » n’est pas un camarade. »

Habitués aux discours syndicaux qui justifient le manque de volonté de mobiliser les travailleurs par un problème de conscience chez les travailleurs eux-mêmes, nous avons posé la question à chaque personne rencontrée pendant cette journée. Certains admettent une certaine démotivation, mais elle est surtout liée au manque de perspectives dans les actions. Gérald Rénier nous dira qu’aujourd’hui il y a avait la nécessité d’une grève européenne : « s’il y avait eu un mot d’ordre clair partout en Europe, elle aurait été suivie partout. C’est dingue d’entendre dire que les travailleurs belges n’auraient pas envie de bouger ; ils veulent faire quelque chose. »

Notre dernière rencontre de la journée sera avec Jalil Bourhidane, permanent JOC-Bxl qui nous dit tout de go que selon lui la mobilisation d’aujourd’hui est « juste une catastrophe ». « Certaines directions syndicales ont tenté de démobiliser. (…) Ça ne va pas de faire comme ils font, c’est-à-dire de mal organiser la mobilisation et ensuite de se dédouaner en prétendant que ce sont les travailleurs qui ne sont pas conscients ou pas motivés. C’est une stratégie qu’utilise une certaine bureaucratie pour casser le mouvement. Les travailleurs ne sont pas encore totalement conscients de tout ce qui se passe et de ce qu’il faudrait faire, mais leur conscience évolue constamment et peut évoluer très vite. »

Ce qui est positif, selon lui, « c’est qu’une partie de la base a poussé. Il y a quand même eu une grande victoire aujourd’hui, c’est que nous avons des actions partout en Europe. » Jalil était présent avec les cheminots ce matin et est enthousiaste de ce qu’il a vu là bas : « Ils ont décidé de dépasser le mot d’ordre de leur centrale et de faire des actions plus dures. Et ces mots d’ordres plus radicaux, là où les centrales voulaient que les choses soient bien encadrés et avec des quotas de participation, c’est quelque chose qu’on a gagné aujourd’hui. »

La conclusion de Jalil nous parait être celle qui résume le mieux le bilan de cette journée : « La conscience des travailleurs évolue. Elle a déjà évolué ces deux dernières semaines puisqu’ils ont décidé de dépasser les quotas d’aujourd’hui. Ils savent ce que c’est l’austérité et ils savent que des manifestations avec 300 manifestants ce n’est absolument pas suffisant. Il faut espérer maintenant que ça va pousser les centrales à prendre leurs responsabilités. Le seul chemin est la grève générale, mais on ne peut pas la laisser s’organiser plic ploc, à l’abandon, sans agenda clair : il faut que ce soit une grève organisée pour gagner. »

Journée de grève à Liège

Jean Peltier

Dans toute la région liégeoise, il n’y a ni bus ni train. La gare des Guillemins est endormie, les abribus déserts. C’est le point de départ d’une grève réussie. Mais, à la différence d’autres journées de grève générale, y compris celles menées par la seule FGTB comme aujourd’hui, on sent que la région n’est vraiment qu’à moitié paralysée.

Certes la métallurgie est à l’arrêt, et une bonne partie de l’industrie tourne au ralenti. Les écoles du réseau officiel sont souvent très dégarnies, celles du libre tournent plutôt normalement. Dans les administrations, c’est très variable – en fonction de la force de la FGTB, mais aussi de l’attitude des directions qui parfois ont fait fermer les portes. Par contre, les grandes surfaces et les banques sont ouvertes (le SETCa n’a pas été en pointe pour faire de la grève un succès ; « il faut préserver les forces pour quand viendront les attaques du gouvernement » est toujours un grand classique de la démobilisation).

Beaucoup de piquets sont aussi moins nombreux que d’habitude, soit que les cibles sont bel et bien fermées, soit que le piquet a un rôle plutôt « symbolique ». Mais, quel que soit la situation, on sent partout une même frustration : « C’est incroyable, cette division entre les syndicats en Belgique alors que c’est une journée d’action européenne » et «  Même la FGTB ne s’est pas donnée les moyens de mener une grève importante » sont deux réactions que nous entendrons un peu partout pendant la journée. Une enseignante, déléguée CGSP, explique qu’elle n’a même pas reçu un courrier de sa centrale pour informer de la grève et aider à l’organiser dans les établissements. Un militant SETCA, très présent dans sa centrale, déclare tout de go que la manière dont s’est préparée cette journée, « C’est de l’impuissance organisée ».

La FGTB avait prévu une concentration à 10h30 sur la Place Saint-Paul, devant ses locaux. A l’heure dite, il y a environ 4.000 militant-e-s, sans surprise avec une dominante MWB (métallos) et CGSP (services publics). Un bon résultat, preuve que les militant-e-s et les délégué-e-s en veulent malgré les difficultés. Au balcon du 1er étage, le discours de Marc Goblet est très classique. Virulent (et justifié) dans la dénonciation, menaçant pour les adversaires, combatif dans les mots,… mais cent fois entendu par le passé et ne donnant aucune perspective concrète.

Deux originalités quand même. S’il s’en prend avec force au patronat, à l’Europe et au gouvernement, celui-ci semble se réduire à la droite : Marc Goblet n’aura pas un mot pour le PS. Il appelle par contre à plusieurs reprises la gauche à unir ses forces, à ne pas se diviser,…

Comme la CSC n’est pas en odeur de sainteté (si vous nous passez l’expression) à la FGTB liégeoise et comme on serait étonné que Marc Goblet veuille critiquer à cette occasion Marcourt et les autres dirigeants du PS qui ont dénoncé récemment le PTB comme « stalinien et antidémocratique », on peut logiquement penser que son principal souci est de mettre le PS à l’abri des critiques. Il est clair que la grande majorité de l’appareil syndical fait son possible pour que la colère contre le gouvernement Di Rupo et la politique qu’y mène le PS ne mette pas trop en difficulté ceux qu’ils continuent à voir, contre vents et marées, comme leur « relais politique ».

Par ailleurs, Marc Goblet se félicite de ce que 30 associations (elles sont en réalité 53) aient apporté leur soutien à la grève – mais la reconnaissance de la direction de la FGTB liégeoise n’ira pas jusqu’à leur permettre de prendre la parole au balcon de la maison syndicale. Fin du discours, applaudissements, une Internationale (version abrégée), merci camarades, place maintenant à la convivialité : avant de rentrer chez vous, vous pouvez passer aux buvettes installées au coin de la place…

Fin de la journée ? Non, pas pour tout le monde. Depuis quelques jours, un appel circule à l’initiative du nouveau groupe liégeois des Comités Action contre l’Austérité en Europe. Relayé par une partie des 53 associations, il propose de partir en cortège vers le siège du PS. Au départ, une centaine de personnes quittent la place mais rapidement les GSM chauffent et le groupe s’étoffe. Après un tour sur les boulevards, nous sommes près de 500. C’est une vraie manifestation, colorée, joyeuse, bruyante et combative qui arrive devant le local du PS. Une série de groupes sont présents (CAE, Riposte.CTE, Piments Rouges, CADTM, PSL, anars,…) beaucoup de jeunes mais aussi, au bas mot, une centaine de syndicalistes en colère.

Sitôt arrivé devant le local, tellement fermé qu’on se demande s’il y a encore un parti à l’intérieur, un drapeau bleu avec la mention « Annexe MR » est déployé, les œufs s’écrasent sur la façade, une partie de la porte d’entrée est « démontée », les pétards font résonner le hall. Les slogans retentissent « Qui sème la misère récolte la colère », tout est dit. La chasse aux chômeurs et la dégressivité des allocations sont dénoncées, les métallos font savoir ce qu’ils pensent du lâchage des travailleurs d’Arcelor par la région.

Puis le cortège repart vers le centre ville. Même énergie, même atmosphère joyeuse. Le passage devant une agence Belfius permet de rappeler que, si « on » a trouvé des milliards pour sauver les banques, « on » entend bien se servir dans nos poches pour récupérer le pognon mais que « nous » ne sommes pas prêts à nous laisser faire. Un bref crochet par la Place Saint-Paul et le cortège repart jusqu’à l’Hôtel de Ville. Ici aussi, les représentants du PS, pourtant bien installés au pouvoir, sont aux abonnés absents. Ce n’est rien, on reviendra… sans doute dans pas trop longtemps.

Photo : FGTB-MWB