Tunisie

  • Tunisie : Consensus contre la révolution

    Santiago Alba Rico 15 juin 2014

    Deux événements très récents résument la situation en Tunisie. Le 27 mai dernier se tenait à Kasserine, l’un des berceaux de la révolution, le procès contre Khaled et Issam Omri, frères du martyr Mohamed Omri, accusés d’avoir incendié un commissariat pendant les révoltes contre Ben Ali. Autrement dit, ils sont accusés d’avoir fait la révolution. Pendant l’audience, le chef de la police locale a interrompu la plaidoirie de l’avocat de la défense, Charffedine Kellil, pour le menacer de mort (« tu ne sortiras pas vivant de la ville ») tandis que ses collègues attaquaient les citoyens rassemblés à l’extérieur du tribunal et expédiaient à l’hôpital trois journalistes.
    Le second événement s’est déroulé cette même (...)

  • Tunisie : djihadisme, putschisme et dialogue national

    Santiago Alba Rico 6 novembre 2013

    Le « Printemps arabe » a mis en lumière une découverte et une espérance : la découverte que l’islamisme djihadiste était à peine populaire dans le monde arabe et l’espérance qu’il allait être définitivement vaincu en même temps que les dictatures contestées par les révoltes. Pendant quelques mois, les clichés islamophobes des médias européens ont cédé la place à des clichés inverses : un bouillonnement jusqu’ici occulte de jeunes bloggeurs et de volonté démocratique. Mais ce nouveau cliché avait également une assise dans la réalité.
    En avril 2011, le progressiste Khaled Saghiya, alors rédacteur en chef du journal libanais « Al-Akhbar », certifiait le décès de Al-Qaeda dans un texte brillant et merveilleux intitulé (...)

  • La gauche, les conflits « postmodernes » et le manque de repères

    Mario Sei 13 octobre 2013

    Nous vivons dans une période caractérisée par un état de crise permanente, au point que c’est le mot crise qui s’avère désormais inadéquat pour rende compte de la situation, et nous sommes aussi dans une époque où tout bouge très rapidement, soit au niveau de la production matérielle soit au niveau de ce que l’on appelle l’actualité.
    Dans cette confusion postmoderne, où toute chose semble se confondre et se mélanger à son contraire, – une confusion causée aussi par la prolifération médiatique des récits qui, dans une polyphonie inextricable, s’entrelacent aux faits et produisent une réalité dont la distinction entre réel et irréel, vrai et faux, reste souvent inintelligible – il y a toutefois un élément (...)

  • Tunisie : Quand l’Histoire recule par le bon côté

    Sadri Khiari 17 août 2013

    Deux cent cinquante mille ? Cent cinquante mille ? Peu importe les chiffres : nul ne peut contester l’ampleur extraordinaire de la mobilisation nationale qui s’est exprimée hier soir au Bardo. Une logistique impressionnante, de mystérieuses sources de financement, des complicités suspectes, certes.
    Mais seuls le ressentiment, la mauvaise foi ou un aveuglement volontaire peuvent prétendre que le rassemblement d’une foule aussi nombreuse à l’échelle de la Tunisie procède simplement de la manipulation. Des bourgeois de la Marsa, des chômeurs de Menzel Bouzaïene, des salariés d’un peu partout, des artistes « post-modernes », des gens venus juste pour faire la fête ou être dans le « mouv’ », bref une (...)

  • Débat : sur les responsabilités politiques de l’assassinat de Mohammed Brahmi

    LGO, Santiago Alba Rico 2 août 2013

    L’assassinat d’un autre dirigeant du Front Populaire en Tunisie a déclenché une nouvelle vague de mobilisations populaires contre le gouvernement de coalition dirigé par Ennahdha. Fin connaisseur de la réalité sociale et politique nord-africaine et du monde arabe en général, Santiago Alba Rico (auteur, entre autres, des « chroniques de la révolution tunisienne ») s’est pourtant démarqué de l’unanimité de la gauche tunisienne à dénoncer Ennahdha comme le principal coupable et responsable de cet assassinat en soulignant les dangers d’alliances contre nature avec la droite laïque et d’un scénario « à l’égyptienne » pour la Tunisie. Nous publions ci-dessous son point de vue ainsi qu’une déclaration de (...)

  • Tunisie — Nouvel assassinat d’un dirigeant du Front Populaire. Comment agir face à l’échec du gouvernement Ennahdha ?

    Ahlem Belhadj, Dominique Lerouge 29 juillet 2013

    Moins de 6 mois après l’assassinat de Chokri Belaid, un deuxième dirigeant du Front Populaire Mohamed BRAHMI vient d’être assassiné de la même manière que celui-ci. Alors qu’il sortait de son domicile, il a reçu 11 balles tirées par des motards alors qu’il sortait de son domicile, le tout sous les yeux de sa femme et de ses enfants.
    Ce dirigeant d’un parti nationaliste de gauche, le Courant populaire, était député de Sidi Bouzid la ville où avait commencé la révolution en décembre 2010 et où ont eu lieu ces derniers mois de nombreuses mobilisations populaires contre le gouvernement et contre le siège local du parti islamo-conservateur au pouvoir, Ennahdha.
    Le Front populaire a immédiatement accusé ce (...)

  • Forum Social Mondial à Tunis : Les vendeurs de causes perdues

    Santiago Alba Rico 7 avril 2013

    Le Forum Social Mondial 2013 s’est clôturé samedi dernier à Tunis avec une marche en solidarité avec la Palestine. Cette dernière est l’unique cause au monde – à part ce vague « un autre monde est possible » - qui rassemble sans distinction tous les mouvements sociaux, partis et organisations du spectre rebelle, y compris certaines forces de droite ou d’extrême droite, comme dans le cas des salafistes qui faisaient ondoyer leurs bannières noires, barbes au vent, au milieu de la multitude.
    En dehors de ce point de douleur partagée, le Forum a surtout été le champ paradoxalement festif d’un crépitement de luttes, de tensions et de rivalités territoriales. Un champ de bataille, si on veut, où se livraient (...)

  • Bonnes feuilles de « Tunisie : la révolution et ses passés » de Nicolas Dot-Pouillard

    Nicolas Dot-Pouillard 7 avril 2013

    Nicolas Dot-Pouillard, « La Tunisie : la révolution et ses passés », Paris, L’Harmattan, 2013, 124 pages.
    Le 16 juillet 2012, Rached Ghannoushi est reconduit à la présidence du mouvement Ennahda . Le neuvième congrès de l’organisation islamiste est une démonstration de force politique : pendant quatre jours, ce sont 1103 délégués qui sont réunis au Palais du Kram, dans le nord de Tunis. Plusieurs milliers de sympathisants et de militants du parti ont assisté à la cérémonie d’ouverture ; les représentants des principales chancelleries occidentales sont présents, pour ne quitter la salle qu’une fois le représentant du Hamas palestinien, Khaled Meshaal, arrivé à la tribune. Le vice-président de la République (...)

  • Echos du Forum Social Mondial à Tunis

    Alberto Pradilla, CADTM, Chiraz Kefi, Esther Vivas, R.M 30 mars 2013

    Le Forum Social Mondial se tient jusque ce samedi à Tunis et rassemble plusieurs milliers de participants individuels et des militants ou des représentants de plusieurs centaines d’organisations, de syndicats, d’ONG ou de mouvements sociaux de la planète. Nous reproduisons ci-dessous une série d’articles qui abordent différents aspects ou débats de cette édition du FSM.
    Forum Social Mondial : Miroir à facettes des défis du monde arabe Alberto Pradilla Le débarquement du Forum Social Mondial (FSM) en Tunisie avait l’objectif d’épauler à gauche les révolutions initiées en 2011. Le campus d’Al Manar, centre névralgique des stands et des débats offre l’image d’un miroir à facettes des défis et des (...)

  • Du Forum Social Mondial aux révoltes arabes

    Esther Vivas 26 mars 2013

    La Tunisie, berceau des révoltes dans le monde arabe, accueille à partir d’aujourd’hui et jusqu’à samedi le Forum Social Mondial (FSM), la plus importante rencontre internationale des organisations et des mouvements sociaux. Et n’est pas un hasard. Les promoteurs du FSM ont choisi ce pays en référence au « Printemps Arabe ». Ce dernier a non seulement donné naissance à de nouveaux mouvements de contestation en Afrique du Nord et au Moyen Orient, mais il a aussi « contaminé » le sud de l’Europe, en particulier avec les Indignés dans l’Etat espagnol, et jusqu’au mouvement Occupy aux Etats-Unis.
    C’est un nouveau cycle de protestations qui a surgi avec force à l’échelle internationale, déterminé par une crise (...)