Marxisme

  • Le marxisme est-il « eurocentrique » ?

    Lance Selfa 13 février 2015

    Beaucoup de gens qui militent aujourd’hui sont entrés en contact avec les idées marxistes pendant leurs études à l’université ou lors d’activités qui s’y déroulent ou encore dans des livres écrits par des universitaires. A travers ces canaux, certaines interprétations de Karl Marx et du marxisme ont acquis la force d’une espèce de sagesse conventionnelle. L’une de ces idées figées est que le marxisme serait « eurocentrique » et n’aurait donc pas grand-chose à apporter aux masses populaires du monde globalisé du 21e siècle.
    Cette lecture du marxisme est virtuellement hégémonique dans certains milieux académiques. Par exemples, les professeurs d’études post-coloniales María do Mar Castro Varela et Nikita Dhawan (...)

  • Stratégie révolutionnaire et stratégie réformiste

    Ernest Mandel 28 janvier 2015

    Au cours des trente dernières années, le débat « Comment sortir du capitalisme ? » a peu à peu cédé la place à un débat moins ambitieux « Comment résister au rouleau compresseur du nélolibéralisme ? », dans lequel la perspective d’une rupture radicale avec le système capitaliste s’est largement estompée. Ouvrant pour la première fois depuis plus de trente ans la perspective d’une rupture réelle avec la politique néolibérale, la victoire de Syriza va certainement redonner des couleurs au débat sur les stratégies de lutte contre le capitalisme.
    En contribution à ce débat que nous pensons vital, nous publions un texte important d’Ernest Mandel (1923-1995), économiste et théoricien marxiste internationalement (...)

  • Antonio Gramsci et le journalisme

    Dênis de Moraes 26 septembre 2014

    Mon objectif avec cet article est de contribuer à faire mieux connaître la trajectoire et les écrits journalistiques du philosophe marxiste italien Antonio Gramsci (1891-1937), depuis ses années d’initiation à Turin jusqu’à la fondation de ‘L’Unità’, journal officiel du Parti Communiste d’Italie (PCI), dont il fut le rédacteur en chef.
    Ses activités de journaliste sont, la majeure partie du temps, liées à son militantisme comme intellectuel, activiste révolutionnaire et dirigeant communiste. Elles ne s’interrompirent que le 8 novembre 1926, lorsqu’il fut arrêté par la dictature fasciste sur base des lois d’exception décrétées par Benito Mussolini, après la révocation de son immunité parlementaire en tant (...)

  • Un parti révolutionnaire : qu’est-il et à quoi sert-il ?

    Sean Matgamna 7 septembre 2014

    Le mode d’organisation et de fonctionnement d’un "parti révolutionnaire" marxiste doit, de toute évidence, être déterminé par ce que ce parti marxiste veut faire "dans le monde extérieur". Quels sont donc les objectifs - fondamentaux, irremplaçables – de ce parti ?
    Dans le cours de sa vie, un parti marxiste peut être amener à faire beaucoup de choses, comme organiser des grèves, affronter les fascistes et les racistes dans les rues, organiser des insurrections,… Mais, fondamentalement, à travers toutes les phases et toutes les variétés de son activité, il travaille à éduquer et éclairer la classe travailleuse pour qu’elle puisse saisir et comprendre la société capitaliste dans sa globalité ; la place du (...)

  • La théorie classique de l’impérialisme

    Claudio Katz 16 août 2014

    La théorie marxiste de l’impérialisme est née à une époque de guerres généralisées pour l’appropriation du butin colonial. Elle s’est forgée dans une lutte politique contre les justifications du militarisme et les illusions pacifistes destinées à éviter la conflagration. Lénine synthétisa cette approche dans sa polémique avec le théoricien social-démocrate allemand Karl Kautsky. Il décrypta les causes de la dynamique belliciste et se fit le champion de la lutte révolutionnaire contre la guerre. Dans le contexte écrasant de la boucherie impérialiste de la Première Guerre mondiale, Luxemburg, Boukharine et Trotsky apportèrent d’autres bases à cette même orientation et il est nécessaire de distinguer cette (...)

  • Spontanéité, classe et parti chez Lénine et chez Rosa Luxemburg

    B. Gina 21 juillet 2014

    La question du rapport entre le parti révolutionnaire (et ses principes organisationnels) et la classe ouvrière et la conscience de classe occupe une place importante dans les débats polémiques au sein du marxisme. Ce débat a longtemps tourné autour des conceptions respectives de Rosa Luxemburg et de Lénine sur ces questions, comme le synthétise l’article que nous reproduisons ci-dessous et qui a été publié pour la première fois dans la revue marxiste indépendante « Spartacus » en 1935. Nous recommandons par ailleurs aux lecteurs-trices intéressés par ce débat à consulter d’autres contributions publiées ici, notamment un texte essentiel de Victor Fay « Du parti, instrument de lutte pour le pouvoir au parti, (...)

  • La crise du travail de soins : origines, fausses solutions et opportunités

    Sandra Ezquerra 21 juillet 2014

    Cela fait plusieurs années que l’on parle d’une crise du travail de soins dans l’Etat espagnol et dans d’autres pays occidentaux. Le vieillissement de la population, l’incorporation généralisée des femmes au marché du travail, ainsi que les effets de décennies de politiques néolibérales de privatisations de l’Etat-Providence, tout cela a multiplié les charges et les responsabilités de nombreuses femmes ayant des proches en situation de dépendance. Ces phénomènes ont mis en évidence un vide de « présence » et d’attention pour de nombreuses personnes en situation d’autonomie restreinte.
    Depuis toujours, les soins aux personnes et la reproduction de la vie ont été traitées par le monde de l’économie et de la (...)

  • Marx et la Révolution française : la « poésie du passé »

    Michael Löwy 14 juillet 2014

    Comme beaucoup d’intellectuels allemands de sa génération, Marx a été littéralement fasciné par la Révolution française : elle était à ses yeux tout simplement la révolution par excellence – plus précisément « la révolution la plus gigantesque (« Kolossalste ») qu’ait connue l’histoire ».
    On sait qu’en 1844, il avait eu l’intention d’écrire un livre sur la Révolution française, à partir de l’histoire de la Convention. Dès 1843, il avait commencé à consulter des ouvrages, à prendre des notes, à dépouiller des périodiques et des collections. Ce sont d’abord surtout des ouvrages allemands – Karl Friederich Ernst Ludwig, Wilhelm Wachsmuth – mais ensuite prédominent les livres français, notamment les mémoires du conventionnel (...)

  • Dette, appropriation des corps, travail reproductif et libération des femmes. Entretiens avec Silvia Federici

    Ana Requena Aguilar, Hibai Arbide Aza, Silvia Federici 8 juillet 2014

    L’auteure de « Caliban et la sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive », (Entremonde/Senonevero, 2014), la théoricienne féministe Silvia Federici, est née en 1942 à Parme, en Italie, c’est dans ce pays qu’elle fait ses premiers pas dans l’activisme. En 1967, elle s’installe aux Etats-Unis où elle participe activement au mouvement étudiant, aux mobilisations contre la guerre du Vietnam, au mouvement pour les droits civils et, surtout, au mouvement féministe. Dans les années 1980, elle vit au Nigeria où elle donne des cours à l’Université de Port Harcourt et participe à des organisations de femmes en lutte contre les politiques d’ajustement structurel. Elle est aujourd’hui professeure de Philosophie (...)

  • Réflexion de genre (4) : Repenser le capital pour repenser le genre

    Cinzia Arruzza 8 juillet 2014

    Dans la précédente « Réflexion de Genre », j’ai voulu éclaircir les limites de la « pensée fragmentée », celle qui photographie les différents types d’oppression et de domination sans en comprendre l’unité intrinsèque, en ramenant chacune de ces facettes à un système autonome. J’avais en outre critiqué la lecture du rapport entre capitalisme et oppression de genre qui repose sur ce que j’ai défini comme l’idée du « capitalisme indifférent ». Il est temps maintenant d’aborder cette fameuse « Théorie Unitaire », ainsi que le concept de « reproduction sociale ».
    Reconceptualiser le capital
    Les positions « dualistes » partent souvent de l’idée que la critique marxiste de l’économie politique analyse les lois purement (...)