Vive la République ! Vive le Socialisme !

Jean Peltier 21 juillet 2013

Albert II a donc décidé de passer la main à son fiston, comme cela se fait dans toutes les bonnes familles. Peut-on espérer que dans le grand chœur de nos dirigeants pleurant le roi sur le départ et prêtant allégeance respectueuse au futur royal héritier, il se fera entendre des voix de gauche prenant leurs distances avec l’encensoir monarchiste ?

On le verra dans les prochains jours. Mais il y a très peu de chances que cela se produise, à voir le défilé de hauts responsables en touts genres venus communier sur les plateaux de télévision, les plus chanceux parvenant à placer leur anecdote personnelle sur le bon caractère et la profonde humanité de not’ bon roi. Et les communiqués des partis n’annoncent pas non plus des poussées contestataires.

Au nom du PS, Magnette a souligné « le profond sens du devoir, la volonté de rassemblement de tous les Belges, le message de cohésion sociale et de solidarité à l’égard des personnes les plus vulnérables » et estimé que « la future accession au trône du Prince Philippe sera gage de continuité dans l’exercice de la fonction royale ». Quant à Ecolo, il y a été encore plus franchement avec la brosse à reluire, en « souhaitant témoigner de sa profonde reconnaissance au Roi Albert II », évoquant la larme à l’oeil « l’investissement et la proximité du Souverain avec la population » et « le caractère constructif et le sens du dialogue du Roi » et terminant en beauté en « ne doutant pas que, comme son père, le Prince Philippe saura, avec justesse et simplicité, accompagner les réformes qui moderniseront la Belgique, ses institutions et la Monarchie. »

On ne voit pas très bien qui oserait aller à contre-courant au sein de la gauche « officielle ». Les républicains affirmés – comme Jean-Marie Dehousse (toujours au PS) ou Josy Dubié (jadis à Ecolo) ont quitté les feux de la rampe depuis des années et ils ne semblent pas avoir de successeurs. Il faut d’ailleurs se rappeler que le républicanisme de certains de ceux-ci avait une furieuse tendance à se faire discret, voire inaudible dans les moments décisifs. On peut ainsi se rappeler de la fort jolie courbe rentrante de Dehousse expliquant à la mort de Baudouin il y a vingt ans « Je suis pour la république partout, même en Wallonie, mais pas en Belgique », cette superbe démonstration d’à-plat-ventrisme étant justifiée par le fait qu’en bon nationaliste, il préférait encore un roi belge à un président flamand.

Faut-il s’étonner de ce triste spectacle ? Pas vraiment. Cela fait très longtemps que la « gauche respectueuse » s’est couchée devant la monarchie. Fondé en 1885, le Parti Ouvrier Belge (ancêtre des PS et SP.a d’aujourd’hui) excluait déjà sa minorité républicaine deux ans plus tard. A chacun des moments où il devenait possible de remettre en cause la monarchie parce qu’un large courant de la population s’opposait à elle, les dirigeants socialistes se sont précipités au secours de l’institution suprême. Ce fut en particulier le cas quand leur capitulation a permis à Léopold III de s’effacer devant son frère Charles en 1944, puis d’abdiquer au profit de son fils Baudouin en 1950.

Nous refusons quant à nous de bêler « Vive le Roi » la main sur le cœur en écoutant la Brabançonne. La monarchie – avec son cortège de privilèges héréditaires, de fastes aristocratiques et de pouvoirs plus ou moins occultes – est une institution par nature anti-démocratique, une des dernières survivances de l’ordre féodal, à laquelle nous sommes radicalement et viscéralement opposés. Son abolition et la proclamation de la république serait la victoire d’un principe démocratique parmi les plus élémentaires.

C’est pourquoi on ne peut qu’apprécier la déclaration du PTB, à contre courant du rouleau compresseur pro-monarchiste en marche, se prononçant « pour une république démocratique de Belgique, unitaire, multilingue, basée sur la coopération et la solidarité, pas sur la division et la concurrence. (…) Au 21e siècle, il n’y a pas de raison de garder une institution, reliquat du Moyen-Age, qui n’a rien de démocratique, qui s’est construit sur un passé colonial sanglant, qui coûte cher en temps de crise et qui n’est pas sous le contrôle de la population, comme l’a encore montré l’affaire de la fondation de Fabiola. »

Mais le combat anti-monarchiste de la gauche peut-il se résumer au cri de « Vive la république ! » ? A un moment où le simple fait de s’affirmer républicain est ressenti comme une insupportable provocation par tout l’establishment belgicain, il pourrait sembler suffisant d’en rester là. Mais il serait faux de croire que la revendication de la République se suffirait à elle-même parce que cette république incarnerait dans son essence toutes les vertus de la démocratie et de la citoyenneté.

Qui peut sérieusement penser que la république française qui ferme sa porte aux réfugiés et qui guerroie en Afrique représente l’idéal de la fraternité ? Que la république italienne qui a sombré dans la corruption avant de plonger dans le berlusconisme porte haut les valeurs de l’égalité ? Que la république américaine qui impose sa loi dans le monde à la pointe de ses missiles et de ses multinationales incarne la liberté la plus pure ?

Le choix décisif qui se pose à nous aujourd’hui n’est pas simplement entre une monarchie parlementaire et une république parlementaire. L’une et l’autre ne sont que la pierre supérieure d’un édifice « démocratique » d’où la démocratie réelle est largement absente.

Le véritable pouvoir dans une société capitaliste, même hautement civilisée », ce ne sont guère les députés sur les bancs du parlement qui l’exercent. Ce sont bien plus les dirigeants des grandes banques dans leurs conseils d’administration, les magistrats dans leurs salles de délibération, les magnats de la presse dans leurs bureaux, sans oublier les officiers supérieurs dans leurs états-majors. Et ces gens ne sont ni élus, ni contrôlés par le peuple soi-disant souverain. Dès lors, si le pouvoir réel d’un plein parlement de députés est aussi ténu, l’enjeu que représente l’élection ou non du chef de l’Etat est encore plus mince.

Notre combat pour la démocratie, c’est le combat pour une société où la population travailleuse pourra réellement exercer son contrôle sur tous les centres de décision de l’Etat et de l’économie par sa propre gestion collective des entreprises et de la société, au travers de représentants élus, contrôlés et révocables à tout moment.

Notre combat républicain, c’est le combat pour une République des Travailleurs. C’est le combat pour le Socialisme.