Vive la police et les poulets à l’eau de Javel !

Thomas Gunzig 20 mai 2014

Le « Café serré » de Thomas Gunzig de ce mardi 20 mai sur la Première radio.

Bonjour Georges, bonjour tout le monde,

Alors, souvenez-vous, la semaine dernière, quelques centaines de manifestants s’étaient réunis du côté du Palais d’Egmont pour manifester contre les négociations du Sommet européen du business. Des négociations au sujet du fameux Traité transatlantique, le TTIP. Mais qui s’appelle aussi le TAFTA ou le PTCI. Enfin, ce truc qu’on dit qu’il est secret mais que tout le monde sait quand même ce qu’il y a dedans. C’est à dire, en particulier, un autre truc qui s’appelle l’ISDS dont je vous parlerai dans deux minutes. J’espère que tout ça est clair.

Bref, quelques centaines de manifestants s’étaient donc réunis pour manifester mais heureusement — oui, parfaitement, je dis bien heureusement —, mais heureusement, dans un très beau réflexe citoyen auquel je voudrais rendre hommage ce matin, la police a reçu l’ordre d’intervenir. Bon, l’ordre d’intervenir, on ne sait pas qui l’a donné. On parle d’Yvan Mayeur. Mais Yvan Mayeur se défend en disant qu’il allait demander une évaluation sur, je cite « la prise en charge des événements ». Donc peut-être que c’est lui ou peut-être que c’est pas lui ou peut-être que c’est un peu lui et un peu quelqu’un d’autre. C’est flou. De toute façon, ce qui serait bien, c’est que la personne responsable se désigne afin que Matin Première et toute l’équipe de la matinale lui remette son prix du geste qui sauve. Un prix, Georges, que nous remettrons d’ailleurs régulièrement sur cette antenne.

La police a donc reçu l’ordre d’intervenir. Et elle est intervenue avant tout débordement. Avant même les premiers signes de débordement. Avant même que ceux qui auraient pu penser à déborder aient eu la moindre idée de débordement. Eh bien, je ne sais pas vous, mais ça, moi j’appelle ça de la prévention.

D’ailleurs, dans le même ordre d’idée, je trouve qu’on devrait penser à pouvoir arrêter les gens pour des crimes qu’ils n’ont pas encore commis. Ou mieux encore, arrêter des gens pour des crimes qu’ils n’ont pas encore commis en vertu de lois qui existeront peut-être. Comme ça, on sera à 100% de prévention et il ne s’agit là que d’une simple application du principe de précaution.

En plus, dans le cas de la manifestation qui nous intéresse, je souligne à bon entendeur qu’il s’agissait en plus de prévention totalement non discriminante. Parce que vous pouviez être blanc ou noir, chauve ou crépu, jeune athlète ou petite vieille, chômeur, indépendant, employé ou fonctionnaire, éh bien, vous vous faisiez arrêter quand même. Et là, je dis à tous ceux qui prennent un malin plaisir à prétendre au délit de faciès que sur ce coup là, notre police a été irréprochable et nous pouvons en être fier.

Ensuite, je pense qu’après un monitoring attentif des événements, on ne pourra que se rendre compte que les manifestants n’avaient pas respecté l’autorisation qu’ils avaient reçue de se trouver uniquement sur un angle de la place Poelaert et qu’ils se sont déplacés vers la Toison d’Or. Alors, par rapport à ça, nom d’un chien, écoutez, moi aussi je suis pour le droit inaliénable de manifester mais pas que ça dérange les gens qui travaillent quand même. Alors, manifestez chez vous, manifestez dans votre lit, manifestez dans votre bain. Vous en avez le droit, nous sommes en démocratie. Mais ne manifestez pas dans la rue s’il vous plaît. C’est quand même pas difficile à comprendre.

Mais d’ailleurs, au fond, je vous pose la question, c’est quoi ce Traité transatlantique ? Alors, pour ceux qui n’écoutaient pas Connexions hier matin, un petit rappel. Il s’agit d’établir une zone de libre échange entre l’Union européenne et les États-Unis. Une zone qui permettrait, entre autres choses, à des multinationales d’attaquer en justice des États qui appliqueraient des lois contraires à leurs intérêts.

Et par rapport à ça, deux choses.

D’abord, à titre personnel, j’aime beaucoup les États-Unis. Les États-Unis, ce subtil mélange entre Hollywood et la chaise électrique, c’est sucré-salé, c’est aigre doux, c’est comme la cuisine asiatique. Moi les contrastes, j’adore ça.

Ensuite, et je reprends l’exemple qui fût donné par certains manifestants : à travers ce mécanisme juridique, ce traité pourrait par exemple imposer à l’Europe et à ses États d’accepter la vente de poulets à l’eau de Javel. Oui, des poulets à l’eau de Javel. Et là, j’entends tout le monde qui dit : « Des poulets à l’eau de Javel ? Mais beeeeekes ! ». Et je vous ai vu Georges, vous aussi vous avez dit « beeeeekes ! ». Hé bien, moi je dis comme ma mère. Ma mère qui m’a appris qu’on ne dit pas « beeeeekes » tant qu’on n’a pas goûté. Non, Monsieur. Et d’ailleurs, qu’est-ce qu’on disait des huitres avant qu’un premier courageux en avale une ? On disait « beeeeekes » aussi. Alors, excusez-moi mais on fait bien du poulet aux olives, du poulet au romarin, du poulet au curry. Alors, pourquoi pas du poulet à l’eau de Javel ? Et là, pour me répondre, évidemment, comme par hasard, il n’y a plus personne.

Bon, en tout cas, moi, ce soir, ce sera poulet eau de Javel, compote Viakal et frites au Cif.

En tout cas, à demain si je suis encore en vie.