Venezuela : Les défis après la victoire sur le fil du candidat chaviste

Guillermo Almeyra 16 avril 2013

Nicolás Maduro se donnait pour objectif de recueillir les électeurs de Hugo Chávez et même de les dépasser en obtenant 10 millions de votes. Mais il n’en a seulement obtenu que 7.505.338, en perdant 600.000 suffrages (*) par rapport aux dernières élections remportées par Chávez. Maduro ne l’a emporté qu’avec une différence de 300.000 votes, soit 50,6% contre 49,07% pour Henrique Capriles. L’abstention a légèrement progressée, passant de 20 à 22%, ce qui démontre que la majorité des 600.000 votes perdus par Maduro ont directement été à l’opposition qui, imitant Chávez et disputant son héritage, est parvenue non seulement à entraîner un secteur de la classe moyenne auparavant chaviste, mais aussi des secteurs ouvriers.

La campagne du candidat chaviste a été très pauvre : un grand déploiement de rhétorique nationaliste (que Capriles a contrecarré en utilisant la figure de Bolivar et le drapeau national) ; des appels répétés à la loyauté (en partie destinés à la lutte interne qui se livre dans l’appareil étatique) et non à l’initiative et à l’auto-organisation populaires ; un silence absolu sur les organes de pouvoir populaire et un mélange de religiosité et de mysticisme.

La campagne de Capriles, mensongère et insidieuse, fut plus habile parce qu’il a pris soin de distinguer Chávez de ses successeurs et a concentré ses attaques sur ces derniers, en mentionnant continuellement les privilèges, la corruption et les affaires de la bolibourgeoisie tout en faisant silence sur ses plans et ses contacts avec l’impérialisme.

Les votes chavistes qu’il a gagné et ceux qui se sont abstenus ne furent cependant pas des votes d’espoir mais bien l’expression d’une protestation contre un taux d’inflation de 20% qui dévore les salaires ; contre les effets négatifs de la dévaluation sur les secteurs populaires ; contre la délinquance, la violence, la corruption et contre les privilèges de nombreux fonctionnaires - comme on l’a vu lors de l’enterrement de Chávez quand la foule a forcé les ministres à sortir de leurs luxueuses voitures pour marcher avec elle.

Capriles veut maintenant un recomptage des votes, malgré le fait que le vol d’urnes est impossible au Venezuela. Le gouvernement des Etats-Unis, qui n’a pas de leçons à donner en la matière suite aux élections de 1998 et de 2006, appuie Capriles et prépare un coup d’Etat déguisé en campagne démocratique et moraliste. Washington et la droite anti-chaviste tissent maintenant des liens avec la droite du chavisme et avec le secteur le plus conservateur des forces armées pour impulser ensuite une campagne qui combinera sabotages, fuite de capitaux, campagne de presse, lock-out patronaux, manifestations étudiantes violentes pour obtenir des martyrs et corruption de personnalités civiles et militaires dans les milieux officiels. (**)

Le danger immédiat réside donc dans la droite chaviste qui interprétera la faible marge de votes qui a permise au chavisme de continuer à gouverner comme un signal pour stopper le rythme du processus et négocier avec l’opposition en lui faisant des concessions.

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Mais si les 1.600 entreprises expropriées fonctionnent mal, la solution ne réside pas dans leur reprivatisation mais au contraire dans le fait de les administrer mieux sous le contrôle de leurs travailleurs. Si les organismes du pouvoir populaire ne fonctionnent qu’à moitié, il ne faut pas les éliminer : il faut au contraire cesser de les asphyxier par le contrôle exercé à partir de l’appareil d’Etat et leur donner plus de responsabilités. S’il existe une délinquance importante, il faut permettre que le contrôle et l’organisation des quartiers populaire la combatte par tous les moyens et non avec une police corrompue et corruptible. Les droits démocratiques sont garantis par le référendum révocatoire, mais pour offrir une issue positive au mécontentement et saper la base sociale du putschisme au visage « démocratique », la révocation des mandats doit s’étendre à toutes les charges publiques. Au lieu d’interdire les grèves et réprimer les syndicats et les travailleurs, il faut discuter avec eux sur pied d’égalité. Au lieu de transformer le socialisme en un mot creux et propagandiste, il faut discuter publiquement, sans détour et avec tout le monde, sur quelles doivent être les mesures qui aident à le préparer, et discuter sur comment éviter la bureaucratie et la corruption avec la participation consciente et organisée des ouvriers, des étudiants et des intellectuels. Au lieu d’embellir la réalité, il faut pointer du doigt à temps les difficultés pour les résoudre. Au lieu du paternalisme et de la loyauté envers les dirigeants, il faut développer l’initiative, la créativité, l’innovation, la critique et la construction de la citoyenneté.

Maduro a promis des augmentations massives et immédiates des salaires qu’il ne pourra ne pas accomplir sans payer un prix politique élevé. Mais avec un taux d’inflation très important, des pénuries alimentaires, le marché noir et la baisse des revenus réels, ces augmentations ne pourront que compenser partiellement la perte du pouvoir d’achat. Le Venezuela ne peut pas continuer à dépendre du prix du pétrole : il doit produire et élever sa productivité. Il faut appliquer les mesures qui permettent d’en finir avec l’incapacité et la corruption dans les appareils administratifs et qui favorisent les grandes firmes importatrices. Et il faut former de toute urgence des administrateurs et des techniciens efficaces et innovateurs.

Il est également nécessaire d’apprendre du passé et, au lieu de se guider par une image déformée et mythique de l’expérience péroniste, apprendre sérieusement pourquoi Perón a mené dans les années 1950 l’économie argentine dans une voie sans issue et fut renversé et pourquoi, dans les années 1970, il a répété cette politique néfaste et ouvert la voie à une féroce dictature de droite. Il est fondamental que l’histoire latino-américaine et l’histoire du socialisme se discutent sans entraves ni limites parce qu’on ne peut préparer l’avenir si l’on est incapable d’apprendre du passé.

Face à la presse putschiste, il faut stimuler la création d’une presse de gauche, de syndicats, de groupes, d’organisations : si elle critique certaines mesures du gouvernement, cela permettra si nécessaire de les corriger ou, au contraire, de convaincre les critiques qu’ils sont dans l’erreur. En un mot, pour réduire la force de frappe du putschisme en marche et pour le vaincre, il n’y a pas d’autre voie que d’en appeler aux travailleurs et d’approfondir le processus.

Notes d’Avanti :
(*) Le chiffre précis des pertes de votes chavistes est de 685.784, tandis que Capriles a augmenté son score de 679.099 votes.
(**) Ces 15 et 16 avril, des bandes néofascistes de la droite putschiste vénézuélienne ont attaqué, saccagé et incendié plusieurs édifices publics et des locaux du PSUV, le parti chaviste au pouvoir. Voir l’appel ci dessous de la campagne "Pas touche au Venezuela".


Source :
http://www.enlacesocialista.org.mx/articulo/venezuela-el-peligro-inmediato-reside-en-la-derecha-chavista
Traduction française pour Avanti4.be ; Ataulfo Riera

Appel urgent à la solidarité suite aux manœuvres visant un coup d’Etat au Venezuela

Ce dimanche 14 avril, le candidat bolivarien Nicolas Maduro a remporté les élections présidentielles du Venezuela avec un résultat serré. Après comptage de 99,12% des votes et une participation de 78, 71% des électeurs, Maduro a comptabilisé 7.505.378 votes, soit 50, 66% des voix contre 7.270.403 votes en faveur de Capriles, soit un total de 49,07% des voix. Le candidat de l’opposition Capriles a déclaré contester le résultat du vote et exige un recomptage complet des bulletins de vote.

Une déclaration de Capriles, retransmise en direct par toutes les chaînes de télévision privée et CNN en espagnol ce 15 avril a appelé à une "casserolade" de protestation à 20H dans le cadre de marches vers les bureaux régionaux du Conseil National Electoral (CNE) et à une marche vers le CNE de Caracas ce mercredi 17 avril.

Pendant ce temps, le président de l’Organisation des Etats Américains, Monsieur Insulza et les Etats Unis ont déclaré être favorables à un recomptage total. Le Gouvernement espagnol a également fait savoir qu’il se rangeait à cette demande et a annoncé qu’il ne reconnaîtrait pas les résultats de ces élections.

Des dirigeants de l’opposition ont fait courir des rumeurs selon lesquelles les urnes et les bulletins de vote seraient déjà détruits par le feu.

Ils n’ont pas hésité à utiliser des photos issues du site web du CNE et relatives à la destruction de matériel d’élections antérieures. Le “journaliste” de l’opposition Nelson Bocaranda a laissé entendre que des médecins cubains participeraient à ces destructions, ce qui a immédiatement conduit à des actions de saccages de dizaines de Centres de Diagnostic intégral sur tout le territoire. Deux activistes bolivariens ont été tués alors qu’ils tentaient de défendre les Centres de Baruta, à l’est de Caracas. On dénombre actuellement la mort de 6 activistes bolivariens, le saccage de dizaines de dispensaires, de locaux du PSUV, d’écoles maternelles, de marchés populaires, du programme de logements Petrocasa etc. Certains fonctionnaires de l’Etat ont également été victimes d’attaques de leur domicile. Télésur, à Caracas, a également fait l’objet d’attaques tout comme la Radio du Sud et VTV. Des bandes armées fascistes de l’opposition “démocratique” erraient dans les rues des principales villes du pays hier en intimidant la population, bloquant les routes et construisant des barricades qu’ils incendiaient ensuite.

L’opposition « démocratique” au Venezuela montre son vrai visage en s’attaquant en priorité aux symboles des programmes sociaux du Gouvernement bolivarien en faveur des plus défavorisés. Ces actions s’apparentent aux prémices d’un coup d’Etat.

La Présidente du Conseil National Electoral, Lucena Tibisay condamne ce qu’elle appelle une ingérence impérialiste de l’OEA, des Etats Unis et de l’Espagne. Un audit de 54% des actes et le recomptage final de 100% des votes a légèrement augmenté l’avantage de Maduro. Elle a également souligné que si l’opposition souhaite contester les résultats du scrutin, il existe des instances légales pour ce faire au lieu de recourir à la violence.

Selon des observateurs internationaux qu’on ne peut suspecter de bolivarisme, tels qu’UNASUR et l’OEA, ces élections se sont déroulées en toute transparence et démocratie. Même des Gouvernements de droite comme le Mexique, la Colombie et le Chili, dont on connaît le peu de sympathie envers la révolution bolivarienne, ont reconnu les résultats et félicité le nouveau Président.

Il est donc indéniable que l’opposition a perdu les élections et refuse d’en accepter le résultat, même serré, confirmant la victoire du candidat bolivarien élu démocratiquement par le peuple.

Nous en appelons à toutes les forces progressistes et démocratiques du monde entier à ne pas baisser la garde, à exprimer leur solidarité avec la révolution bolivarienne, à dénoncer les manœuvres antidémocratiques de l’opposition et de l’impérialisme, à contrecarrer les mensonges et les manipulations des médias et à exiger le respect de la volonté démocratique du peuple vénézuélien.

Appel de la campagne internationale ’Pas touche au Venezuela’.

Pour des messages de soutien : bruxelles@pastoucheauvenezuela.be