Venezuela : deux options après l’échec du coup d’Etat

Guillermo Almeyra 22 avril 2013

Le président Nicolás Maduro a évité de tomber dans le piège d’une riposte violente à la violence fasciste et, en même temps, il l’a balayée des rues, qui ont été reprises par les secteurs les plus pauvres et les plus conscients de la population. La tentative de coup d’Etat par des assassinats et des incendies de centres médicaux cubains, d’édifices publics et de locaux du PSUV a été étouffée par l’intervention populaire couplée à la fermeté de l’action du gouvernement.

Le coup d’Etat demeure cependant l’option principale des Etats-Unis et de ses complices locaux. Mais, désormais, il sera préparé sans impatience ni précipitation par les fascistes mal déguisés en démocrates, en cherchant à tirer profit des nombreuses brèches que leur offrent la violence, la délinquance, les pénuries d’aliments et de produits, l’inflation, la chute des revenus réels et la corruption dans l’appareil d’Etat.

Parce que si le loup fasciste Henrique Capriles, en se couvrant d’une peau de mouton chaviste, a pu entraîner dans son camp pas moins de 600.000 votes qui se portaient sur Hugo Chávez, c’est parce qu’il existe un grand secteur populaire, ni oligarchique ni pro-impérialiste – comme l’est par contre le noyau dur de l’opposition ultra-droitière – qui est mécontent avec le gouvernement. Ce secteur ne croit plus que ce dernier puisse résoudre les problèmes et croit, avec une illusion fatale, aux vagues promesses libérales des médias et des télévisions internationales et nationales, des « marchés » (les transnationales et leurs idéologues) et de la majorité des universitaires vénézuéliens qui défendent leurs privilèges.

Par conséquent, pour écraser les putschistes, il est nécessaire de redoubler de vigilance, d’éviter que des officiers conservateurs se fassent acheter, d’écraser dans l’œuf les tentatives subversives. Mais, surtout, il faut séparer des fascistes le secteur qui avait été gagné par Chavez et qui peut être à nouveau conquis, à condition de ne pas le mettre dans le même panier avec Capriles et de comprendre pourquoi il proteste et s’oppose et d’apporter une réponse à ses inquiétudes et demandes légitimes, en le canalisant dans la voie démocratique.

L’essentiel c’est d’en finir avec la violence ou du moins de la réduire fortement ; c’est de résoudre le problème d’approvisionnement en nourriture, autrement dit : développer la production agricole et l’élevage nationaux. C’est lutter de manière stricte contre la corruption et les inégalités qui démentent les déclarations socialistes ; c’est maintenir les revenus réels ; c’est augmenter la production, la productivité et l’efficacité de l’appareil économique public mal nommé « socialiste ».

Bien entendu, l’armée et les forces de sécurité ont un large champ d’action dans le contrôle de la conspiration, qui est alimentée par l’ambassade des Etats-Unis et la réaction internationale. Mais la réduction de la délinquance et de la corruption à tous les niveaux ne peut rester aux mains des appareils répressifs de l’Etat, qui se corrompent également comme on le voit quotidiennement dans les prisons où entrent toujours des armes et de la drogue. L’unique option efficace dans ce domaine est le contrôle par les voisins des quartiers populaires, la création d’organismes populaires de prévention et de répression de la délinquance.

C’est aussi le contrôle des travailleurs sur leurs revenus et sur le niveau de vie des fonctionnaires, qui doit être transparent ; le contrôle par les travailleurs des livres de compte des banques et des entreprises afin d’éviter que les maffias se financent et pour empêcher la fuite des capitaux et les comptes dans les paradis fiscaux.

Contre les putschistes, Maduro a recouru avec fermeté à la loi et à l’appareil d’Etat et il est à espérer que les promoteurs des assassinats et des émeutes finissent rapidement sous les verrous. Mais il a à nouveau laissé de côté l’approfondissement social du processus bolivarien : autrement dit, la stimulation de l’auto-organisation populaire, du pouvoir populaire en germe, de la planification à partir des communes, du contrôle des territoires, de l’organisation des miliciens… En un mot, le président croit possible de substituer la force réelle du chavisme – qui est sociale et de classe – par l’appareil d’Etat, qui est par contre au service d’une économie qui est toujours capitaliste.

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Comme dans la Révolution espagnole, où la guerre fut perdue ensemble avec la révolution parce que des gens ont dit qu’il fallait d’abord vaincre le fascisme avant de prendre les mesures sociales (par exemple ; la liberté des colonies, la réforme agraire, la remise des terres des latifundios et de l’Eglise aux paysans, ce qui aurait enlevé à Franco ses soldats marocains, galiciens et navarres) ; pour gagner aujourd’hui au Venezuela la guerre contre les fascistes au service des Etats-Unis, il faut d’abord leur enlever leur base sociale et développer au maximum les éléments d’auto-organisation et de contrôle populaire.

Le pouvoir de la partie saine de l’Etat repose sur le pouvoir populaire, qui n’est pas une concession paternaliste mais bien sa garantie. Il faut écarter comme nocifs toute forme de paternalisme, les discours « Moi je suis le peuple » et la croyance selon laquelle la loyauté, la bonne volonté et l’honnêteté suffisent pour résoudre les problèmes complexes d’une économie aussi dépendante de l’extérieur que l’économie vénézuélienne.

Seules la créativité, l’organisation, la prise de conscience, la pleine liberté du mouvement ouvrier et des syndicats, la discussion sans entrave aucune entre les différentes organisations et tendances révolutionnaires et socialistes peuvent empêcher que la bureaucratie et la bolibourgeoisie, unies par mille liens avec la droite nationale et internationale, mènent la révolution à l’échec ou la trahissent lors d’un prochain coup d’Etat mieux préparé.

Le socialisme n’est pas quelque chose que ceux qui se sentent socialistes organisent d’en haut : c’est le résultat de la participation, de la capacité de décision, de la maturité et de l’auto-organisation indépendantes des travailleurs. Ce n’est pas un cadeau de l’Etat capitaliste, c’est la construction d’un autre Etat à partir d’en bas.

Source :http://www.jornada.unam.mx/archivo_opinion/autor/front/13
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera