Un an après la mort de Chávez : Où va le Venezuela ?

Guillermo Almeyra 5 mars 2014

Selon le gouvernement et ses porte-paroles étrangers, le Venezuela est actuellement confronté à une tentative de coup d’Etat fasciste et pro-impérialiste. Selon les conservateurs du monde entier et la presse du grand capital, nous sommes face à de légitimes protestations démocratiques de masse durement réprimées par une « dictature » socialiste. La réalité est autre.

Un coup d’Etat est impossible du fait que les forces armées – y compris leur secteur le plus conservateur et les militaires intégrés à la « bolibourgeoisie » - appuient la dite « révolution bolivarienne », autrement dit un projet nationaliste et redistributif ayant le soutien populaire. C’est un capitalisme d’Etat qui repose sur la rente pétrolière et qui est enrobé d’une rhétorique « socialiste » : une tentative de dirigisme vertical, paternaliste et bureaucratique de l’économie qui vise à asseoir le gouvernement sur la mobilisation de la majorité sociale et qui ne prend que marginalement en compte les profits des capitalistes.

Lorsque Hugo Chávez était en vie, le gouvernement essayait de s’ériger au dessus des classes fondamentales mais tout en s’appuyant sur les travailleurs. Aujourd’hui encore, l’appareil d’Etat – dont le secteur le plus solide est constitué par les forces armées – est toujours nationaliste « populaire », en dépit de ses tournants et de son conservatisme croissant.

Ce à quoi on assiste actuellement est une mobilisation déstabilisatrice d’un secteur de l’opposition dirigé par Leopoldo López, du parti Volonté Populaire. Ce dernier est étroitement lié au Tea Party, à l’extrême droite étasunienne et mondiale, à l’opposition colombienne et à ses représentants militaires et paramilitaires dirigés par Álvaro Uribe.

Ce secteur n’accepte pas la tactique de la majorité de l’opposition dirigée par Capriles, qui reconnaît que le gouvernement est légal et qu’il jouit d’un soutien majoritaire. Capriles espère néanmoins recueillir dans un proche avenir les fruits du mécontentement populaire provoqué par la vie chère, l’inflation, les pénuries et l’insécurité. Il espère modifier les rapports de forces en sa faveur en appliquant démagogiquement un « chavisme sans Chávez ».

Les fascistes dirigés par López et financés par les Etats-Unis et Uribe ne peuvent attendre deux ans jusqu’à la réalisation d’un référendum révocatoire à mi-mandat du président Nicolás Maduro (référendum qu’ils craignent en outre de perdre comme les précédentes élections). Leurs mobilisations déstabilisatrices cherchent à faire pression sur la tendance conciliatrice existant depuis un certain temps dans les rangs gouvernementaux et l’aile la plus conservatrice des militaires. Leur but est d’obtenir soit un gouvernement d’unité nationale intégrant des politiciens pro-impérialistes ou de grands patrons, soit un gouvernement technico-militaire. Dans les deux cas, cela signifierait la fin de la « révolution bolivarienne ».

Ces milieux fascistes savent qu’il existe dans les forces armées des secteurs intégrés à la « bolibourgeoisie » et d’autres qui craignent et répriment le mouvement ouvrier. Ces derniers appliquent l’idée stalinienne selon laquelle toute grève ouvrière indépendante du gouvernement « socialiste » est contre-révolutionnaire, ce qui explique qu’ils aient mis fin à coups de feu à la grève des travailleurs de Mitsubishi.

Le gouvernement de Maduro est désorienté et, entre autres erreurs, il qualifie de fascistes et d’agents de Washington tous les opposants sans exception, y compris ceux qui sont simplement conservateurs, ceux qui sont trompés ou qui protestent pour des raisons concrètes. Il a également cédé à la pression de l’aile du chavisme dirigée par l’ex vice-président José Vicente Rangel, une personnalité très honorable mais conciliatrice, qui a proposé et imposé un dialogue pratiquement inconditionnel avec les forces sociales de la droite. Dialogue auquel ont participé les secteurs patronaux, mais qui a finalement été rejeté par les partis de l’opposition. Cette alternance entre les menaces et les accusations verbales de Maduro et les mesures gouvernementales nécessaires destinées à séparer le centre droit de l’extrême droite de l’opposition, mine l’autorité du président et laisse les bases chavistes dans l’incertitude politique.

Bien entendu, le patronat ne croit pas non plus qu’un coup d’Etat soit possible. Une telle voie ne pourrait être victorieuse qu’avec le soutien d’une invasion depuis la Colombie ou par un débarquement de Marines US, ce qui déclencherait une guerre civile au résultat très incertain puisqu’elle unifierait la majorité des Vénézuéliens contre les agresseurs.

De sorte que c’est la négociation politique qui s’impose. Mais cela ne doit pas se faire à n’importe quel prix. Non seulement les conquêtes sociales et les germes de pouvoir populaires ne peuvent être bradées mais elles doivent aussi être urgemment consolidés et élargis en tant qu’unique garantie pour la défense de la souveraineté populaire et du pays et comme unique issue pour sortir de manière positive de cette crise économique et politique.

Les gouvernements du Brésil et de Cuba, en particulier, avec le soutien de la Bolivie et de l’Equateur et un appui plutôt tiède de l’Argentine et de l’Uruguay, tentent d’aider le gouvernement vénézuélien à résoudre la crise économique et à contrecarrer la pression officielle de Washington en faveur de l’opposition ultra-réactionnaire. Mais Maduro, de par ses oscillations et ses déclarations mystiques, n’est pas une figure très populaire, même dans ces pays où Chávez jouissait d’un grand prestige. Pour comble, il y a une sérieuse menace qui s’avoisine puisque les Etats-Unis pourraient parvenir en quatre ans à l’auto-suffisance en combustibles. Si tel sera le cas, le pétrole vénézuelien ne lui serait plus indispensable.

En conséquence, la garantie de l’avenir de la « révolution bolivarienne » et de l’ouverture de la voie permettant d’avancer vers le socialisme consiste dans la mobilisation des travailleurs, dans leur activité indépendante, dans le développement des expériences de pouvoir populaire et dans l’alliance entre celui-ci et les secteurs les plus démocratiques dans les forces armées afin d’affronter les tentatives d’alliance entre la vieille bourgeoisie et la « bolibourgeoisie ». Une fois de plus, comme au Chili d’Allende dans les années 1970, pour consolider, il faut avancer.

Source :
http://www.jornada.unam.mx/
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera