Solidarité avec le peuple syrien, non à l’intervention impérialiste !

Izquierda Anticapitalista 31 août 2013

L’histoire se répète. Tout semble indiquer que nous sommes à la veille d’une intervention des Etats-Unis en Syrie. Dans l’une de ces amères ironies habituelles des dirigeants étasuniens, le prix Nobel de la Paix, Obama, planifiait une intervention de l’OTAN en Syrie au moment où il commémorait avec un discours de paix et de droits civils le 50e anniversaire de l’assassinat de Martin Luther King.

Il reste peu de choses de ce 15 mars 2011 quand, à la chaleur des révolutions en Tunisie et en Egypte, dans la ville de Deraa, une manifestation pacifique contre le régime du dictateur Bashar Al-Assad a été réprimée dans le sang par les forces gouvernementales. A partir de là, la Syrie a été pendant 6 mois le théâtre de protestations et de manifestations pacifiques constantes qui, au cri de « A bas le régime ! » ou « Nous voulons la paix et la liberté ! », ont été systématiquement réprimées par l’armée et par les appareils répressifs du régime syrien, dans l’indifférence et la passivité de la communauté internationale.

Le cadre de ce soulèvement légitime a changé et, aujourd’hui, deux ans après, différents conflits locaux, confessionnels et surtout l’ingérence des différentes puissances régionales et mondiales se chevauchent et ont transformé la Syrie en un échiquier où la partie se joue en termes géopolitiques. Et c’est le peuple qui en subit les conséquences, avec plus de 100.000 morts et plus d’un million de réfugiés, dont de nombreux enfants.

Face à un tel panorama, nous déclarons ce qui suit :

1. Izquierda Anticapitalista est contre toute intervention étrangère en Syrie. En conséquence, nous condamnons la possible agression de la part des Etats-Unis (avec la pression de l’Arabie Saoudite et d’Israël) qui n’apportera que plus de morts et de souffrances au peuple syrien. Selon nous, la libération sociale et la conquête d’une démocratie réelle de la part des peuples ne peuvent être l’œuvre que de ceux et celles d’en bas, sans ingérences étrangères et avec le soutien de la solidarité internationaliste des opprimé-e-s du monde. Aucune des puissances régionales ou impérialistes qui ont transformé la Syrie en un guêpier mortel n’ont le moindre intérêt à favoriser la démocratie, la liberté et la justice sociale.

2. Izquierda Anticapitalista condamne de la même manière le régime de Bashar Al-Assad, qui depuis plus de 40 ans a démontré son caractère dictatorial en écrasant les libertés politiques, en réprimant sauvagement tout type d’expression dissidente et en appliquant récemment des politique néolibérales, tout en prétendant maintenir une fausse image « anti-impérialiste » et « sociale ».

3. Izquierda Anticapitalista s’est depuis toujours positionnée en faveur des forces de la gauche révolutionnaire [1] qui, depuis le printemps 2011, manifestent aux côtés du peuple pour en finir avec le régime. Nous condamnons en conséquence tout type d’ingérence, d’où qu’elle vienne. Que ce soit d’Etats qui soutiennent le régime de manière logistique ou par la vente d’armes (Russie, Iran et Chine), ou ceux qui, par intérêts géostratégiques, ont séquestré la rébellion et tentent de transformer l’opposition en un conglomérat atomisé de groupes - dont beaucoup gravitent dans l’orbite du salafisme - qui répondent à des intérêts étrangers à l’esprit de la révolte surgie à Deraa, Homs, Damas ou Houla pendant les premiers mois de la rébellion populaire de 2011. Parmi ces derniers Etats il faut souligner, parmi d’autres, le rôle joué par l’Arabie Saoudite, le Qatar, la Turquie, la France et le Royaume Uni.

4.
Le rôle des Etats-Unis et d’Israël a été d’apporter un soutien mesuré à une partie de l’opposition sans lui donner les armes et munitions suffisantes afin de déséquilibrer la balance en leur faveur. La grande tragédie de ce calcul géopolitique est de voir comment ces acteurs, ayant des intérêts importants dans la région, ont fait le choix de maintenir une guerre d’usure pour les deux camps. Les Etats-Unis interviennent dans une guerre qu’ils ont consciemment alimentée, ils jouent leur rôle de « gendarmes du monde » en passant à l’intervention ouverte et en ouvrant un nouveau front dans leur politique étrangère qui aura d’incalculables conséquences. L’impérialisme nord-américain est la police du capitalisme ; il soutient et renverse les régimes en fonction de ses intérêts, comme cela a été clairement mis en évidence avec leur soutien au coup d’Etat militaire en Egypte. Ils n’ont aucune préoccupation humanitaire ; ils vendent, utilisent et accumulent des armes chimique sans aucun scrupule. L’avenir de la Syrie sous un régime dirigé par les Etats-Unis n’est autre que la situation de l’Irak ou de l’Afghanistan.

5. Izquierda Anticapitalista va continuer à protester et à manifester contre les guerres impérialistes dans tout le Proche Orient, tout en continuant à soutenir les peuples opprimés et les mouvements populaires qui se soulèvent contre les tyrannies qui les oppriment. C’est une pratique cohérente avec un internationalisme politique non corporatiste, mais au contraire basé sur la solidarité avec ceux et celles d’en bas, avec les opprimés et dans l’indépendance de classe. Une solidarité de classe et non de sigles.

Nous appelons les peuples de l’Etat espagnol, ceux-là mêmes qui souffrent de la dégradation socio-économique provoquée par les mêmes institutions internationales qui imposent la barbarie en Syrie, à participer aux rassemblements contre la guerre impérialiste.

Nous appelons également à la solidarité avec le peuple syrien dans sa lutte contre la dictature d’Al-Assad, à soutenir ceux qui défendent une Syrie libre, indépendante, démocratique et qui garantisse les droits humains et sociaux fondamentaux de toute la population, indépendamment des ethnies, des confessions religieuses ou des idéologies politiques.

Ni l’ingérence impérialiste, ni la dictature d’Al-Assad, ni le salafisme soutenu par l’Arabie Saoudite ne sont des alternatives pour le peuple syrien afin de vivre dans la liberté et l’égalité.

Comme proposition finale, nous faisons le choix d’une géopolitique indépendante à la fois des dictatures régionales et des puissances impérialistes. Nous proposons que le bloc progressiste latino-américain, dont les processus démocratiques, avec tous leurs défauts et limites, ont inspirés de nombreuses luttes émancipatrices, lance une alternative internationaliste basée sur une trêve, suivie d’un processus de médiation qui établisse les garanties minimales pour que les Syriens et les Syriennes puissent décider du modèle de société qu’ils souhaitent.

  • Non à la guerre !
  • Non à l’agression de l’OTAN !
  • A bas le régime d’Al-Assad !
  • Solidarité avec le peuple syrien !

Source :
http://anticapitalistas.org/spip.php?article28797
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera

Izquierda Anticapitalista (Gauche Anticapitaliste) est une organisation marxiste révolutionnaire de l’Etat espagnol, elle est la section de la IVe Internationale dans ce pays.