Riot Girrrl : le punk secoué par le féminisme

Itziar Cedar 15 janvier 2014

« The Punk Singer » est le titre du nouveau film documentaire de Sini Anderson dans lequel on raconte l’histoire de la chanteuse féministe Kathleen Hanna et de son influence sur le mouvement « Riot Grrrl » au début des années 1990. La bande son du film a été réalisée par le propre groupe de l’artiste, « Bikini Kill », avec des paroles très critiques et politisées. Le film nous montre une compilation variée de concerts et certains entretiens et actions liés au « Riot Grrrl, un mouvement qui mariait le punk et le féminisme.

Hanna est considérée comme l’une des précurseuse de ce mouvement. En 1991, elle a commencé à écrire dans une revue qui donna ensuite son nom au mouvement, « Riot Grrrl », où elle appelait à développer l’activisme féministe et à l’inscrire sur la scène punk. Dans une interview en 2000, Hannah affirmait qu’elle « avait toujours voulu lancer une revue avec un contenu puissant et revendicatif, et je voulais voir si les autres filles punks que je rencontrais à Washington seraient intéressée par ce projet. » Hanna s’est rendue compte qu’une revue n’était pas suffisante : « Les gens voulaient apprendre à jouer d’un instrument, aller aux concerts et écrire des fanzines. Et ce fut ainsi. Cela a eu un certain écho dans la presse et des filles d’ailleurs se sont dites ‘moi aussi je veux faire ça, je veux commencer à faire l’une de ces choses’ ».

A partir de là, le mouvement s’est développé et a permis que les femmes puissent créer leur propre espace au sein d’une scène punk qui était (et est toujours) dominée par les hommes. Les femmes pouvaient arriver jusqu’au devant du public dans les concerts pour participer au « pogo » mais elles devaient faire dix fois plus d’efforts. Dans certains concerts, du fait des espaces peu éclairés et remplis de gens, il y a même eu des cas d’abus sexuels à l’encontre de femmes.

Machisme punk

Les groupes du mouvement « Riot Grrrl » ont commencé à utiliser leurs concerts pour changer cette dynamique sexiste et créer un climat de concert où les femmes pouvaient profiter de la musique et se sentir en sécurité. Cette rupture avec les conventions du machisme punk n’a pas été bien perçue par bon nombre de fans masculins, qui critiquaient la présence des groupes de ce mouvement au sein du punk. « Cela m’a énormément étonné pendant des années », raconte Hanna. « Je ne sais pas pourquoi les prétendus punk-rockers se sentent menacés par une petite secousse dans l’ennuyeuse dynamique de l’ambiance standard qui prévalait dans les concerts. Quel plaisir y a-t-il à ce que tous les concerts soient toujours identiques, avec 50 mecs hardcores en sueur, se bousculant les uns les autres et sautant sur la tête des autres ? ».

Le mouvement « Riot Grrrl » avait comme objectif principal d’intégrer les femmes qui ne voulaient pas suivre les stéréotypes et des conventions sociales schématisées afin de profiter d’un nouveau style de vie où elles pouvaient être libre et revendiquer leurs droits en tant que femmes à travers la musique punk.

Pablo García Márquez, auteur du blog « Cine Maldito », définit Hanna comme une « fille qui n’est pas restée coincée dans les années 90 a continué à évoluer sans trahir sa musique, en faisant les choses dans la majorité des cas pour son propre compte ». Hanna et le mouvement « Riot Grrrl  » constituent indubitablement un exemple phare du mouvement féministe dans la musique.

Source :
http://enlucha.org/diari/riot-girrrl-sacudiendo-el-punk-con-feminismo/#.Uq4CBrQYs-o
Traduction française pour Avanti4.be

Site du film : « The Punk Singer »
http://www.thepunksinger.com/

Manifeste Riot Grrrl

PARCE QUE nous les filles, nous voulons de la musique et des livres et des fanzines qui NOUS parlent, dans lesquels NOUS nous sentons impliquées et que nous pouvons comprendre à notre façon.

PARCE QUE nous voulons que les filles voient/entendent les œuvres des autres filles pour pouvoir partager nos savoir-faire et critiquer/applaudir chacune d’entre nous.

PARCE QUE nous devons nous approprier tous les moyens de production afin de créer nos propres jérémiades.

PARCE QUE voir notre travail connecté avec nos amies-la politique-nos vies est indispensable si nous voulons savoir comment ce qu’on crée reflète, perpétue, change ou bien DÉRANGE le status quo.

PARCE QUE nous reconnaissons les fantasmes de Révolution Macho à Flingues comme irréalisables et mensongers, uniquement créés pour que nous restions passives au lieu de réaliser nos rêves ; ET DONC nous voulons créer une révolution quotidienne dans nos propres vies en imaginant et en créant des alternatives aux méthodes capitalo-chrétiennes de merde.

PARCE QUE nous voulons et devons encourager et être encouragées face à toutes nos insécurités, face au rockeur-bide-à-bière qui nous dit qu’on ne peut pas jouer de nos propres instruments, face aux « autorités » qui disent que nos groupes/zines /etc. sont les pires des Etats-Unis et

PARCE QUE nous ne voulons pas nous assimiler aux normes (masculines) de ce qui doit ou ne doit pas être.

PARCE QUE nous ne fléchirons pas sous les critiques qui disent que nous sommes des « sexistes inversées » ET PAS DES VRAIESPUNKROCKEUSESMILITANTES QUE NOUS SAVONS que nous sommes.

PARCE QUE nous savons que la vie dépasse largement la simple survie physique et sommes tout à fait conscientes que l’idée punk rock « tu peux tout accomplir » est cruciale dans la révolution riot grrrl à venir, qui cherche à sauver la psyché et les vies culturelles des filles et des femmes partout dans le monde, selon leurs propres termes et non pas selon les nôtres.

PARCE QUE nous sommes intéressées par une façon d’être et de s’assumer qui ne soit pas hiérarchisée ET par faire de la musique, des amis, des communautés culturelles basés sur la communication + la compréhension au lieu de la compétition + des bonnes/mauvaises catégorisations.

PARCE QUE faire/lire/voir/entendre des trucs cool qui nous affirment et nous challengent peut nous aider à renforcer notre sens de la communauté, ce dont nous avons besoin afin de comprendre comment des discriminations comme le racisme, la capacité physique, l’âge, l’espèce, la classe sociale, le culte de la minceur, le sexisme, l’antisémitisme, l’hétéronorme régissent nos vies quotidiennes.

PARCE QUE nous voyons le parrainage et le soutien des communautés féminines et des filles artistes de toute sorte comme partie intégrante de ce processus.

PARCE QUE nous haïssons le capitalisme sous toutes ses formes et voyons notre objectif principal comme la propagation d’information, le besoin de survivre, plutôt que de faire du profit en prétendant être « cool » selon les standards traditionnels.

PARCE QUE nous sommes en colère contre une société qui nous dit qu’une Fille = Conne, Fille = Mauvais, Fille = Faible.

PARCE QUE nous ne sommes pas prêtes à laisser notre colère réelle et légitime être diffusée et/ou retournée contre nous à travers l’interiorisation du sexisme compris comme comme de la jalousie ou des comportements strictement féminins.

PARCE QUE je crois de tout mon coeurespritcorps que les filles constituent une force spirituelle révolutionnaire qui peut, et changera le monde pour de vrai.

Traduction : Mathilde Carton pour TÊTUE