Qui a tué Rojbin, Sakine et Leyla ?

Regards, Actukurde 3 février 2013

Les informations divulguées par les médias sur l’assassinat de trois militantes kurdes à Paris le 10 janvier dernier éveillent des doutes sérieux quant à l’impartialité de l’enquête policière. Le matin qui suivit le crime, alors qu’aucune information n’avait encore été divulguée sur le sujet, le représentant de l’AKP Hüseyin Çelik annonçait déjà la direction vers laquelle allait évoluer l’enquête, en définissant ainsi le crime qui venait d’être commis : “exécution au sein de l’organisation”. Et cela malgré l’évidence de la nature politique de ce crime dont le but est d’empêcher la résolution pacifique de la question kurde. La mise en examen d’un kurde, Ömer Güney, a évidement renforcé la thèse d’un « règlement de compte interne au PKK », un règlement de compte entre terroristes... Or, comme le soulignent de nombreuses organisations kurdes, les zones d’ombres s’accumulent et des faits écartés pointent en direction des services secrets turcs.

Le profil de l’homme mis en examen lundi dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat des militantes kurdes soulève plus d’interrogations qu’il n’apporte de réponse

La mise en examen lundi soir de Ömer Güney, suspecté d’avoir participé à l’exécution, le 9 janvier à Paris, de Leyla Çaylemez, Sakine Canciz et Fidan Dogan est loin d’avoir satisfait les membres de la communauté kurde. Comme nous l’écrivions lundi soir (« Les kurdes peinent à croire au règlement de compte interne ») ces derniers ne considèrent pas que le profil du suspect autorise à classer définitivement l’affaire dans le tiroir des conflits internes au mouvement. Au contraire.

Au lendemain de l’annonce faite par le Procureur de Paris de la mise en examen, Murat Karayilan, actuellement responsable militaire du PKK a déclaré, dans une intervention traduite et relayée hier par l’agence kurde Azadnews (« PKK : les assassinats contre les Kurdes à Paris ont été commis par la Turquie et d’autres Etats »), que Ömer Güney n’avait « aucun lien avec le PKK, aucun lien avec l’administration du PKK », contrairement aux informations qui ont circulé. Si le suspect était bien « une personne qui fréquentait l’association kurde parisienne et participait de temps à autre aux manifestations pacifiques », cela ne signifie pas qu’il était membre du parti, souligne le leader de la guérilla kurde pour qui « la probabilité que cette personne se soit infiltrée il y a deux ans et qu’elle ait travaillé dans l’association est très forte. Il est clair et manifeste que notre mouvement est face à un complot (...). En massacrant une figure symbolique de notre mouvement ainsi que deux importantes cadres kurdes, le scénario préparé pour attaquer notre mouvement, en essayant de donner l’image d’un conflit interne, est aujourd’hui plus que jamais à l’ordre du jour. »

Le chef militaire établit un lien entre le triple assassinat du 9 janvier et les récents affrontements au Kurdistan. Il évoque notamment une attaque conduite le 31 décembre par l’armée turque qui a coûté la vie à un certain « Numan (Ertem Karabulut) », responsable de région, et les « opérations militaires d’envergure » menées le 14 janvier contre les « hauts cadres [du] mouvement » dans la région de Qandil au Kurdistan irakien. Des évènements dont la proximité laisse penser selon lui que les Kurdes sont bel et bien face à une offensive concertée qui entend « saboter les pourparlers qui ont débuté dans l’île de prison d’Imrali », où est emprisonné Abdullah Ocalan.

Cette thèse d’un plan ourdi par des services turcs pour déclencher une spirale négative susceptible de faire échouer les négociations actuelles est aujourd’hui très partagée dans les milieux militants. Où l’on insiste sur le fait qu’Ömer Güney n’était lié que de loin à une association kurde en région parisienne et qu’il n’était « même pas un militant de base » du PKK. Affirmant que le suspect appartient en fait à une famille proche des « Loups gris » - mouvement turc, ultra-nationaliste et fascisant, relativement actif en Europe occidentale, notamment en Belgique -, un militant s’interroge : « La police fiche systématiquement tous les militants de la cause kurde. Pourquoi alors n’ont-ils aucun fichier sur lui, alors qu’il est censé être membre du PKK ? » Avant de proposer quelques réponses lapidaires : « C’est une affaire préparée minutieusement, l’Etat Turc est impliqué et la France essaie de cacher cette vérité. »

http://www.regards.fr/web/qui-sont-les-commanditaires-d-omer,6149

Aveux d’un ’espion’ turc sur l’assassinat de trois militantes kurdes

Un "espion" turc a déclaré aux medias kurdes que l’homme suspecté de l’exécution de trois militantes kurdes à Paris est un agent des services secrets turc. En outre, le suspect Omer Guney serait accompagné de deux autres personnes, selon son oncle Zekai Omer, cité par un journal turc.

Interviewé par le journal Özgür Politika et la chaine de télévision kurde Nuce TV, Murat Sahin, un espion des services secrets turcs (MIT), dont l’identité est révélée au cours de l’année 2012 dans un procès contre une organisation de gauche, affirme qu’Omer Guney est un agent qui travaille pour le MIT.

Agé de 32 ans, il vit en Suisse. Arrêté le 6 décembre 2011 à Istanbul, il aurait déclaré à la police qu’il travaillait pour les services secrets, mais sans pouvoir les convaincre. Le procureur n’aurait pas non plus été convaincu. "Deux ou trois jours plus tard, j’ai été libéré après qu’un employé du bâtiment du MIT de Yildizlar, un quartier d’Istanbul, est venu pour confirmer mes déclarations."

Au lendemain de sa libération, Murat Sahin prend l’avion pour la Suisse. "Le commissaire Ayhan, de Préfecture de police d’Istanbul, qui s’occupe du dossier KCK, m’a accompagné jusqu’à l’aéroport."

Avant d’entrer en Turquie en 2011, il aurait été contacté par un agent du MIT travaillant officiellement à l’ambassade turque de Bern en 2006. Utilisant le nom d’Ali Dogan, cet agent secret aurait formé Murat Sahin et lui aurait donné des instructions pour une infiltration dans l’organisation "Devrimci Karargah", qui est à l’origine de plusieurs attentats à la bombe en Turquie.

"En 2011, j’ai participé à la manifestation du 1er Mai à Istanbul. Ali Dogan m’a appelé pour me demander d’aller à Ankara. Des personnes en tenues civiles m’ont emmené jusqu’à une personne appelée ’Teyze’ (tante). De cette manière, mon contact avec le MIT de Turquie a été noué. Teyze s’occupait des dossiers des organisations de gauche."

Il se souvient en voyant les photos d’Omer Guney dans les medias, selon lui. "Je n’ai jamais rencontré Omer Guney et je n’ai pas travaillé avec lui. Lors de mon séjour à Ankara, Teyze m’a montré une photo d’Omer, en me disant : ’C’est notre homme à Paris. L’as-tu déjà vu ?’ Je l’ai vu sur cette photo pour la première fois. Teyze ne m’a rien dit de plus (...) Peut-être qu’elle me testait pour savoir si je le connaissais."

"On m’a montré une photo d’Omer sur laquelle il portait des lunettes et une chemise blanche, assis devant un mur."

L’oncle d’Omer Guney : « Il n’était pas seul »

Le suspect numéro un de l’assassinat de trois femmes kurdes, dont la co-fondatrice du PKK, a été mis en examen le 21 janvier pour "assassinats en relation avec une entreprise terroriste" et "participation à une association de malfaiteurs". Il est originaire de la ville de Sivas et est issu d’une famille ultranationaliste turque.

Sekine Cansiz, membre fondatrice du PKK, Fidan Dogan, représentante du Congres National du Kurdistan (KNK) et Leyla Saylemez, membre du mouvement de la jeunesse kurde, ont été assassinées le 9 janvier au Centre d’Information du Kurdistan, près de Gard du Nord. L’exécution par plusieurs balles dans la tête a eu lieu entre 12 heure et 13 h 30, selon les procureurs de Paris et les témoignages recueillis.

Omer Guney était accompagné de deux autres personnes, selon son oncle Zekai Omer, cite le journal turc Aksam.

"Dans ses déclarations, Omer aurait dit : ’Je n’ai pas commis ces meurtres’. Il aurait affirmé que les images sont falsifiées. Selon ses dires, il y avait deux autres personnes avec lui lorsqu’il est entré dans le bâtiment. Omer aurait dit que ces deux personnes ont été supprimées sur les images. Il aurait également donné à la police les noms de ces deux personnes. C’est son père qui a partagé avec moi ces informations qui lui seraient venues du parquet ou des avocats français."

"Si ces allégations sont confirmées, la vie d’Omer est alors menacée. Nous avons peur qu’il soit tué dans la prison ou exécuté dehors, s’il est libéré, dans des conditions obscures. Nous croyons que la France est aussi impliquée dans cette affaire. Si telle est la vérité, nous croyons alors que l’exécution de trois membres du PKK ne sera jamais élucidée. Nous ne savions pas qu’Omer s’était rendu à Ankara au mois d’Août, jusqu’à la publication de cette information par la presse."

Les médias turcs rapportent qu’Omer Guney aurait effectué plus de dix séjours en Turquie au cours de l’année 2012. En août, il serait allé à Istanbul et à Ankara, pour faire refaire son passeport. Une dernière visite aurait été effectuée en décembre pour un séjour de trois jours à Ankara dans un hôtel du centre-ville, soit quelques semaines avant l’assassinat des trois militantes kurdes..

http://www.actukurde.fr/actualites/423/aveux-d-un-espion-turc-sur-l-assassinat-de-trois-militantes-kurdes.html