Munich : le procès contre les néonazis du NSU et la complicité de l’Etat allemand

Rafael Poch 9 mai 2013

Le procès du réseau néonazi allemand NSU (*), responsable de la pire vague d’attentats terroristes enregistrée dans le pays ces vingt dernières années, a commencé le 6 mai à Munich. Et il va durer longtemps puisqu’on s’attend à ce qu’il s’achève en 2015. Mais la principale question de cette sombre affaire ne trouvera pas de réponse dans ce procès. Il s’agit du niveau de complicité des structures étatiques avec ce réseau qui, pendant treize ans, a commis dix assassinats, dont neuf racistes, deux grands attentats à la bombe dans des quartiers immigrés et quinze braquages.

A quel point l’Etat allemand est-il impliqué dans cette affaire ? Depuis ses débuts, ce groupe né à Jena (Allemagne occidentale) dans les années 1990 a été entouré d’indicateurs policiers, de collaborateurs et d’infiltrés du Service secret intérieur, le BfV, une police politique orientée dans la lutte contre le communisme et qui, depuis sa fondation en 1950, est un repaire de nombreux ex-nazis.

Autour des trois seuls membres officiels du NSU, il y avait pas moins de 25 indicateurs et infiltrés du BfV mais, curieusement, l’Etat n’aurait appris l’existence de ce groupe terroriste qu’au bout de dix ans, de dix assassinats, de quinze braquages et de deux attentats à la bombe ! Des membres du BfV ont été présents sur la scène du crime au moins dans un cas : le 6 avril 2006, quand la NSU a assassiné Halit Yozgat dans un cybercafé de Kassel. Le 9 juin 2004, des policiers sont intervenus quelques instants après l’explosion d’une bombe dans la Keupstrasse de Cologne qui a blessé de nombreux immigrés.

Outre ces circonstances inhabituelles s’ajoutent la disparition ou la destruction de matériel d’archives, les négligences après la découverte du premier atelier de bombes artisanales du groupe, les mensonges et les occultations dans les déclarations de fonctionnaires de la sécurité devant la commission d’enquête du Bundestag. Tous ces faits étranges se reproduisent dans d’autres cas où les services secrets d’Europe occidentale sont suspectés d’être impliqués dans des crimes et des actions terroristes.

« Parler de maladresses, d’erreurs ou de dérapages n’est pas crédible » déclare Paul Wellson, spécialiste de l’affaire au parlement de la région de Thuringe où se situe la ville de Jena. « Ce qu’il faut se demander c’est quels sont les rapports entre les services secrets allemands, la criminalité organisée et l’extrême-droite » ajoute-t-il.

Cette même question se pose depuis février dernier avec l’ouverture du « procès du siècle » au Luxembourg : 24 attentats à la bombe entre 1984 et 1985 attribué au réseau « stay-behind » de l’OTAN ; une affaire qui est complètement ignorée par les médias allemands malgré le fait qu’un des témoins a identifié un agent des services secrets allemands (BND) comme l’auteur de 18 de ces attentats à la bombe et co-auteur du massacre de la Fête de la Bière de Munich en septembre 1980 – la plus grand attentat à la bombe de l’histoire allemande de l’après guerre, une affaire non résolue qui a laissé 13 morts et plus de 200 blessés.

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« Dans le cas de la NSU, il faut se demander quel rôle a joué l’Etat » déclare le professeur suisse Daniel Ganser, principal spécialiste des affaires troubles liées à l’OTAN dans les années 1970 et 1980. « A la différence du procès au Luxembourg, il ne s’agit pas ici du BND mais bien de la BfV et ce qu’il faut éclaircir c’est s’il s’agissait de maladresses qui peuvent se produire ou s’il y a eu manipulation ». « Dans ce second cas », poursuit Ganser, « il s’agit alors d’événements qui se sont produits avec la participation de l’Etat, ou avec des structures parallèles ». « La question est pourquoi on ne peut éclaircir cela et si quelqu’un bénéficie d’une protection gouvernementale » conclut-il.

Bien qu’on estime que le NSU a peut être bénéficié d’une centaine de complices et de collaborateurs, il n’y a que cinq accusés au procès de Munich, dont le principal est Beate Zschäpe. Officiellement, le NSU se résumait à seulement trois membres, dont deux, Uwe Mundlos et Uwe Böhnhardt, ce sont – selon la version de la police – suicidés en se voyant encerclés par les forces de l’ordre en novembre 2011. Zschäpe, unique survivante du trio, a comparu de manière sereine et a tourné le dos aux caméras de télévision. Elle est accusée de complicité dans tous les attentats. Merkel a qualifié cette affaire de « honte pour l’Allemagne ».

Depuis 1990, les néonazis ont assassiné 152 personnes en Allemagne ; des vagabonds, des gauchistes et surtout des immigrés. C’est, de loin, le principal foyer de violence politique, mais l’appareil d’Etat se montre indulgent envers eux et se focalise bien plus sur la gauche, en « aveugle de l’œil droit » comme on dit. Les manifestations néonazies sont toujours protégées par la police tandis que leurs adversaires sont criminalisés, comme il y a trente ans. Pendant ce temps, un cinquième de la population allemande a des origines étrangères mais, « dans le débat public, les immigrés apparaissent pratiquement toujours comme un groupe problématique » souligne le journaliste Andrea Dernbach du journal berlinois « Tagesspiegel ».

Publié dans le « La Vanguardia », 7/5/2013
Source : http://www.rebelion.org/noticia.php?id=167833&titular=comenz%F3-en-munich-el-juicio-contra-la-trama-neonazi-nsu-
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera

Note d’Avanti :

(*) Nationalsozialistischer Untergrund (le national-socialisme clandestin)