Militantes kurdes exécutées : La France tente d’étouffer l’enquête !

Actukurde 14 mai 2013

Plus de quatre mois après l’assassinat de trois militantes kurdes, le 9 janvier à Paris, aucun avancement considérable n’a été réalisé dans cette affaire. Ne menant aucune enquête sérieuse, les autorités françaises tentent d’étouffer l’affaire, dénonce un journaliste kurde, Ferda Cetin.

L’assassinat de Sakine Cansiz, 55 ans, co-fondatrice du PKK, de Fidan Dogan 32 ans, représentante du Congrès national kurde, basé à Bruxelles, et de Leyla Soylemez, 24 ans, membre d’un mouvement de jeunesse, est appelé par les kurdes comme le « massacre de Paris ».

L’assassin présumé de trois femmes est Omer Guney. A part cette arrestation tout reste un mystère : son véritable identité, ses engagements, son rôle dans l’assassinat, ses motivations, ses voyages en Turquie, ainsi que les éventuels commanditaires du massacre.

Les seules déclarations officielles des autorités françaises sur cette affaire peuvent être résumées en quatre mots : « Nous poursuivons notre enquête. »

Les témoignages des Kurdes de Paris montrent que la police n’était pas sérieuse dès le début de l’enquête. Au lieu d’approfondir l’enquête, les autorités françaises essaient de faire croire qu’il s’agit d’un acte isolé commis par un jeune psychologiquement instable, ce qui laisse soupçonner qu’il y a une entente sur cette affaire entre Paris et Ankara, écrit le journaliste kurde dans le quotidien Yeni Özgür Politika, basé à Francfort.

Revenons au tout début pour se remémorer les événements : Après l’assassinat du 9 Janvier, les centres culturelles kurdes ont commencé de leur coté les investigations pour éclaircir l’exécution, avant même que la police française n’intervienne sur cette affaire. Deux jours après l’assassinat, le vendredi 11 janvier, les dirigeants de l’association kurde ont demandé à Omer Güney, qui était l’une des dernières personnes à avoir vu Sakine Cansiz, à livrer son témoignage à la police. Accompagné d’un jeune kurde, il se rend à un commissariat. La police affirme ne pas avoir besoin de témoignage maintenant, mais lui demande de revenir lundi 14 janvier.

Les policiers ne sont pas pressés

Ce qui est ordinaire et normal, c’est de prendre en considération d’un premier témoin après une triple exécution en plein cœur de Paris. Sans perdre de temps, la police devrait prendre en compte toutes les informations qu’on lui apporte et écouter les témoignages. Mais la police ne fournit aucun effort pour la collecte de preuves.

Omer Guney remis en liberté dans un premier temps

Le lundi 14 janvier Omer Güney se rend avec son ami Kurde au même commissariat. Cette fois-ci, la police l’interroge pendant 5 heures, ensuite le mardi 15 janvier il retrace le parcours d’Omer Güney. Le même jour, Güney est remis en liberté.

Le mercredi 16 janvier, la police perquisitionne l’appartement où habite Omer Güney et trouve quatre téléphones portables, une arme, un masque de ski, de divers CD et une quarantaine de costumes. Très étrange, mais la police ne touche pas à ses affaires, donc "il ne trouve rien", aucun enregistrement n’est fait, aucune image n’est prise.

Le colocataire d’Omer Güney remarque alors que les policiers ne font pas leur travail correctement. Il apporte lui-même au centre culturel kurde les objets que la police n’a pas voulu saisir lors de la perquisition. Une fois ses informations ont été publiées dans la presse kurde, la police décide alors de procéder à une deuxième perquisition. Cette fois-ci, la police note avoir trouvé une arme et quatre téléphones portables.

La Police ferait-elle son travail si les Kurdes n’intervenaient pas ?

En résumé, l’audition d’Omer Güney et la perquisition de son appartement ont été effectué grâce à l’intervention des centres culturels kurdes et non grâce à « l’effort » du procureur de la République Française ou celui de la police.

Le Procureur de la République est au courant parfaitement des appels émis à partir de quatre téléphones portables trouvés lors de la perquisition, particulièrement ceux émis vers la Turquie. Les appels du suspect sont importants pour éclaircir ces meurtres.

Dix balles sur le lieu du crime

Selon les enquêteurs, une seule arme de 7.65 calibres aurait été utilisée. Il s’agit d’un pistolet avec une capacité de 6 à 8 cartouches. Cependant, l’une des trois victimes avait reçu quatre balles dans la tête, alors que les deux autres ont été tuées de trois balles dans la tête. Comment expliquer ces deux balles de plus ?

Le résultat de test d’ADN

Le jour de l’assassinat, quatre verres ont été retrouvés dans la cuisine du Centre d’Information du Kurdistan, lieu du massacre. Les études d’ADN auraient révélé que l’un des quatre verres n’appartenait pas aux trois femmes kurdes. Donc, le quatrième verre appartient-t-il à Omer Güney ?

Omer Guney était bel et bien connu des services français

Omer Güney avait affirmé qu’il était dans une association kurde le 09 janvier à 09 heures. Mais ceux qui étaient présents ce jour-là à l’association concernée démentent les paroles d’Omer Guney. La police devrait donc avoir des informations sur les conversations téléphoniques "privées" du suspect, les 08 et 09 janvier, puisqu’on sait que cette personne était connue des services français de sécurité. On sait aussi que les services des renseignements surveillent de près les activités culturelles et politiques de la communauté kurde et apportent des photos ou des vidéos aux juges. Si Omer Guney n’était pas surveillé, alors pourquoi une telle exception ?

Par ailleurs, l’interpellation d’au moins deux reprises d’Omer Guney au cours de l’année 2012 prouve qu’il était bel et bien connu des services français. En Mars 2012, le suspect a été repéré parmi les jeunes kurdes qui avaient envahi le deuxième étage de la Tour Eiffel pour brandir une pancarte sur laquelle était mentionné le slogan la "Liberté pour Öcalan", le leader kurde emprisonné sur l’Ile d’Imrali depuis 1999. Tous les jeunes ont été interpellés par la police, avant d’être libérés.

Une provocation à Mannheim en Allemagne

Le 8 septembre 2012, Omer Guney a participé à un festival culturel de la communauté kurde qui a eu lieu à Mannheim, en Allemagne. Procédant à une fouille à corps, les Kurdes chargés de la sécurité ont trouvé dans son sac un spray au gaz, une bonbonne de gaz de 1 kg et un couteau à cran d’arrêt. Selon les témoins, Omer Guney est resté près de l’entrée du festival avec certains jeunes autour de lui. Au bout d’un moment, un groupe de jeunes ont attaqué les policiers allemands qui ont ensuite interpellé certains d’entre eux. Après l’assassinat de trois femmes, quelques jeunes sont venus témoigner sur sa provocation lors du festival culturel, organisé à Mannheim. Selon eux, Omer Guney a joué un rôle très actif pour provoquer les jeunes. La police allemande devrait avoir les images des heurts avec les jeunes.

Interpellation étrange aux Pays-Bas

Omer Guney a également été arrêté le 03 décembre 2012 à Zeeland, aux Pays-Bas, avec des dizaines de jeunes, lors d’une « rencontre politique de la jeunesse kurde ». Selon des sources kurdes, chacun des jeunes arrêtés a du répondre à au moins une vingtaine de questions durant leur interrogation, sauf Omer Guney. Ce dernier aurait seulement révélé "quelques informations" sur son identité. Dans les deux heures suivant l’interpellation d’Omer Guney, la police néerlandaise aurait demandé des confirmations auprès des services français. Apres avoir reçu la confirmation des français, elle ne lui aurait posé aucune des questions qu’elle a adressée aux autres. Les informations sur les identités de toutes personnes arrêtées aux Pays-Bas, dont celles sur Omer, ont en suite été transmises aux services de sécurité français.

Cette deuxième arrestation devrait alerter les services de renseignement français pour surveiller Omer Guney de plus près. Une telle surveillance devrait être beaucoup plus "nécessaire", selon la logique sécuritaire de la France, notamment quand ce jeune était près de Sakine Cansiz, co-fondatrice du PKK, pour aider à ses démarches administratives pour refaire ses papiers.

Les autorités françaises ont toutes les informations

D’après les informations fournies par le journaliste kurde Ferda Cetin, la police française a livré au Procureur chargé de l’affaire environs 3600 heures d’enregistrement de vidéo sur Omer Guney. Alors on peut poser les questions suivantes :

Si les services de renseignements français ne possèdent aucun enregistrement audio ou vidéo, alors pourquoi ?

Mais si les services de renseignements français ont des images, alors dans quelles conditions ont-elles été enregistrées ? Une autorisation auprès du juge n’était-elle pas nécessaire ?

Le journaliste Ferda Cetin affirme que les autorités françaises ont toutes les informations nécessaires sur Omer Guney. "Les autorités connaissent très biens les amis proches d’Omer Guney en Europe, ses liens en Turquie, mais elles ne veulent pas faire l’objet de procès ses liens avec la Turquie, compte tenu des relations bilatérales entre les deux pays et la conjoncture politique actuelle."

Source :

http://www.actukurde.fr/actualites/474/militantes-kurdes-executees-la-france-tente-detouffer-l-enqute.html