Malade ? Assigné à résidence quatre heures par jour !

Thomas Gunzig 8 octobre 2013

Le « Café serré » de Thomas Gunzig de ce mardi 8 octobre sur la Première radio…

Bonjour Georges, bonjour tout le monde,

Alors, comme d’habitude, comme à chaque fois que l’on propose une nouvelle avancée sociale, qu’est ce qui se passe ? Eh bien, les gens râlent. Les gens ne sont jamais contents. Les gens pestent sans arrêt. Les gens ronchonnent en permanence. Et vous savez pourquoi Georges ? Mais parce que les gens ne comprennent rien.

Un dernier exemple : cette histoire de visite du médecin conseil. Que maintenant, quand vous êtes malade et que vous avez un certificat avec autorisation de sortie, hé bien, votre employeur pourra malgré tout vous imposer de rester chez vous 4 heures par jour aux heures qu’il aura décidé pour vous. Eh bien oui, une chouette et belle loi comme on les aime. Une belle et chouette loi qui va mettre une chouette ambiance un peu partout.

Et que se passe-t-il ? Eh bien, les gens râlent. Non, Georges, les gens ne comprennent rien. Les gens ne comprennent pas que rarement une loi n’avait été aussi juste et pertinente. Oui, c’est vrai, il y avait bien eu ce projet de loi imposant de s’arracher un ongle pour tous les retards dépassant les 5 minutes. Mais elle avait été, hélas, abandonnée. Mais ici, quelle belle loi que cette loi.

Parce qu’on ne le dit pas assez, mais nous le savons tout, la maladie, souvent, vous isole. Souvenez-vous, Bertrand, vous êtes là chez vous avec comme seule compagnie cette douloureuse blennorragie qui vous tenaille le bas ventre. Eh bien, avec la nouvelle loi et la petite visite du médecin conseil prévue entre 10 et 14 heures, ça meublera votre journée. Dès 10 heures, vous êtes à l’affut, le cœur battant la chamade. Vous vous êtes apprêté car vous le savez, la probabilité n’est pas nulle que le médecin sera peut-être une médecin. Et qui sait, elle sera votre genre Bertrand, la trentaine, sportive, la bouche charnue, le nez mutin, l’oeil frémissant. Elle porterait ce prénom que vous aimez tant, Cindy. Et pour elle, sans doute, la maladie honteuse qui serait la vôtre ne serait pas un repoussoir mais au contraire un sujet d’émerveillement.

Quelle belle loi parce que — permettez-moi de m’étonner — mais qu’est-ce qu’ils croient les gens qui râlent ? Sans doute qu’ils croient que leur vie leur appartient. Non, mais on n’est plus au XXe siècle, nom d’un chien, Georges, les gens sont libres, la vie c’est courir tout nu dans les champs de fleurs, faire l’amour jusqu’au lever du jour, boire du vin, raconter des blagues et se dire que demain sera meilleur qu’aujourd’hui. Non, mais ça va pas ou quoi. Vous imaginez le bordel ?

Aujourd’hui, heureusement, tout est plus clair. Il y a d’un côté les travailleurs qui servent à travailler et qui ont la trouille de perdre leur travail. Et de l’autre, les chômeurs qui sont déprimés et bien utiles pour faire peur aux travailleurs parce qu’ils sont prêts à tout pour prendre leur travail. Et puis, Georges, c’est vrai, il y a aussi Didier Bellens qui a tout compris mais ça c’est un cas particulier.

Une belle loi, très 2013. On vit dans un monde moderne et performant et moi j’adore ce monde moderne et performant. Il y a des champoings 3 en 1. Il y a des crottes dans les tartes d’Ikea. Quick vient d’inventer le Crispy Bacon. Il y a des filles à poil avec des scies circulaires sur Belgium Got Talent. Il y a des pandas dans le Hainaut. José Happart est en pleine forme. Et le premier qui critique Stromae, on lui coupera les mains.

Et comment voulez-vous que tout ça tourne rond si les travailleurs se mettent à croire qu’ils peuvent faire n’importe quoi quand ils sont malades. Genre, sortir de leur petit appartement sans vie quand il fait beau et qu’ils estiment selon Dieu sait quel critère que s’asseoir au soleil dans le petit parc près de la fontaine pourrait faire du bien à leur zona. Et bien, je suis très heureux qu’enfin une loi vienne mettre un peu d’ordre là-dedans et protège notre civilisation de la chienlit.

Allez, à demain.