Les vieux…

Thomas Gunzig 11 janvier 2013

Le « Café serré » de Thomas Gunzig sur la Première Radio de ce jeudi 10 janvier…

Bonjour Georges, bonjour tout le monde,

Alors, aujourd’hui, je n’avais pas envie de parler de quelque chose de précis. Non, j’avais envie de changer un peu. Et j’avais envie de faire quelques généralités sur une catégorie sociale que nous connaissons bien et à laquelle, si tout se passe bien, nous appartiendrons tous un jour. Aujourd’hui donc j’avais envie de parler des vieux.

Les vieux. Alors les vieux, nous le savons il y en a principalement deux catégories.

Il y a évidemment les gentils vieux qu’on aime bien. Les vieux qui sentent un peu le biscuit et le désinfectant. Les vieux qui jouent avec bienveillance au parc avec leurs petits-enfants le mercredi après-midi. Les vieux avec des belles rides élégantes. Les vieux qui ont eu dans leur vie des hauts et des bas et qui en ont tiré une sagesse à la fois simple et solide tournant autour d’une idée que si tout a une fin on peut faire son petit possible pour essayer de rendre autour de soi les gens heureux. Il y a donc des vieux comme ça. Nous en connaissons tous et toutes, nous les aimons bien.

Et puis, et puis, il y a une autre catégorie de vieux. Il y a les vieux cons. Alors attention, il est important de comprendre qu’il y a aussi les vieilles connes. Et vieux cons et vieilles connes, avant d’atteindre l’âge qui est le leur, qui chiffonne leur vilaine tête en leur donnant l’apparence de vieilles patates et qui fripe leur esprit en l’élevant au niveau de celui du bouc et qui ratatine leur cœur en en faisant un tout petit endroit qui sent le renfermé. Et bien ces vieux cons et ces vieilles connes étaient bien souvent de jeunes cons et de jeunes connes déjà tout pétris de valeurs dont l’humanité se passerait bien. Un peu racistes : « Ah, ces noirs du Congo, au temps de grand-papa, ça allait quand même mieux ». Un peu fachos : « Ah, le général Franco, avec lui ça filait droit ».

Et puis ces jeunes ont vieillis dans le confort d’une rente quelque fois constituée d’argent public dont le montant suffirait à redémarrer toute l’économie d’une petite ville indienne ou bien celle d’une phase à chaud. Ils ont vieillis parfois dans les chambres duveteuse d’un palais au milieu d’un grand parc, parfois. Tout entourés de dames de compagnie serviles et de domestiques obséquieux. Des vieux amassant jour après jour, mois après mois et année après année, avec obstination et avarice, encore et toujours plus d’argent et regardant le monde extérieur avec autant de dégoût que si il s’était agi d’une crotte de zinneke sur un parquet ciré. Et nourrissant des passions aussi morbides que ridicules pour les chapeaux trop grands, les tailleurs aux couleurs pales et les coiffures improbables.

Et puis un jour, ce vieux con ou cette vieille conne sent que le moment du dernier voyage approche et qu’il sera temps (et ça, ça lui fait vachement mal aux dents) de penser à sa succession. Et que donc sur cette succession, il y aura des taxes à payer et des taxes. L’idée de devoir redistribuer une partie de son argent à lui ou à elle. Redistribuer dans ce monde où grouillent les nègres, les pédés, les Juifs, les Arabes, les drogués, les tagueurs et ces journalistes gauchistes et ces artisans de la droite molle. Et cette idée-là donc, cette fois c’est aux testicules que ça lui fait mal. Ou bien aux ovaires, c’est selon. Et là, il va se passer quelque chose d’étonnant. L’imagination pourtant nécrosée de notre vieux ou de notre vieille va se révéler étonnamment alerte. Et alors qu’on le croyait à peine capable d’aller faire tout seul sa grande commission, le voilà qui se révèle capable, avec une détermination de petit rongeur pris au piège, de mettre sur pied un système très sophistiqué pour surtout, surtout, surtout ne rien payer.

Oui, ce vieux là, il nous énerve. Car à l’image du film Bambi, il nous rappelle que le monde est hélas aussi injuste que tout pourri. Mais pour nous consoler, je dirais que si ces vieux croient dur comme fer à l’enfer, il est probable qu’avec tout ça, ils y passeront un bon moment.

À mardi prochain.