2013 : Les scénarios possibles

Guillermo Almeyra 10 janvier 2013

Les scénarios prévisibles pour l’année qui commence sont divers et dépendent, bien entendu, du comportement des principaux acteurs politico-économiques (les gouvernements des Etats-Unis, de l’Allemagne et de la Chine) et des résistances sociales à l’insatiable voracité du grand capital. Ce dernier, non content de chercher à récupérer des niveaux maximums pour ses taux de profit, veut en outre poursuivre jusqu’au bout son offensive contre toutes les conquêtes sociales, culturelles et politiques arrachées dans l’après guerre au capitalisme grâce à la crainte du socialisme en occident et par la poussée de la révolution coloniale dans le reste du monde.

Les syndicats sont affaiblis à l’extrême, neutralisés ou intégrés. Les travailleurs sont précarisés, leurs lois protectrices annulées et leurs salaires réels réduits grâce à l’exploitation sauvage des paysans transformés en ouvriers en Chine, au Vietnam, en Malaisie, au Myanmar, en Thaïlande, en Indonésie et aux Philippines, où ils sont soumis à une exploitation capitaliste prédatrice de l’agriculture et des biens communs (eau, bois, territoires, environnement). Cette guerre contre les travailleurs et ce saccage des peuples sur tous les continents semble encore insuffisants à ceux qui dirigent cette planète-Titanic vers une catastrophe certaine.

Pour le capital, les profits, aussi grands soient-ils, sont toujours insuffisants tandis que les misérables salaires sont toujours trop élevés. L’unique limite à l’exploitation – dont le taux est toujours le résultat concret d’un niveau de luttes sociales à une période déterminée – est la résistance organisée des travailleurs et leur lutte pour des objectifs civilisationnels.

C’est précisément ce qui manque aujourd’hui, car les grands conflits ouvriers victorieux qui secouent la Chine sont dispersés et menés pour des objectifs ponctuels, non généraux, et encore moins anti-systémiques ; tandis que la lutte des travailleurs européens – à l’exception des Grecs – est purement défensive et se limite à exprimer une protestation générale, mais sans organiser une alternative. C’est pour cela qu’il est probable que 2013, à quelques exceptions (un peu) plus favorables, en particulier dans les pays dits émergents, reproduira plus ou moins le cours de l’année 2012.

Les investissements aux Etats-Unis n’augmentent pas et les investissements des multinationales étatsuniennes et d’autres pays en Chine commencent à chercher une main d’œuvre meilleure marché au Vietnam ou en Thaïlande. Les prévisions sur la consommation des foyers étatsuniens – principal moteur de la croissance aux Etats-Unis – sont toujours négatives. Mis à part l’Allemagne (et certaines économies secondaires comme la Pologne ou l’Autriche), l’Union européenne traverse une sombre période marquée par un chômage croissant et une stagnation de la production et de la consommation.

Les changements climatiques brutaux, produits par le refus des grands capitalistes de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et à prendre en considération les coûts de la préservation de l’environnement, provoquent de coûteux désastres en Russie, en Europe occidental et aux Etats-Unis, autrement dit dans les principaux pays capitalistes industrialisés qui ont provoqué la crise écologique.

En Chine, des milliers de grèves, de un ou deux jours, organisées par des comités d’usines ad hoc en marge et par-dessus la tête des syndicats officiels et du Parti communiste, parviennent à arracher des augmentations salariales continues (de 10% en moyenne) et d’autres revendications immédiates. Il en résulte un enchérissement de la main d’œuvre dans les régions côtières et le transfert de nombreuses entreprises de Hong Kong, de Taïwan et du Japon vers l’intérieur du pays, où les salaires sont 50% moindres mais où les ouvriers vivront ensemble dans leurs villages avec leurs familles et non, comme aujourd’hui, en qualité de migrants sans aucun droit dans des villes hostiles.

De sorte que la perspective est que la main d’œuvre chinoise cesse d’être bon marché et commence à s’auto-organiser, comme cela s’est passé au Japon ou en Corée du Sud dans la première décade de l’après guerre. Le 18e congrès du Parti communiste chinois, qui a désigné Xi Jinping comme secrétaire générale, est parvenu à un accord entre la tendance favorable au développement du marché interne accompagné d’une démocratisation limitée et celle qui s’oriente vers le marché extérieur, en maintenant le statu quo. Mais si l’immense population paysanne de l’intérieur chinois entre dans un processus de changement, les conséquences ne seront pas seulement économiques.

Un autre scénario, qui dépendra de ce qui se passera les prochains mois en Chine et aux Etats-Unis, est celui de la course vers l’inconnu de la part d’Obama et de l’establishment militaro-financier. La défaite en Irak et en Afghanistan, le réarmement naval et militaire chinois, avec l’aide russe, ainsi que le bellicisme du groupe fasciste-sioniste de Netanyahu-Liebermann, qui prépare l’annexion totale des territoires palestiniens et la guerre contre l’Iran, constituent des facteurs qui poussent à l’aventure guerrière un secteur de l’establishment étatsunien. Ce dernier vient de réaliser un nouveau record de dépenses en armements de guerre et a conscience du fait que l’actuelle supériorité militaire écrasante des Etats-Unis repose sur une base politique interne fragile et qu’elle peut être, en outre, défiée dans le futur par l’action de la Chine et de la Russie, qui sont des puissances nucléaires au développement scientifique important. Le remplacement d’Hillary Clinton par John Kerry serait, dans ce sens, une tentative du président Barack Obama d’avoir les mains plus libres face aux faucons les plus extrémistes.

Si le premier scénario – celui de la poursuite de l’ajustement capitaliste, qui annule avant tout la volonté des électeurs – réduit gravement les marges de la démocratie, parce qu’il suppose des privatisations, l’élimination de la législation sociale et du travail favorable aux travailleurs, l’élaboration de lois répressives et anti-ouvrières, n’ouvre aucune issue, le second scénario mène quant à lui directement à la barbarie. Parce que dans une nouvelle guerre, forcément mondiale, il n’y aura pas de distinction entre armées et population civile, ni entre pays belligérants et neutres et tous, sans exception, nous souffrirons des effets du conflit le plus brutal et sanguinaire de toute l’histoire humaine.

Source : http://www.jornada.unam.mx/archivo_opinion/autor/front/13
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera