Les Écolos ne croient plus aux éoliennes

Thomas Gunzig 23 avril 2013

Bonjour Georges, bonjour tout le monde,

Alors, moi, moi qui suis d’ordinaire si joyeux, si confiant, si optimiste, et bien moi, je vous avoue que depuis la semaine dernière, je ne sais plus du tout où j’en suis. Je suis complètement perdu. Avant ce week-end, pourtant tout allait bien. Le monde était bordélique, la réalité semblait faite avec le même chocolat que les tartes Ikea, c’est vrai. Mais avant ce week-end, il y avait des choses qui ne changeaient pas. Le soleil se levait toujours à l’est et se couchait toujours à l’ouest. Amélie Nothomb sortait toujours un roman en septembre. Il y avait toujours des embouteillages aux Quatres Bras de Tervueren à 8h40. Et Laurent Louis oubliait toujours ses rendez-vous chez l’orthodontiste. Il y avait donc des choses solides et rassurantes nous permettant d’envisager l’avenir comme une petite ballade en pédalo sur le lac du Bois de la Cambre. Canards, clapotis, Calippos, bien à l’aise. C’était bien.

Et puis, tout d’un coup, un événement, une déflagration et la terre a semblé s’ouvrir sous mes pieds. Car la semaine dernière, j’ai compris cette chose terrible : tout ce que je tenais pour acquis n’est en réalité qu’une illusion. Et savez-vous, Georges, qui est responsable de cette terrible prise de conscience ? Et bien, c’est notre invité de jeudi passé, Marcel Cheron. Marcel Cheron qui soudain, sans qu’on ne l’ait vu venir, sans qu’on ait eu le temps de se préparer psychologiquement, a soudain laissé tomber la phrase « Vous savez, Monsieur Borsu pour moi c’est un peu une éolienne politique. Il brasse beaucoup de vent mais il ne produit rien. »

Nom d’un chien, Marcel Cheron, sénateur Écolo. Marcel Cheron qui est à l’écologie ce que l’huile de palme est au Nutella. Marcel Cheron qui nous lâche cet aveu terrible : « Vous savez, Monsieur Borsu pour moi c’est un peu une éolienne politique. Il brasse beaucoup de vent mais il ne produit rien. » Les Écolos ne croient plus aux éoliennes. Les Écolos n’y ont sans doute jamais cru. Les Écolos ne sont pas du tout écolos. En fait, rien n’est ce qu’on croyait, tout est différent. Écolo n’est en réalité qu’un parti qui carbure au mazout, une centrale au charbon, le genre de parti qui se chauffe en laissant ses fenêtres ouvertes, le genre de parti qui prend deux bains par jour, qui lave son linge aux phosphates, qui se tappe des fraises en hiver et des OGM toute l’année. Un parti pour qui le changement climatique a autant de réalité que le village des Schtroumpfs et pour qui le développement durable prend le temps d’un pet de lapin. Mais oui, depuis ce jeudi noir, c’est bien à un déplacement des valeurs dont nous avons été les témoins.

Messieurs, avec cette petite phrase de Marcel Cheron, nous sommes passés de l’autre côté du miroir. Le MR, ce grand parti d’inspiration trotskiste, comptant dans ses rangs des personnalités aussi bouillantes que celle de Didier Reynders, surnommé par certains Didier le Rouge, admirateur secret des réalisation d’Enver Hoxha. Didier Reynders pour qui l’Europe du capital est une injure faite au peuple du travail et qui le soir venu, agenouillé sur les carrelages froids de sa petite maison ouvrière de Seraing sous un portrait dédicacé de Karl Marx relit l’ouvrage La Révolution trahie avant de se rendre chez Frédérique Ries pour parler de la beauté rugueuse des soviets et de la pertinence des plans quinquennaux.

Et le PS. Le PS avec à sa tête Paul Magnette. Paul Magnette, digne héritier d’Adam Smiths, de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan qui après un week-end en chemise à carreaux à Knokke où il aurait pratiqué les quinze trous du Royal Zoute Golf Club et les trois de sa maîtresse Sarah Palin serait passé par Lasne pour y faire une petite bise à Laurette Onkelinx dans sa villa quatre facades (non, là vous avez raison, je vais trop loin).

Ah, bon sang. Et demain, que va-t-on apprendre ? L’existence de ces rites païens où les jeunesses CDH dévorant des cœurs de poulet s’accouplant avec des boucs sous les encouragements de Joëlle Milquet appellent au règne de Satan.

Mais oui, tout est possible à présent. Ah, bon sang, depuis jeudi, la Belgique a peur et moi avec.

À demain.