Le suicide de Rambo

Salvador Capote 18 juin 2013

Au cours de ces douze dernières années, le nombre de suicides parmi les militaires étatsuniens en service n’a cessé d’augmenter, atteignant le chiffre record de 349 (uniquement des suicides confirmés) en 2012. Selon les chiffres déjà disponibles, il semble bien que 2013 va battre ce record.

La préoccupation du gouvernement nord-américain est accentuée par le fait que ces trois dernières années, le nombre de pertes par suicide parmi les militaires a été supérieur au nombre de soldats tués au combat. En 2012, 310 soldats étatsuniens ont été tués en Afghanistan tandis que, comme on l’a vu, 349 se sont suicidés.

Dans le seul Corps d’Infanterie de Marine, on a enregistré 48 suicidés en 2012, soit une augmentation de 50% par rapport à 2011. En outre, toutes les 65 minutes en moyenne, un vétéran des forces armées étatsuniennes se suicide (un par jour en moyenne pour ceux qui sont en service actif).

On considère cependant que les chiffres réels sont encore plus importants du fait de la stigmatisation qui entoure le suicide. Ainsi, de nombreux décès provoqués par des empoisonnements, des prises de surdoses de stupéfiants ou des chutes mortelles ont été classés comme des accidents alors qu’une bonne partie d’entre eux sont en réalité des suicides.

De toute manière, la situation est si grave et si scandaleuse que le Secrétaire à la Défense Léon Panetta a affirmé lors d’un comité du Congrès en juillet 2012 que les militaires des États-Unis sont confrontés à une « épidémie » de suicides et qu’il est nécessaire d’améliorer les services de santé mentale pour les troupes. Panetta a indiqué que les suicides constituent l’un des problèmes « les plus complexes » et « urgents » qu’affrontent les militaires étatsuniens et qu’ils constituent « l’un des défis les plus frustrants » car, « malgré l’augmentation des efforts et de l’attention, la tendance continue à évoluer dans une direction problématique et tragique ».

Ces dernières années, on a augmenté de 35% (jusqu’à 9.000 effectifs) le nombre de psychiatres, de psychologues, de travailleurs sociaux et d’infirmières spécialisées en santé mentale dans les hôpitaux et les cliniques militaires.

Si l’on tient compte de l’expérience israélienne (le taux de suicides est également très élevé parmi les militaires en Israël), le suicide parmi les vétérans est favorisé par les lois qui permettent la possession d’armes à feu pratiquement sans contrôle. En Israël, la principale forme de suicide était par coup de feu les week-ends et les jours fériés. En 2006, un ordre administratif a interdit aux soldats de ramener leur arme de service chez eux et le taux de suicide s’est immédiatement réduit de plus de 40%.

De telles mesures, cependant, ne touchent que la surface du problème dont les racines sont considérablement plus profondes. De nombreux vétérans sont également les victimes psychologiques de guerres absurdes et ils préfèrent se tuer plutôt que de vivre avec les séquelles des terribles expériences qu’ils ont vécus en tant qu’envahisseurs de pays qu’ils ne savaient très probablement même pas situer sur une carte.

L’augmentation du taux de suicide à obligé la Maison Blanche à lever en 2011 l’interdiction, imposée par l’administration de George W. Bush, d’envoyer une lettre de condoléances au nom du Président aux familles des soldats suicidés.

Au scandale du suicide parmi les militaires s’ajoute le scandale des agressions sexuelles : une femme soldat sur cinq est sexuellement agressée par ses compagnons et ce taux augmente. Près de 20.000 agressions sexuelles ont lieu chaque année dans les forces armées des États-Unis, mais moins d’une centaine (moins de 0,5% du total des agressions) de violeurs sont traînés devant une cour martiale et cela, généralement, seulement lorsqu’ils ont agi avec une violence « excessive » et que l’affaire a filtré dans l’opinion publique. Si les militaires étatsuniens violent leurs propres collègues femmes, que dire alors de leur comportement à l’égard des femmes civiles sans défense dans les territoires qu’ils occupent ?

Rambo viole, Rambo torture, Rambo assassine et Rambo se suicide parce que — inutile de chercher la cause ailleurs — sa dégradation morale est le résultat d’une horrible machinerie de destruction et de mort au service du complexe militaro-industriel et de l’élite impérialiste au pouvoir.

Source :
http://alainet.org/active/64656
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera