Le danger principal au Venezuela

Guillermo Almeyra 29 mai 2013

L’économie vénézuélienne doit être urgemment réorganisée et assainie, tout simplement parce que dès qu’on a retiré de la production pétrolière totale les barils destinés à la consommation nationale et à la part correspondante aux accords de l’ALBA et de Petrocaribe, le reste (plus ou moins 1.150.000 barils) ne suffit pas pour payer toutes les importations.

Ces dernières, en effet, vont des intrants et de la technologie pour la production nationale à tous les articles de consommation quotidienne et alimentaire. Les devises pétrolières sont tout autant utilisées pour acheter du whisky, des voitures et des motos importées, pour rembourser des dettes avec d’autres pays que pour importer du papier hygiénique, des serviettes hygiéniques ou tout types d’aliments que le Venezuela pourrait produire mais qu’il ne le fait pas parce que la rente pétrolière décourage les investissements productifs.

Le contrôle des changes est partiel et le désordre dans l’économie s’accompagne du gaspillage financier, de la faible productivité des entreprises d’Etat, de l’absence de contrôle sur leur fonctionnement et, dans de nombreux cas, de l’inefficacité de leurs administrateurs.

La pénurie de certains aliments et d’articles de première nécessité, les coupures continues dans le réseau électrique, la corruption et le désordre dans l’administration, ainsi que le taux très élevé de délinquance, sont les moteurs de la protestation populaire. Ces phénomènes apportent de l’eau au moulin à une opposition qui accuse le président Nicolás Maduro d’être un « opportuniste » (autrement dit, un faux socialiste) en prétendant ainsi mieux poursuivre l’œuvre de Hugo Chávez qu’elle avait pourtant tenté de renverser par un coup d’Etat en 2002.

Le gouvernement tente, en vain, de lutter contre le gaspillage, la corruption et l’inefficacité des bureaucrates et cela parce qu’il utilise pour ce faire des méthodes elles-mêmes bureaucratiques. Le « gouvernement de la rue » consiste à appliquer la même politique de prises de décisions d’en haut, verticaliste, à partir de l’appareil d’Etat, sans laisser aucune marge à l’information, à l’organisation et à la participation indépendante des bases chavistes dans la définition des options et l’application des mesures.

Sous le gouvernement de Maduro, on continue à considérer que ces dernières ne sont qu’une base électorale, une machine à voter et à approuver tous les X mois ou années les décisions d’une poignée de dirigeants. Le PSUV (Parti socialiste uni du Venezuela, parti au pouvoir fondé par Chávez NdT) n’est, quant à lui, ni un parti, ni socialiste, ni uni : c’est un appareil bureaucratique sans vie politique interne et sans capacité de propositions indépendantes ou de contrôle sur un Etat qui, comme dans toutes les économies capitalistes, n’est pas « socialiste » mais doit au contraire administrer le fonctionnement du pays en accord avec les lois du marché capitaliste mondial et du capital financier.

Dans sa structure même, cet Etat se caractérise par son fonctionnement hiérarchique, la défense d’intérêts privés et des positions de pouvoir ainsi que le secret vis-à-vis des travailleurs tout en étant transparent pour les multinationales et le grand capital. Bien entendu, l’armée n’est pas non plus « socialiste », bien qu’il puisse y avoir en son sein de nombreux nationalistes de gauche ou de nationalistes socialisants mélangés à des officiers conservateurs. De sorte que la garantie d’une issue progressiste à la crise actuelle ne viendra pas des appareils étatiques.

Cependant, Maduro croit possible d’éliminer la délinquance en transformant les militaires en policiers, comme l’a fait le président Calderón au México avec comme résultat d’avoir importé le narcotrafic dans les forces armées qui devaient le combattre, détruisant ainsi sa structure et son moral et en les plongeant dans une spirale répressive et sanglante qui leur vaut la haine populaire.

Maduro pense également qu’il est possible de remettre de l’ordre dans l’économie en recourant à la mobilisation constante de ceux là mêmes qui sont en train de la désorganiser parce qu’ils soumettent le Venezuela au rôle passif et dépendant d’importateur de technologies et de produits payés par l’exportation de matières premières. Au lieu de réorganiser le pays sur des bases non capitalistes, ils s’associent aux grandes entreprises et aux firmes importatrices et, par conséquent, n’aspirent même pas à atteindre la sécurité alimentaire en développant la production nationale d’aliments de première nécessité.

La rencontre de Maduro avec le grande capitaliste Mendoza et avec le Groupe Polar, ainsi que la nomination dans le secteur financier de personnalités qui ont les faveurs des monopoles envoient un signal à la bourgeoisie. Tout comme Cristina Kirchner (présidente de l’Argentine, NdT) dans son tournant vers le patronat, le gouvernement post-Chavez n’a pas comme axe l’approfondissement du processus de transformation sociale, il s’oriente au contraire vers la conciliation et l’alliance entre l’appareil d’Etat et la grande bourgeoisie et il s’oriente ainsi vers des mesures qui lui feront perdre son soutien populaire.

Tel est le sens de la baisse des salaires réels survenue avec la récente dévaluation du Bolivar ou avec la fin de la gratuité des maisons attribuées ou la fin de nombreux subsides. Mais, surtout, c’est là la racine de la mise en sourdine imposées au communes jamais développées, aux Missions, aux mouvements sociaux et à la théorie selon laquelle les travailleurs industriels n’ont pas le droit de faire grève parce qu’ils ont prétendument le pouvoir dans l’Etat puisqu’ils ont voté pour ceux qui gouvernement en leur nom.

Cette politique est naïve et néfaste. La bourgeoisie internationale et vénézuélienne n’acceptera jamais le chavisme des travailleurs, leur mobilisation et leur pouvoir social de veto ni l’exemple qu’ils offrent à l’échelle internationale. Si les capitalistes ne peuvent réussir un coup d’Etat, ils vont alors conquérir de l’intérieur l’appareil d’Etat pour faire un « putsch de velours » en unissant derrière la grande bourgeoisie et l’impérialisme tous les « bolibourgeois » et les corrompus qui craignent un approfondissement social du processus. La délinquance quant à elle, doit être combattue avec la mobilisation et l’organisation des gens des quartiers, tout comme la spéculation avec les aliments et les médicaments ainsi que l’inefficacité dans les entreprises d’Etat doivent être jugulées avec le contrôle des travailleurs. Seule l’initiative des mouvements sociaux sauvera le Venezuela.

Source :
http://www.jornada.unam.mx/archivo_opinion/autor/front/13
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera