Le chômage baisse à Bruxelles ? Méfiez-vous des chiffres…

Thomas Gunzig 5 juin 2013

Le « Café serré » de Thomas Gunzig de ce mercredi 5 juin sur la Première radio…

Bonjour Pierre-Yves, bonjour tout le monde,

Alors ce matin, une fois n’est pas coutume, je viens avec une bonne nouvelle. Figurez-vous que malgré la crise, les difficultés économiques, la morosité, le manque de confiance et le pessimisme, hé bien, figurez-vous que, à Bruxelles, le taux de chômage est passé sous la barre symbolique des 20%. Alors, est-ce que ça, ça ne vous donne pas un bond de kick au moral ?

Bon, c’est vrai, on ne va pas dire que tout va bien. Il y a mille choses qui peuvent nous plomber le moral : Dieu n’existe pas, Laurent Louis, oui. Deux vérités complètement atroces. Mais sinon, à part ça, finalement, tout ne va pas si mal. Le chômage baisse et ça, c’est quand même un signal qui ne trompe pas. La situation n’est pas aussi désespérée que nous l’aurions cru.

Mais alors attention ! Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Ce n’est pas parce que les chiffres du chômage ont baissé qu’il y a plus de gens qui travaillent. Il faut rester précis sur ce qu’on appelle un chômeur. Sinon, on pourrait faire dire n’importe quoi aux chiffres.

Par exemple, mais avant, quand vous étiez jeunes et qu’à la fin des études vous ne pouviez pas trouver de travail, il fallait faire un stage d’attente et vous étiez chômeur. Aujourd’hui, tout a changé parce que vous faites un stage d’insertion professionelle. C’est une période d’un an durant laquelle on n’a pas de travail mais où on en cherche mais sans être demandeur d’emploi et donc on n’est pas chômeur. Vous me suivez ?

Et puis, 12 mois après le stage d’insertion, si ça n’a pas marché, vous pouvez recevoir pendant 36 mois des allocations d’insertion qui ne sont pas des allocations de chômage non plus. Enfin, sauf si vous êtes déjà chômeur complet, mais ça c’est plus rare. Enfin…

Et puis, bon, si vraiment ça ne marche pas, si après le stage d’insertion et les allocations d’insertion vous faites preuve d’une mauvaise volonté crasse au point de refuser des jobs en or comme blanchisseur de culottes sales pour la fondation Prince Laurent, alors là, vous serez exclu du chômage que vous n’avez de toute façon jamais reçu et vous passerez au CPAS où comme chacun sait vous pourrez mener grand train car vous ne serez pas chômeur.

Alors, oui, il faut savoir que, si fier d’être un exemple pour une nation pour qui la valeur travail est la pierre angulaire et que si avec joie et ambition vous avez accepté le travail de blanchisseur de culotte mais que pour des raisons qui vous échappent, durant un laps de temps indéfini les culottes sont moins sales et n’ont pas besoin d’être blanchie et que le chômage, pour ces raisons techniques, prend le relais de votre employeur, hé bien, vous n’êtes pas chômeur non plus car le chômage technique ça ne compte pas dans les chiffres. Vous me suivez toujours ?

Et bien entendu, si vous avez fait le malin, comme par exemple accepter de blanchir les culottes en noir, peut-être sous la pression du blanchisseur en chef, hé bien, vous serez exclu du chômage et donc pas plus chômeur.

Ou bien, si on vous a proposé de vous engager à tiers temps pour les blanchir ces culottes et que le chômage complète votre salaire de temps partiel, hé bien, là non plus, vous n’êtes pas chômeur. Vous me suivez toujours ?

Ou bien enfin, si pour des raisons bizarres, vous avez fui votre pays où il y a toujours du soleil pour venir hanter misérablement les trottoirs mouillés de la capitale et mendier en stoemelings dans les couloirs de la gare centrale, vous serez bel et bien miséreux. Mais, petits veinards, dans votre malheur, vous ne serez pas chômeur. Et ça, c’est toujours ça de gagné.

Enfin, tout ça ce sont des détails. Ce qui est important, je le répète, c’est que le chômage soit passé sous la barre des 20% à Bruxelles. Je suis d’ailleurs certain qu’on peut faire mieux. La barre des 20%, c’est pas mal. Mais la barre de — je ne sais pas moi —, la barre des 0%, ça ce serait du symbole. Ce serait d’ailleurs facile. Si par exemple, on arrête d’appeller le chômage, le « chômage » mais par exemple « Complément de soutien à l’intégration pour le vivre ensemble ». Alors, il n’y aurait plus de chômeurs. Ou bien encore, on supprime simplement le chômage à la noix et ceux qui ne sont pas content n’auront qu’à tirer leur plan. Là, ça ferait 0% de chômage. Et ça c’est quand même la classe.

À demain.