Lampedusa : Qui sont les coupables ?

Gippò Mukendi Ngandu 7 octobre 2013

On en est toujours à compter les morts de l’immense tragédie de Lampedusa. Ils sont probablement plus de 300. Et sans doute 500 disparus. Il s’agit d’un gigantesque massacre annoncé. Tout au long des confins de l’Europe, la Méditerranée s’est en effet littéralement transformée en cimetière.

Ils sont des milliers à s’être noyés dans ces eaux. Ils n’ont souvent pas de nom. Ce sont des femmes, des hommes, des enfants qui fuient la misère d’un continent africain dans lequel le capitalisme, hier sous sa forme colonialiste, aujourd’hui sous sa forme néolibérale et post-colonial, se manifeste dans toute sa barbarie, en produisant continuellement des guerres, en pillant et en détruisant des territoires entiers.

En ce moment, il convient de rappeler la responsabilité de l’Italie dans les affrontements de Somalie et d’Erythrée, les deux pays d’où provenaient la majeure partie des naufragés.

Par contre, nous connaissons les noms des coupables. Ceux-ci se trouvent au cœur des institutions de cette Europe. Ce sont ceux qui ont élaboré et construit la « Forteresse Europe » ; eux qui financent les coûteux projets sécuritaires comme Frontex, eux qui financent les polices de l’autre rive qui tentent de réprimer les révolutions en cours.

Les coupables occupent aussi les principales institutions italiennes. Ceux là mêmes qui versent en ce moment les larmes de crocodiles habituelles. Comme le président Napolitano qui, à l’ époque Ministre de l’Intérieur, a introduit en 1997 en Italie la détention administrative des étrangers soupçonnés du « délit » d’immigration clandestine. Mesure inscrite ensuite dans la Loi Bossi-Fini toujours en vigueur et qui considère même comme criminel ceux qui prêtent assistance en mer au bateaux de réfugiés en perdition.

Les coupables sont ceux qui ont propagé le racisme le plus vulgaire dans le but de diviser les travailleuses et les travailleurs. Les coupables sont ceux qui secondent et gèrent un système qui, au nom du profit, admet la libre circulation des marchandises, des services et des entreprises, mais qui empêche par la force la libre circulation des personnes et offre ainsi au patronat une main d’œuvre bon marché qu’on peut facilement soumettre au chantage.

En outre, il y a aussi le droit pénal car, comme le disait Marx en son temps, « le criminel ne produit pas seulement le délit, mais aussi le droit pénal ». Et en ce moment, tandis que la droite la plus raciste spécule sur l’énorme tragédie, les membres du gouvernement se disent prêts à abroger la Loi Bossi-Fini, considérée comme inadéquate par les institutions européennes. Pour faire quoi ? Pour préserver la défense du coupable.

Ainsi s’est exprimée à chaud la Commissaire de l’Intérieur de l’Union Européenne, Cecilia Malmstroem : « Il faut redoubler les efforts destinés combattre les trafiquants qui profitent du désespoir humain ». Et c’est dans le même sens qu’abondent les principaux représentants du centre-gauche et de la droite du gouvernement en parlant d’augmenter les moyens pour obtenir les « instruments les plus adéquats ». Bien entendu, il s’agit de moyens policiers.

Ils savent pourtant tous parfaitement bien que c’est grâce aux politiques répressives que des milliers de personnes courent le risque de mourir chaque jours afin d’échapper à la faim et à la guerre. Toute autre voie est rendue impossible pour eux.

La réponse à cette immense tragédie qui frappe la Méditerranée ne peut pas être un contrôle sans cesse plus renforcé des frontières internes et externes de l’UE. Une gauche digne de ce nom doit se rebeller contre ces lois injustes et criminelles ; elle doit se consacrer à reconstruire un vaste mouvement pour la libre circulation à travers les frontières et pour un droit d’asile plus large, tout en pointant les véritables coupables.

Une gauche digne de ce nom ne peut être qu’internationaliste et ne reconnaître qu’une seule frontière : celle qui sépare les exploités et les exploiteurs.

Source : http://anticapitalista.org/2013/10/04/lampedusa-chi-sono-i-colpevoli/
Traduction française pour Avanti4.be