La révolte des vassaux : Le Parlement britannique vote contre la guerre en Syrie

Tariq Ali 1er septembre 2013

Réjouis-toi ! Réjouis-toi ! Le premier maillon de la chaîne de la vassalité s’est brisé. Il n’y a pas de doute qu’ils vont le réparer, mais nous devons célébrer ce moment d’indépendance tant qu’il dure. Pour la première fois en 50 ans, la Chambre des Communes a voté contre une participation à une guerre impérialiste.

Conscients de la profonde et continue opposition dans le pays et parmi les militaires, les membres du Parlement ont décidé de représenter la voix du peuple. Les discours des trois leaders (des conservateurs, des libéraux et des travaillistes, NdT) ont été assez pathétiques. Ni l’amendement de l’opposition (travailliste, NdT) ni la résolution en faveur de la guerre n’ont pu obtenir suffisamment de votes. C’est tout ce dont on avait besoin.

Les quelques trente bizarres dissidents conservateurs qui ont rendu impossible la participation britannique (à l’attaque contre la Syrie, NdT) en votant contre leurs dirigeants méritent notre gratitude. Peut-être qu’à partir de maintenant la BBC va commencer à refléter l’opinion populaire au lieu d’agir comme porte-parole des bellicistes.

Vu le statut qu’a la Grande-Bretagne à l’étranger en tant que second couteau forcené de Washington, ce vote aura un impact international. Aux Etats-Unis mêmes, le vote de Londres augmentera l’inquiétude, déjà évidente dans les instructions extra-officielles à la presse qui affirment qu’il n’existe pas de preuves solides qui accusent le régime d’avoir utilisé des armes chimiques. « Comment ça ? » se demandent entre eux les citoyens étasuniens ; «  notre partisan le plus fidèle nous abandonne juste avant d’attaquer ? ». Qu’est-ce que tout cela veut dire ? Ne faudrait-il pas débattre de la question ?

Le langage d’Obama dans les interviews d’hier (29 août 2013, NdT) n’était pas différent de celui de Bush. En réalité, il a dit que la raison de mener l’attaque était que ces armes chimiques « pourraient être utilisées contre les Etats-Unis ». Et par qui ? Al Qaeda, etc. Pardon ? N’est-elle pas de votre côté dans ce conflit en particulier ? Le véritable objectif de l’attaque n’est-il pas de renforcer l’une des parties contre l’autre dans cette horrible guerre civile ?

Pendant ce temps, le vote du Parlement britannique a également provoque une onde de choc en Europe. L’élite allemande (mise à part sa composante Verte) a plutôt tendance à craindre de cette guerre. Cela laisse François Hollande comme seul partisan enthousiaste de Washington parmi les principaux pays de l’Union européenne. Qui est donc aujourd’hui le « Cheval de Troie américain » en Europe ?

Cameron a accusé Blair (ex Premier ministre britannique travailliste, NdT) et la guerre en Irak du scepticisme qui règne aujourd’hui dans le pays. C’est exact. Mais n’oublions pas que les conservateurs avaient eux aussi fermement soutenus cette guerre là. Je me rappelle voir l’horrible Michael Glove débattant à la télévision ces jours là ; il était pire que la majorité des défenseurs de Bush aux Etats-Unis.

Il est clair qu’en leur ayant menti une première fois, les gens sont moins enclins à croire à nouveau le gouvernement sur ces questions. Cameron a adopté une imitation acceptable de Blair, mais les temps ont changé. Il n’a même pas pu convaincre son propre parti.

Mais Washington est déterminé à agir, avec la France comme seul allié. C’est pour cela qu’il est prématuré de trop fêter ça. La coalition « Stop the War » en Grande-Bretagne n’a pas d’équivalent ailleurs en Europe ou aux Etats-Unis. Même dans des moments d’isolement (l’invasion et le bombardement de la Libye par exemple), elle a maintenue la pression. La manifestation de demain est encore plus nécessaire qu’avant, afin de fêter notre victoire ici sans oublier qu’Obama repart quand même en guerre.

Source : http://www.informationclearinghouse.info/article36033.htm
Traduction française pour Avanti4.be : G. Cluseret