La bonne idée de Jan Jambon

Thomas Gunzig 15 mai 2014

Le « Café serré » de Thomas Gunzig de ce mardi 13 mai sur la Première radio.

Bonjour Georges, bonjour tout le monde,

Alors, je l’ai dit et répété, j’adore les périodes de campagne électorale. Et vous savez pourquoi, Georges ? Mais parce que c’est l’imagination au pouvoir. Les périodes électorales permettent à ceux qui en sont les acteurs d’user de mille et mille techniques plus sophistiquées les unes que les autres pour faire passer leur passer leur message. Et elles nous permettent alors à nous, les citoyens lambdas, lorsqu’il nous arrive de nous ennuyer, de jouer au chouette jeu de découvrons la technique utilisée par le candidat. Un jeu super.

Alors, évidemment, nous connaissons les techniques de base. Je vous en rappelle quelques unes. Le slogan. « Plus forts ensemble », « Pour un avenir meilleur », « Pour un avenir meilleur ensemble ». Bref, des petites phrases généralistes avec lesquelles tout le monde est toujours d’accord. La promesse aussi qu’on peut toujours faire et que c’est gratuit. La balade sur les marchés pour faire celui qui est proche des gens. Et puis, l’affiche, le flyer, le pins, le t-shirt, l’autocollant. Tout ça on connaît.

Mais, je crois les amis, mon cher Georges, je crois que durant cette campagne, une nouvelle technique est apparue. Une technique très subtile, très efficace. Et cette technique, c’est — vous avez une idée Georges ? Mais non, bien entendu, c’est tellement subtil que vous n’avez aucune idée, c’est normal. Alors, je vous donne la réponse. Attention, c’est long.

La nouvelle technique, c’est la technique de la phrase qui vous échappe et que c’était pas ça qu’on voulait dire et qu’on s’excuse après mais que ça a quand même planté un petit truc dans l’esprit des gens qui pourraient être d’accord avec cette petite phrase mais qu’on ne peut pas leur en parler directement parce que ce serait suspect alors on fait semblant que c’est un lapsus.

Didier Reynders nous a donné un bel exemple la semaine dernière, les enfants et le PS. Et cette semaine, c’est Jan Jambon. Jan Jambon de la NV-A qui nous a dit que les chômeurs doivent d’abord vendre leur maison et vider leur compte épargne avant de pouvoir demander une indemnité. Petit scandale, rappel à l’ordre, excuses. Mais néanmoins, petite graine plantée signifiant que peut-être c’était bien ça qu’on voulait dire.

Alors maintenant, la petite phrase de Jan Jambon, en mettant de côté tous nos stupides a priori, j’ai l’impression qu’elle n’est finalement pas si bête. Permettez-moi de vous l’expliquer brièvement.

Tout d’abord, il me semble important de le rappeler : on ne peut pas donner tort à Jan Jambon quand il sous-entend que les chômeurs sont coupables et doivent être punis. Ces chômeurs incapables de comprendre que leur mise au chômage aura permis aux actionnaires de Ford, de Caterpillar, à Arcelor, Danone, TNT ou Deferco d’être un peu plus riche et donc de passer de chouettes vacances à Megève dans un chalet avec jacuzzi. Mais merde, quoi, c’est quand même chouette de faire plaisir aux gens. Mais les chômeurs, non, ils râlent, ils sont pas contents. Bel exemple de l’égoïsme qui gangrène notre société. Ces insupportables chômeurs qui préfèrent ne rien faire alors qu’il existe, comme nous le savons, un marché du travail dynamique et attractif avec de formidables opportunités de carrière. Mais, excusez-moi mais ça, ça me dépasse.

Mais revenons à la proposition de Jan Jambon. Sachant qu’il y a 240 000 chômeurs en Flandre et sachant que 74% des Flamands sont propriétaires. Ce sont les chiffres, j’ai vérifié. Ça veut dire qu’il y aurait pour l’année à venir, je calcule 74% de 240 000, ça fait 177 600. 177 600 maisons de plus à vendre en Flandre. 177 600, Georges, mais est-ce que vous vous rendez compte des conséquences. Un tel afflux de maisons de chômeurs, ça provoquerait un effondrement du marché immobilier flamand. On assisterait à un probable éclatement de la bulle immobilière. Ce serait comme en Espagne. Les biens perdraient rapidement de la valeur.

Et en vertu de la loi Jan Jambon, les nouveaux chômeurs vendraient donc leur maison. Mais forcément moins cher qu’ils ne l’auraient achetée. Ils ne pourraient donc pas rembourser leur crédit. Les banques feraient faillites. Et les employés de banque seraient mis au chômage à leur tour et devraient donc vendre leur maison encore moins cher. Et comme les banques auraient fait faillite, éh ben il y aurait moins de crédit donc moins de consommation donc plus de faillites donc plus de licenciements. À terme, Georges, la Flandre ce serait le Zimbabwe. Le pays le plus pauvre du monde.

Oui, mais alors, Thomas, pauvre klette, pourquoi est-ce que ce serait si bien cette idée de Jan Jambon ? Mais, enfin, Georges, réfléchissez deux minutes, je vous en prie. Je ne sais pas si vous avez déjà été à la mer en famille. Mais la demi-heure en kuistax, la moule casserole et la crêpe en dessert, ça fait presque aussi cher qu’un week-end en thalasso. Alors que là, grâce à Jan Jambon, on pourrait peut-être envisager un bon bol d’air à moindre coût. Comme quoi, on pourrait lier la NV-A et la santé des familles.

Allez, à demain.