J’exerce une influence majeure sur le gouvernement

Thomas Gunzig 28 mars 2013

Bonjour Georges, bonjour tout le monde,

Alors, vous le savez, d’ordinaire, je suis la modestie incarnée. Je la ramène assez peu. Une fois hors de ce studio où je fanfaronne, et bien, je rase plutôt les murs. Je suis si timide que dans les couloirs quand il m’arrive de croiser Cathy Immelen, je regarde par terre en toussant pour éviter qu’elle voit que je rougis en lui balbutiant un « bon… bon… bonjour » de collégien.

Et oui Georges, je croyais assez peu en moi et jusqu’à hier j’étais convaincu qu’une fois que la chaîne aurait repris ses esprits en me remplaçant par quelqu’un de vraiment doué comme… non ça je ne vais quand même pas vous le dire, je suis quand même pas con à ce point. Enfin bref. J’étais certain que je finirais seul et obèse sous un pont du Quai des Usines à descendre des Kronenbourg en marmonnant des imprécations haineuses sur la RTBF qui m’aura viré pour un gars engagé à ma place. Cette crapule de… enfin non, je ne vais toujours pas vous le dire.

Enfin bref, jusqu’à hier j’étais comme ça. Inquiet, mal assuré, embarrassé.

Mais aujourd’hui tout a changé. Je suis certain que vous l’avez remarqué quand je suis arrivé ici. Regardez comme j’ai la tête haute, le port altier, avec le regard franc et droit du chef d’entreprise qui a tout réussi. Je crois que si je croise la petite Immelen dans le couloir je pourrais lui lancer un « Viens par ici bébé, laisse-moi te faire voir des étoiles » auquel elle ne résistera pas.

Et oui Georges, tout a changé parce que je me suis rendu compte qu’en réalité j’exerçais une influence majeure sur le gouvernement. Hier, j’ai eu la preuve qu’on m’écoutait en haut lieu. Et non seulement on m’écoute mais comme la pythie de Delphes, on prend des décisions en fonction de ce que je dis.

Vous voulez la preuve ? Et bien, souvenez-vous de mon billet du 13 mars. Il y a quinze jours. Vous vous souvenez de mon billet du 13 mars ? Et bien, merci d’être attentif. C’était un billet dans lequel j’ironisais sur les 2,15 % de déficit en disant que c’était un objectif inutile et idiot. Ah, mais c’est qu’il y a quinze jours, j’avais du les accepter les critiques acerbes et les airs supérieurs, les coups de téléphone anonymes. Ah ça, il n’était pas question de les critiquer les 2,15 %. C’était parole d’évangile les 2,15. Si on a dit 2,15, c’est qu’il y a de très bonnes raisons. Ça veut dire que au-delà la terre va s’ouvrir et que des licornes assoiffées de sang en sortiront pour violer nos filles et nos compagnes dans le sang impur de notre Belgique mère chérie. On disait tout cela.

Et puis hier, qu’est-ce qu’on apprend ? Qu’est-ce qu’on apprend ? On apprend que ces 2,15 et bien on va faire sans. Qu’on peut choisir, 2,5 ou 2,6, on verra. Mais pas 2,15, surtout pas. 2,15. 2,15 mais quelle folie. Nom d’un chien Georges. J’ai un pouvoir de malade. Je dis un truc et quinze jours après, paf, ça passe au cap du comité d’experts et zou, c’est emballé par le gouvernement.

Bon alors je dois dire que de se rendre compte de ça. Que d’un claquement de doigt, vous pouvez influer sur la destinée de la nation, ça aurait pu monter à la tête de nombreuses personnes. Mais moi, comme Spiderman, je sais qu’un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Donc je crois que je ne vais pas commencer à dire n’importe quoi juste pour voir.

Peut-être que vous Bertrand avec ce fond libidineux qui est le vôtre, vous vous seriez empressé d’imposer une journée du short en jeans déchiré. Comme si il n’y avait rien de mieux à faire. Et bien bravo. Sachez que moi de mon infinie sagesse, j’imposerai une journée du short en jeans déchiré mais avec des bottes en cuir. Bon, qu’est-ce que je vais faire d’autre ? Et bien, un truc dont je rêve depuis longtemps. Punir de très lourdes sanctions ceux qui à l’avenir utiliseront l’expression « autour de la table ». Ça fait 3 ans. Maintenant, il faut trouver autre chose. Sinon ce sera le supplice du pal.

Ah oui, un dernier truc avant les vacances, la création d’une fondation Jean-Joseph Merlin. Jean-Joseph Merlin, vous savez qui c’est Georges ? Et bien comme vous le savez, c’est l’inventeur belge du patin à roulette. Un exercice qui ne se pratique jamais aussi bien qu’avec un short en jeans.

À dans quinze jours.