Italie : Non au Pacte de l’austérité !

Sinistra Critica 22 mai 2013

La CGIL (Confédération générale italienne du travail, historiquement proche du courant communiste, NdT) se dispose à signer avec la CSIL, l’UIL, Cofindustria (le patronat italien) un accord sur la représentation syndicale. C’est précisément à la veille de la manifestation de demain (18 mai) qu’a été convoquée une réunion d’urgence de la direction nationale du syndicat pour acter cette probable signature.

Les dirigeants syndicaux vont ainsi une fois de plus duper les travailleuses et les travailleurs qui sortent dans la rue pour réclamer leurs droits et qui seront récompensés par une restriction supplémentaire de la démocratie sur les lieux de travail et par la limitation du droit de grève.

La condition des travailleurs, des précaires, des pensionnés, de générations entières dont on dénie tout présent et tout futur, est sans cesse plus dramatique. Le pouvoir d’achat des salariés et des pensionnés recule pendant que le chômage avance et nombreux sont ceux qui ont cessé de chercher du travail. Des générations entières sont sans perspective ni présent ; la précarité, grâce à toute l’infâme législation de ces 20 dernières années, s’est généralisée. Chaque jour se livrent des milliers de batailles individuelles et collectives en défense de l’emploi. Mais il s’agit des batailles isolées que personne ne relie entre elles ou ne leur donne force pour résister. Chaque jour qui passe, les travailleurs sont sans cesse plus pauvres et plus précaires. Mais si telle est la réalité, que font donc les directions des plus grandes organisations syndicales ?

Face à un gouvernement de coalition, qui clôt ainsi 20 années d’oppositions feintes entre le centre-droite et le centre-gauche, et en pleine continuité avec le gouvernement Monti, les directions de la CGIL, de la CISL et de l’UIL persistent à suivre la même voie sans issue et capitularde en faveur des politiques de liquidation de l’Etat social imposées par la Banque centrale européenne et les diktats de l’Union européenne.

Tandis que la crise élimine des dizaines de milliers de postes de travail, la CGIL, la CISL, l’UIL et le patronat se mettent aimablement d’accord sur des exonérations extraordinaires de charges sociales patronales et sur la flexibilité des horaires. Ainsi, ceux qui ont encore un emploi sont sans cesse plus pressurés et exploités au détriment de ceux qui sont sans emploi ou licencié.

Malgré les besoins sociaux qui nécessiteraient des mesures bien distinctes, un nouveau pacte entre syndicats et patronat se profile ainsi dans le but d’imposer un modèle social, constitutionnel et politique qui, en empêchant le conflit, la participation et le protagonisme des travailleurs, garantit la stabilité pour les entreprises et leurs profits.

Le pacte social est la grande tromperie qui prépare et appuie le massacre social qui nous attend !

CGIL, CSIL et UIL font semblant de ne pas voir que le gouvernement n’a que deux objectifs ; garantir les engagements sur la dette et faciliter la construction d’une Troisième République plus autoritaire et présidentialiste. Pour continuer à payer les intérêts d’une dette odieuse et illégitime, le gouvernement, alignés sur les diktats de la BCE et de l’UE, va mettre en marche de forte mesures supplémentaires de coupes dans les dépenses (hôpitaux, pensions, salaires publics) et une nouvelle augmentation des impôts. Et cela en plus de l’IMU (une taxe sur la résidence principale, NdT) !

Après avoir transformé le travail en un chantage avec la suppression de l’Article 18 [1], ils tentent aujourd’hui d’éviter l’auto-organisation des conflits sociaux en construisant un système de représentation syndicale, inspiré par le modèle de Marchione [2], qui élimine et isole le syndicalisme de classe. Ce qui est grave, c’est que cette fois ci la direction de la FIOM (syndicat des métallos de la CGIL, NdT) se dispose également à accepter ce nouveau modèle.

La politique d’austérité ne veut pas de la démocratie, de la participation et du conflit social. Elle veut limiter la démocratie formelle et substantielle à l’intérieur et à l’extérieur des entreprises. C’est pour ces raisons que nous devons lutter contre la possibilité d’un « pacte social » et contre la restauration d’un système politique et social qui réduit les hommes et les femmes à des variables d’ajustement des besoins des marchandises et des profits. Dans toute l’Europe les peuples sont en train de reprendre la lutte pour leurs conditions de vie.

C’est à notre tour également ; construisons la Grève Générale contre les politiques d’austérité !

Source :
http://sinistracritica.org/2013/05/17/no-al-patto-dellausterita/

Traduction française pour Avanti4.be

Notes d’Avanti :


[1Conquête historique du mouvement ouvrier italien, cet article du Code du travail prévoyait la réintégration des travailleurs en cas de licenciement abusif dans les entreprises de plus de 15 salariés

[2Voir à ce sujet : « Fiat-Italie : le ‘plan Marchionne’, modèle de contre-réforme du droit du travail en Europe, Álvaro Rein, http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article19987