Interdiction de mendier le dimanche

Thomas Gunzig 31 mai 2013

Le « Café serré » de Thomas Gunzig de ce jeudi 30 mai sur la Première radio…

Bonjour Georges, bonjour tout le monde,

Alors, souvenez-vous, la semaine dernière, je vous parlais de ces hôpitaux qui refusaient de prendre en charge les pauvres de crainte de ne pas être payés pour les soins apportés. Et tous ensemble, ici, autour de cette table, nous avions convenu qu’il s’agissait là d’une attitude pleine de bon sens. Une attitude pleine de bon sens d’autant que — et j’insiste sur ce point —, d’autant qu’en pleine crise, des pauvres il y en a de plus en plus. Il est donc légitime de prendre des mesures fermes et énergiques pour s’en protéger.

On en a d’ailleurs beaucoup parlé de cette crise. Les plus naïfs ont même été jusqu’à prétendre que la crise était la faute aux banques et à la spéculation. Ha, ha, ha, ha ! Mais, excusez-moi, mais réfléchissons deux minutes. Et rendons-nous compte que, si les gens avaient été moins pauvres, ils auraient pu les payer leurs crédits pourris. Et que les banques auraient été contentes et il n’y aurait donc pas eu de crise et on en serait pas là aujourd’hui. Donc ce matin, nous pouvons, sans avoir peur de nous tromper, affirmer que la crise c’est bien la faute des pauvres. Et ça, c’est imparable comme raisonnement. Et ça nous évitera d’avoir de la pitié mal placée.

Enfin, bref, bonne nouvelle, après les hôpitaux, ce sont les communes qui ont décidé de sévir contre cette malheureuse engeance. Et c’est le Conseil communal de Charleroi, de plus en plus créatif, qui a pris une décision saine et courageuse. Dès le 15 septembre prochain, la mendicité fera l’objet d’une répartition géographique. Les mendiants pourront mendier à Charleroi tous les lundis aux heures de bureau de 8 à 18 heures, le mardi à Gilly et à Marcinelle, le mercredi à Marchienne-au-Pont, le vendredi à Gosselies et Jumet, le samedi, tous à Couillet. Et le dimanche… ah non ! ah non ! le dimanche, interdiction de mendier le dimanche. Le dimanche, avec les gains importants récoltés par leurs activités durant la semaine, les mendiants auront tout loisir d’aller à l’opéra ou bien au restaurant se taper un pintadeau sauce dugléré ou bien au Brico de Charleroi qui est ouvert le matin pour s’acheter une corde et s’y pendre, rendant par là un fier service à la collectivité.

Mais attention, attention, en cas d’infraction à ce nouveau réglement communal, la recette du mendiant sera saisie — crac ! Et je ne doute pas un instant que les services communaux sauront trouver un bon usage à cette somme d’argent. Comme, par exemple, acheter une tarte au riz en vente rapide, 1,80 € au Lidl de Gerpinnes, pour le départ à la retraite de Madame Renée Pannekoek du service Canard WC de l’ICDI et qui a travaillé toute sa vie, elle, grâce à son cousin qui était chef de service à la poste de Monceau-sur-Sambre.

Alors, évidemment, nous pouvons nous poser la question des allées et venues des mendiants contraints à se déplacer ainsi de communes en communes. Parce que, dans la mesure où l’offre en transport en commun de la région est aussi aléatoire que les apparitions de la Vierge de Beauraing, hé bien, les mendiants devront sans doute se rabattre sur leur voiture. Et nous ne doutons pas qu’en 2013, tout le monde en possède une. Et ça, c’est regrettable car l’empreinte carbone du mendiant qui jusqu’ici était négligeable — oui, on ne le dit pas assez, mais le mendiant est durable —, hé bien, cette empreinte carbone risque bien de sérieusement s’alourdir. Mais bon, comme le dirait Bachar el-Assad, on ne fait pas d’omelette sans gazer des poulets.

Alors, bien entendu, nous sommes tous convaincus que grâce à cette mesure, Charleroi et sa région et bientôt tout le Hainaut et puis la Wallonie et Bruxelles ressembleront aux plages de Malibu. Mais il faudra faire avec les crabes et les requins qui y sont de plus en plus nombreux.

À mardi prochain.