Il faut investir ses économies en Bourse !

Thomas Gunzig 8 janvier 2013

Le « Café serré » de Thomas Gunzig sur la Première Radio du 8 janvier…

Bonjour Georges, bonjour tout le monde et bonjour Monsieur Vanackere,

Alors ce matin, j’avais envie, pour changer un peu, pour sortir du train-train, j’avais envie de me confier à nos auditeurs dont la fréquentation trois fois par semaine depuis près de deux ans a peut-être fait des amis. J’avais donc, ce matin, envie de vous parler de quelque chose d’un peu plus personnel que d’habitude. J’avais envie de vous parler de quelque chose qui me tient vraiment à coeur. Ce matin, George, chers auditeurs trop tôt levés et donc encore un peu endormis, ce matin, j’avais envie de vous parler de mon argent.

Ah, mon argent, mon argent que j’aime tant. D’autant que je n’en ai pas beaucoup. Un petit mille euros en sommeil sur mon compte épargne Belfius. Et jusqu’à hier, je croyais bien m’en occuper de cet argent. D’autant que de temps à autre, j’allais voir comment il avait fructifié. Et avec les taux de 0,60%, chaque année, il prend un bon 5 euros. 5 euros qui me permettait d’acheter le goulache de porc surgelé pour le moment en promo chez Lidl. Si toutefois je n’avais pas les 4,18 euros de frais de gestion de mon compte « Red » ce qui ne me laisse que 82 centimes. C’est à dire même pas de quoi envisager le saucisson de jambon de la même enseigne.

Enfin, bref. Quand hier, je vous ai entendu, Monsieur Vanackere, venir nous dire, à moi et à nous tous, qu’il fallait investir en bourse, ça a été comme un déclic. Mon argent, mon bel argent que j’aime tant, que j’ai gagné en sukkelant à mort pour torcher ces billets à l’humour bancal et venir vous les lire ici à une heure où toute personne saine d’esprit dort encore perdue dans un sweat dream où Julie Taton ne tient pas un rôle secondaire.

Mon argent à qui j’ai sacrifié les plus belles années de ma vie et les plus belles heures de ma journée. Mon argent, sur son bête compte épargne, je m’en suis aperçu, je m’en occupais, jusqu’à hier, en réalité, comme une klette. Mon argent, vous me l’avez fait comprendre, Monsieur Vanackere, est comme un de ces superbes étalons des plaines d’Amérique du Nord. Il a besoin de grands espaces et de galoper libre et sauvage dans les plaines enivrantes de la spéculation.

Enfin, bref. Monsieur Vanackere, merci pour cette prise de conscience. Parce que moi, je vais quitter ce studio dans deux minutes. Je vais à ma banque. Je retire mes mille euros et je joue en bourse.

Mais alors, mais alors, je le fais vraiment. Parce que à mon argent, je ne vais quand même pas lui proposer la Belgique. J’ai été sur les pages bourse et en Belgique, il y a pas grand chose de très sexy : Solvay, Mobistar, InBev. Il ne faut pas s’appeler Warren Buffet pour savoir que des chiffres en rouge avec un moins devant, pour mon argent, c’est pas bon.

Non, il faut aller là où ça marche. Je ne sais pas moi, la bourse chinoise, ça c’est bon, là bourse chinoise. Hier, rien que du vert. Le groupe Dalian Kimtal Industry, +4% ; China Textil, +5% ou China First Pencil, 10%. Bon, vous allez me dire, la Chine c’est dégueulasse. C’est des millions d’esclaves, des torturés, des exécutés, des ré-éduqués. Ok, ok. Mais mon argent, la morale, il s’en tamponne le haricot.

Ou bien le Brésil. Je vous jure que c’est bon le Brésil. Hier l’action du conglomérat Cosan qui fabrique du sucre et du bio-éthanol, +2%. Ou bien l’action Electro Brass, les gars qui font des barrages dans la jungle, et bien, ça fait du 1,5%. Et s’il vous plait ne venez pas me parler de la forêt amazonienne. Franchement, les orang-outangs, les peuples indigènes et les marsupilamis, c’est mignon comme tout mais bon, c’est pas avec ça que je vais me taper la cloche à Verviers.

Sinon je peux aussi vous proposer la Russie, le Mexique, le Chili ou la Turquie ou encore quelques autres.

Bon il y aura sans-doute quelques maladroits qui vont se ruiner dans l’opération et je ne sais pas si ça va faire redémarrer l’économie belge mais bon, comme le dit ma maman, on ne peut pas avoir le beurre, l’argent du beurre et le sourire de Miss Belgique dans son bain moussant.

À demain.