Il doit n’en rester qu’un... (la conception capitaliste du recrutement)

Nicolas Dessaux 1er mai 2013

Quand un patron, public ou privé, publie une offre d’emploi, il reçoit des dizaines, des centaines de réponses. Mais il va ne recruter qu’une seule personne, et tous les autres devront chercher un taf, encore et encore Ca pose bien des questions sur la conception capitaliste du recrutement.

Admettons que, sur la masse des candidats, il y en a qui n’ont pas le profil. Ca peut arriver. Mais dans la plupart des cas, les cv se ressemblent : les mêmes formations, les mêmes diplômes, les mêmes expériences. On y trouve aussi les mêmes sourires sur les photos, les mêmes qualités - celles qui sont recommandées par les sites de conseils pour rédiger son cv. La seule arme qu’il nous reste, c’est le bluff. Allonger la durée d’un emploi pour gommer une période de chômage suspecte, ajouter le diplôme qu’on a jamais terminé, et puis, c’est l’escalade. De toute façon, tout le monde le fait, même les ministres... Quel sens ça a ?

Si le patron recrute un cariste ou une aide-soignante, il va recevoir des cv de cariste et d’aide-soignante, qui sont probablement tous aussi compétents les uns que les autres. Et il va choisir quelqu’un, une seule personne, selon ses propres critères. Peu lui importe que tous ces gens aient besoin d’un boulot pour vivre. Ils sont en concurrence.

Si vous faites un foot avec les copains, vous êtes en concurrence. Mais c’est juste un jeu, ça n’a pas de conséquences sur votre vie, que vous gagnez et que vous perdez. La concurrence pour un boulot, c’est tout autre chose. D’abord, quand vous perdez, ça veut dire que la galère continue. La peur de perdre le chômage au bout de deux ans, l’angoisse de devoir rester dans le même boulot où ça se passe mal, la crainte de devoir continuer à vivre chez vos parents...

Et puis, ces maudites lettres de refus, quand le patron prend le temps de vous envoyer la lettre-type. « Vous êtes bien, mais on en a pris un mieux, continuez », disent-elles, avec des variantes plus ou moins sèches. C’est cette concurrence là qui est destructrice pour l’individu. Chaque refus est une remise en cause de ses compétences, de ses capacités, des années qu’il a passé à se former ou à trimer, des choix ou galères qui l’ont amené à chercher tel ou tel genre de boulot. On peut faire semblant de s’en foutre ou le vivre comme un drame, mais dans tous les cas, ça passe mal.

Cet « autre » mystérieux qui a été recruté, qu’est-ce qu’il a de mieux, au fond ? Plus diplômé, plus expérimenté, plus convaincant, plus sexy, plus pistonné ? On en saura sans doute jamais rien. Mais ça n’aide pas à digérer le coup. On vous dit qu’il faut faire des efforts, vous les faites et ... rien. On vit dans une société où des millions de gens font tout ce qu’ils peuvent pour s’en tirer, et se retrouvent confrontés à cette concurrence destructrice.

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Tout ça n’a rien a voir avec la « crise », même si elle empire les choses. Ca fait quarante ans qu’ils entretiennent le chômage de masse. C’est leur meilleure arme contre la classe ouvrière, contre les salaires, contre les luttes, pour tenir les gens tranquilles. « Si t’est pas content, il y en a des milliers dehors qui attendent ton boulot » : même quand on est embauché, la concurrence continue de vous vous bouffer la vie.

Le plus étrange, là dedans, c’est que les patrons recrutent en fonction de leurs besoins, c’est-à-dire de leur profits, de leurs budgets, pas de ceux des salariés de la boite, ni ceux de la population. Alors, un seul cariste alors qu’il en faudrait trois pour faire bien le boulot, sans problèmes de sécurité, sans être sans arrêt sous pression, sans se casser la santé et le moral ? Une seule aide soignante, avec dix minutes par chambre pour gérer tout un étage à deux, là où il en faudrait dix ou douze pour prendre soin des patients, des personnes âgées ? Si on répondait à ces besoins là, on pourrait recruter massivement - mais il faut balancer toute idée de profits ou d’équilibre budgétaire.

Alors, si on part des besoins humains, ça change quoi ? D’abord, ça veut dire qu’on donne à tout le monde les moyens de vivre, sans condition, d’avoir un toit, de manger, de s’habiller, d’être en bonne santé, d’être en sécurité, d’avoir des loisirs et des passions, sans galérer. Parce que ça doit être un droit, pour tous les êtres humains. Qu’on permet à chacun de participer aux activités utiles à la société, selon ses capacités, ses goûts, ses qualités, ses compétences. Ca doit être les besoins de l’humanité, non les profits d’une poignée d’exploiteurs, qui doivent être le point de départ de toute activité économique. De préférer la coopération à la concurrence, pour permettre le libre développement de tous. C’est ça, le véritable communisme. Nous pouvons choisir notre futur.

Source : http://communisme-ouvrier.info/?Il-doit-n-en-rester-qu-un-la