Francfort : Ein, zwei, drei ! Blockupy !

Pierre Gottiniaux 2 juin 2013

Le 31 Mai et le 1er Juin 2013 se sont rassemblés à Francfort, grande métropole bancaire, siège de la Banque Centrale Européenne (BCE), des milliers d’activistes et militants altermondialistes allemands, français, belges, espagnols, italiens, grecs, croates (und so weiter) pour des actions de blocage des institutions financières internationales et des grands symboles des dérives du capitalisme.

Vendredi 31 Mai. Il est 6h du matin quand les activistes sortent du camp installé aux abords de la ville pour l’occasion par l’équipe organisatrice du BLOCKUPY. Ils avancent groupés, le pas assuré et des slogans anticapitalistes aux lèvres. Évidemment la police est prévenue, elle est partout en ville, équipée de tenues anti-émeutes, matraques et peppersprays.

Autour de la BCE, des barrières sont installées sur deux rangées pour éviter tout contact direct entre « eux » et « nous ». Petit à petit, des centaines des personnes se rassemblent autour de la BCE, chantant, et surtout prenant place devant les barrières. Certains haranguent déjà les policiers, la tension commence à monter, et l’action est lancée : de 7h du matin jusque midi, ils vont bloquer la BCE, siège technocratique des prises de décisions les plus destructrices en Europe, responsable des politiques financières qui nous ont conduit à la crise que nous vivons depuis plusieurs années et qui affecte dangereusement de nombreuses familles à travers toute l’Europe.

Pendant toute la matinée, personne ne peux ni sortir, ni entrer. Ceux qui le souhaitent ne peuvent qu’être les témoins de cette action et des petits jeux des activistes avec la police, qui tantôt les encercle, et tantôt se trouve encerclée à son tour – un policier s’est d’ailleurs littéralement mis à pleurer lorsque lui et ses collègues se sont fait prendre au piège. La police ripostera – comme à son habitude – à grands coups de pepperspray dans le visage des personnes les plus proches. Finalement, aucun blessé ni aucun réel dégât ne sera à déplorer, et peu avant midi le cortège se dispersera pour rejoindre les autres groupes en action. Car des actions de ce genre vont se dérouler toute la journée à Francfort.

NOBODY IN, NOBODY OUT !

Dans la matinée, un second groupe prend place face à la Deutsche Bank, mais moins nombreux, ils n’ont pas le même succès. Puis l’après midi, se sont les commerces qui sont pris pour cible, et notamment le centre commercial Primark du centre ville, devant lequel les activistes organisent un sitting de plusieurs heures, et contre lequel la police est totalement impuissante. Alors par mesure de précaution, elle ira s’installer devant certaines enseignes qui à ses yeux sont apparemment importantes à protéger. Mais cela n’empêchera d’autres groupes d’aller bloquer les boutiques de prêt à porter comme Esprit ou Benetton, dénonçant les conditions de production de ces vêtements, et notamment les sweat-shops du Bangladesh dont ces enseignes sont les complices avérés.

Une autre action hautement symbolique menée avec beaucoup de courage ce jour là, est le blocage par plusieurs centaines de militants du terminal 1 de l’aéroport international de Francfort, lieu de déportation d’un grand nombre de personnes jugées « illégales ». Une fois encore, le face à face avec les forces de l’« ordre » est extrêmement tendu, mais l’action aboutit tout de même au blocage de l’aéroport, ou tout du moins à de sérieuses perturbations pendant plusieurs heures, et parvient finalement à attirer l’attention des médias sur les conditions de déportation des immigrés.

La journée s’est finie par des assemblées militantes organisées dans la rue, et par une série de conférences, dont une ayant pour thème la dette publique en Europe, organisée par ATTAC Deutschland et à laquelle le CADTM était invité à participer, pour présenter l’audit de la dette, aux côtés de Leonidas Vatikiodis de Grèce, de Petra Rodik de Croatie et de Stephan Lindner d’Allemagne.

NO JUSTICE, NO PEACE

Le 1er Juin 2013 est une grande journée de manifestation européenne contre l’austérité et le système financier européen. C’est aussi la date anniversaire des 15 ans de la création de la Banque Centrale Européenne.

A Francfort, rendez-vous est donné à 11h pour le rassemblement. Tout se prépare dans une ambiance très enthousiaste et pacifique – on entend même les italiens chanter Sara perche ti amo, c’est dire ! Vers midi, le cortège démarre sur un tracé qui fait le tour de tout le centre ville pour revenir à la BCE, devant laquelle une scène est installée pour finir la journée dans une bonne ambiance. Mais à l’heure où j’écris cela, je ne peux affirmer que qui que ce soit en a profité, car il n’a pas fallu plus d’un quart d’heure à la police pour nous bloquer définitivement le passage et immobiliser la manifestation, qui étaient pourtant autorisée. Et comme s’ils cherchaient à envenimer les choses, une ligne de policier a bloqué le groupe de tête du cortège – environ une centaine de personnes - au moment où il passait entre deux immeubles, celui-ci se retrouvant encerclé.

Là a commencé un face à face qui a duré toute l’après midi, des heures pendant lesquelles les organisateurs ont essayé de négocier avec la police pour que cette situation cesse et que la manifestation puisse reprendre, tandis que les manifestants, d’un côté comme de l’autre, gardaient leur enthousiasme et montraient leur solidarité.

Et finalement, la police a une nouvelle fois apporté la preuve de son incapacité à apporter ordre et sécurité, faisant au contraire la démonstration de sa violence et de sa soumission aux puissances financières. Sans aucune provocation de la part des manifestants, les policiers ont tenté de les repousser, d’abord petit à petit, jusqu’à être de plus en plus violents, usant largement de tous les moyens à leur disposition pour disperser les quelques 7000 manifestants (selon les estimations de la police) qui étaient encore présents.

Nous avons assisté à un nouvel exemple de la régression démocratique que nous vivons en Europe depuis plusieurs années déjà, en se voyant refuser le droit de manifester et de protester, droits conquis de longue date.

Pierre Gottiniaux est membre du CADTM (www.cadtm.org)