Forum social de Florence : L’Autre Europe en ordre de bataille

Avanti4.be 1er décembre 2012

Démocratiser l’Union européenne ou l’abolir ? Créer une autre Europe à partir de l’actuelle ou partir de zéro ? Tels sont, tracés à gros traits, les différents positionnements qui ont dialogué au Forum Social Européen « Firenze 10+10 » (dix ans après le FSE de Florence de 2002) entre le 8 et le 11 novembre dernier en Italie. Plus de 3.000 participants, 300 réseaux et organisations de 28 pays de toute l’Europe et hors d’Europe, se sont retrouvés à la Fortezza da Basso de Florence pour débattre et trouver une stratégie commune pour une autre Europe. Objectif non atteint, même s’il y a eu un large accord sur un agenda de mobilisations : les prochaines batailles d’une guerre, que l’on sait longue, contre la Troïka et ses politiques.

La définition de « l’ennemi » n’a pas fait l’objet de longs débats : les politiques d’austérité de l’UE, le néolibéralisme, les coupes, « des gouvernements des élites pour les élites » selon les termes de l’activiste vétérane d’ATTAC Susan George. La nécessité d’une contre-offensive est également évidente pour toutes et tous. « Pour changer les politiques, il faut changer le rapport de forces. Aucun pays ne peut gagner tout seul cette lutte. Nous devons obliger les gouvernements à nous entendre et nous devons nous unir pour cela » a insisté l’auteure du « Rapport Lugano ».

Son collègue du Transnational Institute, Brid Brennan, abonde dans ce sens : « Seule la mobilisation organisé peut gagner du terrain sur le néolibéralisme. Ce sera un long processus auquel je ne veux donner aucun délai. Mais il est intéressant de voir comment au cours de ces dernières années la classe politique en Europe et le pouvoir patronal se sont consolidés et ont été capables d’établir une législation à leur mesure qui a dissous à la fois la souveraineté des individus et la souveraineté des nations ».

Mais « Firenze 10+10 » s’est embrouillée sur le « comment ». Il n’y a pas eu d’accord sur les formes. De longs débats ardus et de multiples tentatives de convergence n’ont pu parvenir à élaborer une réponse concrète qui aille plus loin qu’une succession de dates. « Les gens marchent devant nous, il y a des mouvements sociaux dont les revendications vont plus loin que ce que nous débattons ici » a expliquée, indignée, Feli Velázquez, du PCE et de la Plateforme des Victimes des Hypothèques dans l’Etat espagnol.

L’appel à des actions radicales et mobilisatrices dans l’ensemble du continent a été constant. Certaines idées ont été avancées mais aucune n’a eu un niveau de consensus suffisant. Selon Tom Kucharz, de l’organisation « Ecologistes en Action » ; « Nous n’avons pas été capables de produire un document plus substantiel où l’on indique clairement qui sont les responsables. Il y a encore beaucoup de travail à faire pour construire à partir de la majorité des choses qui nous unit, sans laisser que les choses sur lesquelles il n’y a pas de consensus bloquent tout le reste »

Bon nombre de participants voient les syndicats majoritaires (il y a eu des absences significatives au FSE) comme un frein pour une attitude plus radicale contre l’UE. « Dans l’atelier de travail auquel j’ai participée, il y a eu des discussions houleuses sur la question des syndicats. Mais il ne faut pas non plus perdre du temps à parler sur ceux qui ne sont pas là. C’est à eux de voir s’ils participent, c’est leur responsabilité » argumente Velázquez.

Kucharz critique également les grandes confédérations syndicales : «  Les syndicats majoritaires bloquent la lutte plus frontale contre l’UE autoritaire et néolibérale, mais ils sont sans cesse plus mis dans les cordes par leurs bases ».

L’agenda, lui, est bien remplit. L’Autre Europe a clairement conscience de la nécessité de descendre dans la rue. Le rendez-vous le plus important sera à Bruxelles le 23 mars 2013, à l’occasion du Sommet de printemps de l’Union européenne (pour les autres dates, voir ci-dessous le calendrier d’actions adopté, NDLR). De nombreuses batailles à venir, mais sans concrétiser une stratégie commune. Le mécontentement face à l’absence de mesures concrète été manifeste chez une bonne partie des participants, tout particulièrement parmi les Grecs.

La sensation aigre-douce a été permanente. « On a beaucoup avancé en dépassant nos causes personnelles et en tentant de chercher des voies d’union européenne. Mais je suis pessimiste parce qu’en même temps que nous sommes ici, d’autres mouvements sociaux de toute l’Europe se mettent en réseau et ne sont pas ici, ils s’articulent parallèlement. C’est compliqué de nous mettre tous d’accord », affirme Doris Gutiérrez du Mouvement du 15M espagnol. « Nous avons devant nous le grand défi de construire de nouvelles formes de représentation » conclut Brennan.

D’après un article de J. Marcos et Maria Ángeles Fernández paru dans « Publico » : http://www.diagonalperiodico.net/La-otra-Europa-fija-sus-batallas.html. Traduction française pour Avanti4.be

Calendrier de mobilisations adopté au FSE « Firenze 10+10 »

(…) Nous proposons une journée commune d’action à l’occasion du Smmit UE du Printemps, qui se déroulera à Bruxelles le 23 Mars. La forme et l’appel final pour cette mobilisation commune sera discuté et élaboré dans les mois à venir dans un processus ouvert et participatif.

Nous appelons à la mobilisation pour les actions suivantes :

18 décembre 2012 : Journée mondiale des migrants
23-27 janvier 2013 : Action Contre la Financiarisation de la vie et des biens communs (action contre les banques)
8 Mars 2013 : Action européenne d’affirmation de l’émancipation des femmes face à l’austérité et la dette
26-30 Mars 2013 : Forum Social Mondial à Tunis
Mai 2013 : Blockupy à Francfort (Allemagne)
7-9 Juin 2013 (proposition) : Alter Summit à Athènes (Grèce)
Juin 2013 : actions en occasion du Sommet du G8 en Grande Bretagne

Unir nos forces pour une Europe pacifique, sociale, écologique et démocratique

Dans le cadre de « Florence 10+10 », rassemblement organisé 10 ans après le premier Forum Social Européen de Florence (2002), le projet « Alter Summit » a été lancé devant une assemblée de 850 personnes issues de 20 pays d’Europe, représentant plus de 100 organisations, dont de nombreux syndicats (nationaux ou européens), mouvements sociaux, instituts de recherche et organisations écologistes, féministes ou altermondialistes. Le projet d’Alter Summit bénéficie aussi de l’appui de nombreuses personnalités culturelles et politiques.

La volonté de réunir ce Sommet des peuples d’Europe et des alternatives se base sur un appel (www.altersummit.eu ) qui identifie la dimension fondamentalement politique de la crise dans l’UE : les réponses austéritaires sont choisies en connaissance de cause, malgré qu’elles aggravent la crise, pour imposer un basculement de l’ordre social vers un modèle ultra-libéral – au prix de millions d’emplois, de reculs sociaux brutaux, et de menaces considérables sur la démocratie elle-même.

Lors du lancement de l’Alter Summit, les syndicats grecs, ainsi que le comité des mouvements sociaux présents à Florence, ont exprimé leur souhait d’accueillir à Athènes ce Sommet des alternatives, qui aurait lieu début juin 2013. « La Grèce a été le laboratoire européen de la destruction des droits sociaux – ont-ils déclaré – mais elle peut aussi être le laboratoire de la résistance populaire et de la reconquête de la démocratie. Nous avons besoin du soutien de tous les peuples d’Europe, car chaque peuple qui défend ses droits contribue à la défense des droits sociaux partout en Europe »

Des alternatives existent ! Les peuples d’Europe peuvent se libérer du fardeau de la dette ; l’austérité doit être remplacée par la justice fiscale et la création de millions d’emplois pour la transition écologique ; les droits sociaux doivent être rétablis, la pauvreté et la précarité – qui frappent surtout les femmes et les enfants – doivent être combattues, la liberté de négociation collective pleinement respectée ; une société plus juste et réellement démocratique est possible maintenant.

La conviction partagée est que la centralisation du pouvoir économique et politique (par la Commission, la Banque Centrale et le Conseil Européen) prive de puissance réelle les mobilisations nationales – pourtant très importantes : il s’agit donc de construire, sans délai, les bases d’un véritable mouvement social européen. Le projet repose sur le développement de coalitions nationales ou régionales à travers toute l’Europe, et sur une série d’étapes dans la mobilisation.

La journée de grèves et d’actions initiée ce 14 Novembre par les syndicats portugais, espagnols, italiens, grecs, etc, et soutenue par la CES (liste des actions sur http://www.etuc.org/a/10446 ) et par les syndicats et les mouvements sociaux dans plus de 20 pays, est évidemment la première concrétisation de cette mobilisation progressive que les organisations membres de l’Alter Summit appellent de leurs vœux. Il s’agit d’un événement historique, la première grève transnationale de l’histoire européenne !

Le « Sommet de Printemps » de Mars 2013, lors duquel l’UE définira ses priorités politiques de l’année – vraisemblablement un renforcement de l’austérité, sera l’occasion d’importantes protestations, que ce soit à Bruxelles ou à travers l’Europe. De nombreuses autres actions sont prévues (voir notamment la déclaration finale de « Florence 10+10 » : www.firenze1010.eu ).

Les nombreuses organisations impliquées se sont donné jusque mi-décembre pour confirmer et préciser leur important programme de mobilisations, convergeant vers l’Alter Summit début juin (probablement les 8 & 9 juin).

Contact Europe : info@altersummit.eu
Contact Belgique : Felipe Van Keirsbilck (CSC) 00 32 478 29 59 50 ; Andre Della Vecchia (CG FGTB) 00 32 474 49 74 38 ; Franco Carminati (Attac) 00 32 475 72 34 48 ; Myriam Bourgy (CADTM) 00 32 498 35 36 66