Dexia : la fable du poulailler

Thomas Gunzig 20 décembre 2012

Le texte du "Café serré" de Thomas Gunzig sur la Première radio du 13 novembre 2012 consacré à l’affaire Dexia...

Bonjour Georges, bonjour tout le monde,

Donc, si je comprends bien, l’histoire de Dexia c’est un peu comme si pendant des années des gens avaient élevé des poulets. Des chouettes poulets qui pondaient des bons œufs avec du blanc bien blanc et du jaune bien jaune.

Et puis, un beau jour : « Dites, mettez un peu vos poulets dans notre grand poulailler, ça va être super, on va s’occuper de tout ».

Et qu’avec les œufs des poulets, les gens qui s’occupaient de poulailler avaient acheté, pas des poulets mais d’autres œufs. Des œufs moins chers parce qu’ils étaient tout pourris et tout puants. Et que ces œufs tout pourris, ils les vendaient quand même au milieu des œufs frais à d’autres gens en leur disant qu’un jour ils allaient peut-être éclore.

Et puis qu’un jour des types qui avaient acheté des œufs pourris à des types qui avaient acheté des œufs pourris en avaient assez d’attendre l’éclosion et se sont dit qu’ils allaient faire une omelette. Mais quand il a cassé l’œuf, il s’est rendu compte que c’était du pourri.

Alors tous ceux qui avaient des œufs pourris ont voulu les rendre mais plus personne n’en voulait. Et ceux qui avaient mis leurs poulets dans le grand poulailler ont voulu les récupérer.

Mais ceux qui s’occupaient du grand poulailler n’ont pas pu leur rendre parce qu’ils avaient été échangés contre des œufs pourris.

Alors ça a été tellement la panique que le gouvernement a décidé qu’il fallait rendre des œufs frais à tous ceux qui avait perdu et que tout le monde, même ceux qui n’avaient jamais eu de poulet de leur vie, ont du se cotiser pour leur rendre ces œufs. Et ça, ça a emmerdé pas mal de monde. Surtout ceux qui n’avaient déjà pas les moyens de se payer des mouillettes.

Mais vous allez me demander : « Mais qu’est-ce que sont devenus ceux qui au début de l’histoire s’occupaient du grand poulailler, ceux qui avaient acheté pas cher des œufs pourris pour les revendre au milieu des œufs frais ? ».

Et bien, on sait pas trop ce qu’ils sont devenus. La rumeur dit qu’ils n’en n’ont plus vraiment rien à cirer de ces histoires de poulets. Et qu’ils se sont fait une telle montagne de pognon qu’ils pourraient redémarrer la phase à chaud de chez Mittal, financer Ford Genk ou bien repeindre toutes les écoles de Flandre, de Wallonie et de Bruxelles avec de la peinture de luxe satinée crème hyper-chère. Et offrir à tous les profs de toutes les écoles des week-end thalasso au chateau de Limelette. Mais ils ne le font pas parce qu’ils savent que si on peut faire tout ce qu’on veut avec de l’argent, mais vraiment tout, il y a une seule chose qu’on ne fait jamais avec de l’argent parce que ce serait vraiment dégoûtant et cette chose vous savez ce que c’est Georges ? Et bien c’est le donner.

Alors c’est vrai que ces gens on aurait un peu envie de les poursuivre jusqu’à Knokke. (Je sais pas pourquoi je dis Knokke, c’est un exemple. J’aurais pu dire Zürich. Je sais pas pourquoi je dis Zürich non plus d’ailleurs.) Les poursuivre pour les recouvrir de goudron et de plumes et les faire travailler pendant les 40 prochaines années dans le service crottes de nez de l’hôpital Saint-Pierre.

Et bien, on ne peut rien leur faire. Et vous savez pourquoi Georges ?

Et bien parce que comme le dirait Marie-Christine Markhem à Mise au point, nous n’avons pas trouvé dans les lois civiles et pénales de quoi mettre en responsabilité quelqu’un. Nom d’un chien.

Et dire qu’il y a un article 383 qui dit « Quiconque aura distribué des chansons contraires aux bonnes mœurs sera condamné à un emprisonnement de 8 jours ». Et dire qu’il y a un article 87 alinéa 8 qui dit « Ceux dont les chèvres ou les bêtes à laine seront trouvées en pâturant sur le terrain d’autrui seront punis d’une amende de un franc par tête d’animal ». Et dire qu’il y a un article 165 qui dit « Quiconque sera trouvé dans les bois porteur de serpe sera condamné à une amende de 5 francs ».

Ah, bon sang, le monde est quand mal fait. Et le pire dans toute cette histoire c’est que personne ne sait où sont passés les poulets du début.

À demain