Des bombes de Boston à Bagdad. Quelle est la valeur d’une vie humaine ?

Lindsey German 17 avril 2013

L’attentat à Boston est une tragédie et tout le monde doit condamner des actes qui ont détruit la vie de gens qui prenaient simplement plaisir à regarder un marathon. Mais la semaine dernière, en Afghanistan, un raid aérien américain a tué onze enfants et plusieurs femmes. Et ce bombardement n’était qu’un parmi tant d’autres qui tuent des civils chaque semaine.

En Irak, des bombes explosent régulièrement dans des endroits bondés de monde. Hier, une vague d’attentats à travers le pays a fait au moins 75 morts parmi la population.

Et en Syrie aussi, le carnage qui a déjà tué d’innombrables civils continue jour après jour.

A en juger par la couverture médiatique, il est difficile de ne pas conclure que les vies occidentales ont une valeur beaucoup plus élevée que celles des personnes qui vivent en Afghanistan ou au Moyen-Orient et que les bombes qui explosent au milieu de grandes villes américaines sont considérées comme plus dignes d’intérêt que celles qui endeuillent les campagnes afghanes ou les rues de Bagdad.

Quand les commentateurs et les journalistes manifestent leur empathie avec les victimes des bombes à Boston, nombreux sont ceux qui se demandent pourquoi ils n’ont guère plus qu’une pensée fugitive pour les autres victimes qui ont été également frappées en plein milieu de leur vie quotidienne, alors qu’elles s’amusaient au soleil, qu’elles faisaient leurs courses au marché ou qu’elles célébraient un mariage.

La règle générale semble être « loin des yeux, loin du cœur ».

Mais le chaos semé par l’intervention occidentale en Irak, en Afghanistan, en Libye, en Syrie et ailleurs n’est pas hors des préoccupations des millions de gens qui y sont plongés et qui doivent vivre avec lui tous les jours. Et il n’est pas oublié non plus par ceux qui à l’Ouest se sont opposés à ces interventions et ont prédit qu’elles créeraient plus de terrorisme et pas moins.

Il est difficile aujourd’hui de savoir qui est responsable des bombes de Boston, les rapports suggérant soit un groupe venu du Moyen-Orient, soit des extrémistes de droite locaux voulant marquer la Journée des Patriotes. [1]

Cela n’a empêché ni des commentateurs de droite (à commencer par ceux de la chaîne ultra-conservatrice Fox News) de blâmer immédiatement les musulmans ni des musulmans partout dans le monde d’exprimer la crainte que cette nouvelle attaque conduise à davantage de racisme et de dénonciations à leur égard.

Le terrorisme est désormais reproché de manière routinière aux musulmans, même si la plupart des musulmans sont aussi horrifiés par ces attentats que n’importe qui d’autre et même si l’attaque terroriste la plus grave en Europe ces dernières années a été commise par un extrémiste de droite en Norvège qui essayait de faire avancer sa lutte contre l’immigration et contre les musulmans.

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Quelle que soit la vérité au sujet de ce dernier attentat, le refus persistant de reconnaître les griefs de grande ampleur contre les Etats-Unis et leurs alliés provoqués par les guerres et la politique américaine au Moyen-Orient mènera à la tourmente jusqu’à ce que des solutions politiques soient trouvées.

Ces solutions impliquent de retirer toutes les troupes étrangères de l’Afghanistan et du Moyen-Orient, de mettre fin aux discriminations contre les musulmans et de rendre justice aux Palestiniens.

Et puisque ce n’est pas prêt d’arriver, alors...

Lindsey German est responsable nationale de la Coalition "Stop the War" (Grande-Bretagne)

Publié sur les sites www.stopwar.org.uk et www.counterfire.org
Traduction pour Avanti : Jean Peltier

Note d’Avanti :


[1[1] Cette journée est aussi le dernier jour où les Américains peuvent rentrer leur déclaration d’impôt et cette date est une occasion de protestation habituelle pour tous les extrémistes de droite qui veulent réduire les rentrées et les dépenses d’un Etat qu’ils détestent, considérant qu’il est un ennemi de la liberté et un instrument au service du "socialisme".