Conseils d’amis aux agriculteurs…

Thomas Gunzig 9 décembre 2012

Le texte du « Café serré » de Thomas Gunzig du 27 novembre dernier…

Bonjour Georges, bonjour tout le monde et puis bonjour Monsieur Bové,

Alors Monsieur Bové, je suis vraiment très heureux que ce soit vous l’invité aujourd’hui. Et si je suis vraiment très heureux que ce soit vous c’est parce que ici, à Matin Première, on est un peu tous comme vous, on aime plutôt bien l’Europe. Surtout Georges Lauwerijs qui est capable de vous interpréter la 9e symphonie de Beethoven en faisant des pets d’aisselle. Vous verrez si vous le faites boire, il fait ça volontiers.

Donc nous aimons tous plutôt bien l’Europe. Mais parfois il faut bien l’avouer, nom d’un chien, on se dit qu’elle mériterait bien une bonne paire de claques l’Europe. Un peu comme un de ces sales gamins gâtés-pourris à qui on dit oui tout le temps. Et quand on lui dit non il se roule par terre en se cognant la tête exprès sur du carrelage.

Donc cette manifestation des producteurs de lait, comme toutes les autres manifestations qui ont lieu dans le quartier européen : celles des chauffeurs de poids lourds, celles des sidérurgistes, celles des éleveurs de poulet, celles contre l’austérité. Toutes ces manifestations, nous ici, on est pour à cent pour cent.

Mais alors Monsieur Bové ça fait 30 ans qu’ici à Bruxelles on se tape toutes les manifestations. Et je crois que riche de cette expérience nous pouvons tirer une conclusion sans appel. Chers amis manifestants, cher Monsieur Bové, vous vous y prenez comme des klèttes. (Georges vous expliquera après ce que klètte veut dire.) Donc oui, vous vous y prenez comme des klèttes. Parce que si vous croyez que c’est en allant du côté du quartier Schumann, Luxembourg, Léopold que vous allez emmerder nos amis eurocrates et bien cher Monsieur Bové vous vous fourrez le doigt dans l’oeil jusqu’à l’épaule. En manifestant dans ce coin là vous m’emmerdez surtout moi. Parce qu’en rentrant chez moi dans deux minutes et bien ça va mettre des heures.

Alors comme je suis ce matin d’humeur généreuse j’ai quelques conseils d’amis pour amplifier considérablement l’effet de vos manifestations. Écoutez-moi bien Monsieur Bové, prenez des notes, vous me remercierez un jour.

Donc, comment faire ?

Et bien je pense que toute bonne manifestation européenne devrait commencer devant l’École européenne. Vous pouvez choisir celle que vous voulez. Celle d’Uccle ou celle de Laeken, la toute nouvelle qui a coûté 88 millions d’euros offerts par la Belgique aux enfants des fonctionnaires européens quand les enfants belges qui n’y ont pas accès doivent se contenter, eux, d’écoles en ruines avec des pigeons morts sur les appuis de fenêtre, des toilettes sans planche et un décret inscription vraiment chiant. Une manifestation pile devant l’école européenne. 600 tracteurs, 300 camions, des petards pirates. Vous allez voir, ça, ça va vraiment les énerver.

Ensuite, surtout, c’est important, vous ne les lâchez pas. C’est la matinée. Ceux qui seront parvenus à déposer les enfants à l’école seront sans doute du côté du Shopping de Woluwé ou bien le Delhaize Chazal ou bien chez Rob. Et là vous faites comme vous voulez mais vous leur niquez leurs grosses courses. Avoir faim ça va les rendre nerveux.

Attention. Ils vont peut-être tenter de s’échapper vers des lieux qui les rassurent. Alors si vous ne les voyez plus et qu’il est l’heure de midi, direction la place du Chatelain ou bien la place Brugmann ou bien la place Jourdan ou bien le marché Flagey. Vous les reconnaîtrez facilement, ce sont les seuls capables de claquer 20 euros pour un fromage de chèvre pas plus grand qu’un Strepsils.

L’après-midi il est possible qu’ils tentent de trouver une issue vers le parc du Cinquantenaire où ils ont l’habitude de faire leur jogging. Sinon le golf de l’hippodrome de Boitsfort ou bien la salle de sport The Winners ou le David Loydt. Dans tous les cas, vous barrez tous, vous enflammez des pneus, vous laissez tourner les moteurs, vous saturez l’air de particules lourdes, ils vont détester. Ils adorent prendre soin d’eux.

Alors maintenant c’est le soir, ils vont vouloir aller chercher les enfants. Les enfants c’est facile. Ils sont tous avec leur nounou dans le parc Tenbosch à Ixelles. Et là, vous bouclez le quartier, vous allumez des grands braseros, vous distribuez du maïs transgénique aux gamins. Vous allez voir, ce sera l’hystérie.

Et bien après ça, Monsieur Bové, si vous voulez mon avis, l’Europe, elle va vous manger dans la main.

Bon, voilà, j’espère que vous avez tout bien noté. Sinon il y a encore le podcast.

À demain.