Changement climatique : La pause ne contredit pas la tendance !

Alejandro Nadal 22 avril 2014

Ces dernières semaines, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a publié son 5e Rapport d’évaluation. Il s’agit de l’analyse la plus complète sur la question et elle est disponible dans son intégralité sur le site du GIEC. Mais cet événement se produit dans le contexte d’un débat intéressant sur la relation entre les gaz à effet de serre et le changement climatique.

Ces 15 dernières années, l’augmentation de la température de la planète été plus lente que ce qui avait été pronostiqué. Pour bon nombre de personnes, particulièrement pour ceux qui réfutent l’évidence du réchauffement planétaire, ce freinage dans le thermomètre global serait la négation de tout ce qui a été dit sur le changement climatique. Quelles sont les implications de cette « pause » dans le rythme du réchauffement global ?

Pour commencer, il est important d’insister sur le fait que ces trois décennies, la température de la superficie de la terre n’a cessé d’augmenter. Effectivement, le rythme a été plus lent : entre 1998 et 2013, la température globale a augmenté de 0,04 degrés, contre 0,18 degrés dans les années 1990. Ceci peut surprendre si l’on considère que les émissions de gaz à effet de serre ont maintenu un taux de croissance ininterrompu pendant la même période. Cela pourrait suggérer qu’il n’existe pas de lien entre gaz à effet de serre et augmentation de la température. Les climatosceptiques ont donc commencé à utiliser cette « évidence » (la « pause » dans la croissance de la température) comme étant une preuve de l’incompétence des scientifiques et des climatologues.

Même si certains peuvent se consoler du fait que l’augmentation de la température est plus lente, il existe plusieurs explications de ce phénomène et aucune d’elle ne remet en question le rapport entre les émissions de gaz à effet de serre et le réchauffement global.

Certaines de ces explications sont liées aux aspects méthodologiques des mesures sur le changement des températures. Par exemple, de nombreux systèmes de compilation de données ne prennent pas en compte ce qui se passe dans l’Arctique. Or, cette région expérimente un réchauffement plus rapide si on le compare aux autres régions de la planète. Une étude qui intègre les données de l’Arctique (compilées à travers les observations faites par des satellites) permet ainsi de corriger l’effet de l’omission initiale. Quand on prend en compte ces données, l’augmentation de la température est de 0,12 degrés entre 1998 et 2012. D’autre part, les températures moyennes de la superficie ne sont pas le seul indicateur pour mesurer le changement climatique : au cours de ces dernières années, le nombre de journées chaudes et caniculaires a augmenté, tout comme les longues périodes de chaleur.

D’autres études insistent sur le fait qu’une bonne partie de la chaleur qui parvient à la surface est absorbée par les océans. Le plus grand d’entre eux, l’océan Pacifique, joue un rôle important dans ce processus. Mais les vents dominants dans le Pacifique ont affecté ses courants marins et sa capacité à absorber la chaleur. Ces vents soufflent en direction de l’ouest dans les latitudes tropicales et poussent l’eau en surface vers l’est. Simultanément, les eaux plus froides des profondeurs de l’océan remontent vers la surface dans les zones centrales et orientales du Pacifique, ce qui réduit les températures moyennes dans de très vastes zones de cet océan. Dans ce processus, une partie de la couche d’eau plus chaude est obligée de plonger en séquestrant une bonne dose de chaleur et en la maintenant dans les profondeurs océaniques. Mais quand les vents dominants faiblissent, le courant redevient normal et l’effet de refroidissement s’achève.

Il existe d’autres facteurs qui permettent d’expliquer la pause dans l’augmentation de la température. L’un d’eux est l’activité volcanique qui projette de grandes quantités de cendres dans l’atmosphère qui bloquent les rayonnements solaires. En l’absence de ce type de phénomène, l’augmentation de la température globale poursuivrait son rythme.

Les modèles mathématiques de simulation permettent d’intégrer les données qui expliquent la variabilité dans le changement climatique et, en particulier, la fameuse « pause » de ces 15 dernières années. C’est pour cela que la majeure partie des climatologues s’attend à ce que l’augmentation des températures se poursuive au rythme prévu dans les 40 prochaines années. De nombreuses analyses concluent qu’il est même possible que ce réchauffement s’accélère.

Le réchauffement global est une réalité et il existe un fort consensus dans la communauté scientifique sur ce point. Il est également évident que c’est l’activité humaine qui constitue la principale cause de ce changement dans la température globale. Les lobbies des multinationales intéressées à maintenir l’état de choses actuel cherchent à tromper et à troubler l’opinion publique sur la question du réchauffement planétaire. Ces groupes veulent éviter que les gouvernements interdisent ou limitent les émissions de gaz à effet de serre.

Source :
http://www.jornada.unam.mx/2014/04/16/opinion/022a1eco
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera