Bruxellois, soyons patriotes !

Thomas Gunzig 27 mai 2013

Le « Café serré » de Thomas Gunzig de ce mercredi 22 mai sur la Première radio…

Bonjour Georges, bonjour tout le monde,

Bienheureux les Américains. Bienheureux les Allemands, les Hollandais, les Hongrois, les Boliviens et les Birmans. Bienheureux les Croates, les Finlandais, les Malgaches, les Ougandais, les Péruviens, les Tadjiks, les Turkmènes. Bienheureux les Yéménites et tous les autres. Bienheureux les Liégeois, les Carolos, les Ostendais, les Assessois. Bienheureux les Fagnolais, les Amois, les Profondevillois, les Cinaciens, les Anversois, les Malinois. Bienheureux les Dixmudois, les Fouronnais et tous les autres.

Car sachez que bien malheureux sont les Bruxellois qui n’ont aucun sentiment patriotique. Et ce malheureux état de fait a été relevé par Rudi Vervoort, nouveau Ministre-Président bruxellois qui a dit hier dans une interview : « Je ne suis pas nationaliste mais il faut créer un sentiment patriotique bruxellois ». Non, Georges, ne venez pas souligner, avec vos éternels sarcasmes, la bizarre contradiction de cette phrase qui résonne un peu comme « Mais non Coralie, je ne veux pas coucher avec toi mais laisse-moi glisser mon corps nu contre le tien » ou comme « Je n’aime pas la patisserie mais donnez-moi cinq de ces pets-de-nonne » ou bien encore « Pars mais viens », « Monte mais descends », « Vite mais lentement », « Tout droit mais en tournant », « Tout noir mais avec de la lumière », « Riche mais pauvre », « Sympa mais Jan Peumans ». Enfin, bref, vous avez compris.

Mais ne nous attardons pas plus longtemps sur cette contradiction et allons au fond des choses. Il faut créer un sentiment nationaliste bruxellois.

Alors moi je dis pourquoi pas. C’est vrai que moi-même, Bruxellois, j’ai toujours regretté de ne pas pouvoir, par exemple, lors de la fête de l’Iris, beugler torse nu mon amour de la nation bruxelloise en agitant le fier drapeau bleu figurant un iris des marais jaune cerclé de blanc. Et puis après m’être saoulé à la kriek, aller vomir dans la voiture de Bertrand Heine parce qu’il nous vient d’Égezhée. Bertrand, je sais que vous m’entendez, sale travailleur immigré qui vient voler le travail des Bruxellois. Retourne dans ton pays ! Mais oui, c’est ça qu’il font les nationalistes. Non ?

Ah, mais qu’est-ce que j’aimerais moi aussi être comme vous Georges qui vous réveillez le matin gonflé de l’ivresse que provoque ce puissant sentiment d’appartenance à la fière patrie de Limelette. Vous vous levez et, par la fenêtre, vous contemplez ce que en vous-mêmes vous nommez avec émotion Waterland, votre jardin, ce gazon si typiquement limelettois et au-dessus de vous ce ciel si parfaitement limelettois et de la cuisine, déjà vous sentez l’odeur si particulière du café de Limelette. Et vous entendez les rires de votre petite dernière que pour amour de la patrie, vous avez prénommée Limelette. Il n’est pas 6 heures que, comme chaque jour, vous savez que vous êtes prêt à mourir pour Limelette et que si jamais ceux de Rixensart s’avisent encore de traverser la rue Charles Dubois pour rejoindre la nationale sans vous demander la permission, qu’ils sachent qu’un sang impur ne va pas tarder à abreuver vos sillons. Nom de Dieu. C’est comme ça un nationaliste, non ?

Un nationalisme bruxellois. Ce que j’aimerais aussi, comme Bertrand, passer des nuits entières et fiévreuses à ne pas trouver le sommeil parce que je sens confusément que le peuple d’Éghezée commence à se sentir à l’étroit dans ses frontières. L’espace vital, lebensraum, la voilà la vraie question. Et dans votre esprit, Bertrand, la lumière se fait alors : il faudra s’étendre vers l’est coûte que coûte. Relier Noville-les-Bois et puis Fernelmont qui seront pris sans effort. Ces untermenschen n’ont aucune volonté, vous le savez. Après ça, Villers-le-Bouillet tombera en quelques jours. Ensuite, direction Huy qui ne vous résistera pas. Et puis finalement, Liège. Liège, Bertrand, qui finira bien par se rendre après des mois de siège tenus sans relâche. Liège, où vous et le peuple héroïque et fier d’Éghezée, vous pourrez imposer l’ordre nouveau.

Ah, le nationalisme, les amis, c’est vraiment un chouette truc. Et j’aimerais tellement pouvoir partager ça avec vous. Allez, avec un peu de chance et grâce à Rudi Vervoort, ça va m’arriver aussi.

À demain.