Brésil : « l’expérience » du mondial

Celia Alldridge 6 mai 2014

Avec des frais s’élevant à environ 12 milliards de dollars, selon une estimation du Gouvernement brésilien, et dont une majorité sera affectée aux grands ouvrages de construction ainsi qu’à la rénovation des stades et des infrastructures, la Coupe du Monde de la FIFA exige d’importants investissements de ressources publiques.

Tout cela fait partie de l’agenda du sport de compétition, établi à l’échelle planétaire, et qui s’intègre dans la logique d’un modèle favorisant et priorisant les « méga-événements » et leurs implications : infrastructures immenses, production de matières premières, capital transnational. Un modèle qui encourage la marchandisation et la privatisation de l’espace public, des personnes et du sport. C’est dans ce contexte, dans cette logique, que se déroule « l’expérience » du Mondial au Brésil, soutenue et justifiée par les exigences mêmes du football international de haut niveau et dont les conséquences s’étendront bien au-delà des terrains de football.

Le processus de préparation de la Coupe a mis en évidence et accéléré la violation des droits humains dans différentes milieux. Rappelons notamment l’expulsion forcée de certaines communautés urbaines dans les douze villes hôtes qui accueilleront les matches, un processus qui a affecté 250’000 personnes. Mentionnons également l’exploitation des ouvriers, hommes et femmes, qui œuvrent à la construction ou à la rénovation des stades et des nouvelles infrastructures urbaines. Ces travaux très pénibles ne sont rémunérés que par des salaires très bas et, en décembre 2013, on dénombrait déjà la mort de sept ouvriers.

Enfin, force est de constater qu’il existe une augmentation significative de l’exploitation sexuelle des enfants et adolescents dans le contexte de ces grands travaux. Par exemple, aux abords du stade Itaquerão à São Paulo – qui accueillera le match d’ouverture – les proxénètes monnaient aux ouvriers les services sexuels de jeunes filles entre 11 et 17 ans. Même cas de figure autour du stade Castelão, à Fortaleza, où des sources fiables font état de cas de prestations sexuelles proposées par des mineurs en échange d’une assiette de nourriture ou de drogues diverses, entre autres le crack.

Quelques semaines nous séparent encore du match d’ouverture de la Coupe. Entre le 12 juin et le 13 juillet 2014, un espace « protégé » sera mis en place dans les douze villes hôtes afin de répondre aux exigences de l’élite sociale ainsi que celle du football national et mondial.

Pour tous ceux qui assisteront aux matches à l’intérieur des stades, le Mondial de la FIFA sera synonyme de consommation – de produits des marques partenaires comme Coca Cola et McDonald’s – de fête, de passion, de sentiments nationalistes et, surtout, de privilèges, étant donné le prix élevé des entrées. Selon une estimation, le prix du billet moyen pour un match serait de 159 dollars mais, pour la finale dans le secteur VIP du stade, le ticket pourrait atteindre 830 dollars.

Dans sa forme actuelle, le Mondial de la FIFA représente une « expérience » d’inclusion pour certains et d’exclusion pour beaucoup d’autres et cela met les organisations et mouvements sociaux face à de grands défis d’auto-organisation et de construction d’alternatives.

Celia Alldridge, co-responsable du programme E-CHANGER/COMUNDO au Brésil

Traduit par Céline Pellissier

Source :
http://www.e-changer.ch/comundo/fr/?218/Bresil---LExperience-du-mondial