Appel : Droit d’asile pour Mamadou Bah, victime et cible de l’Aube Dorée en Grèce !

Denis Desbonnet 29 octobre 2013

Depuis le cinq octobre dernier, Mamadou Bah, ex-Secrétaire de l’Union des Ressortissants Guinéens de Grèce, est réfugié en Belgique pour échapper aux escadrons de la mort d’Aube Dorée, lesquels l’ont agressé à deux reprises, la première fois en le laissant pour mort, le front éclaté et en sang.

Plus grand monde aujourd’hui n’ignore que ce parti néo-nazi a fait la une de l’actualité par de véritables pogroms visant les immigrés, mais aussi les minorités nationales de Grèce, ou encore les homosexuels et les handicapés. Terreur doublée d’attentats ciblés contre des militants de gauche et des personnalités antifascistes, tel le renommé musicien Pavlos Frssas, poignardé à mort en pleine rue, ou encore des colleurs d’affiches du parti communiste battus à coup de barres de fer, dont le secrétaire du syndicat du métal d’Athènes.

Mamadou Bah est donc une des innombrables victimes de ces modernes « sections d’assaut », faisant régner leur loi dans les quartiers populaires et la terreur dans les villes grecques. S’il a été accueilli chez nous par le milieu antifasciste, antiraciste et syndicaliste, c’est à un double titre.

Tout d’abord, suite au danger qu’il encourt s’il devait rester en Grèce, déjà en tant qu’Africain, sa seule origine l’exposant à tout moment, comme tous ses frères et sœurs « de couleur », à de nouvelles « ratonnades » mortelles.

Mais aussi et surtout, désormais en tant qu’opposant politique. Car si la première fois qu’il a rencontré le peloton motorisé qui a failli le massacrer c’est tout simplement en quittant son travail, la seconde, ce n’est plus dû au seul « hasard » d’une mauvaise rencontre : le même gang de tueurs était clairement revenu « achever la besogne » et c’est un miracle qu’il ait pu leur échapper, ne devant son salut qu’à sa fuite éperdue jusque dans le restaurant où il travaillait et qu’il venait de quitter.

Une tentative de récidive qui tient au fait que, sitôt après leur première agression, Mamadou Bah a osé dénoncer publiquement les exactions systématiques des psychopathes racistes d’Aube Dorée, et appelé à la mobilisation populaire contre cette terrible menace. A son initiative, son récit et son cri d’alarme ont en effet été médiatisés d’abord par le principal quotidien grec, et depuis lors dans la presse internationale, de Libération à la RTBF, en passant par La Libre et Le Soir. Un véritable défi lancé aux nouveaux nazis, sur le mode du « NO PASARAN ! », qui lui valent la haine redoublée de ceux-ci, décidés à faire taire celui qui, parlant au nom de ses frères africains, et plus largement « étrangers », a décidé d’être, selon ses propres termes, « la voix des sans voix ».

La revanche des milices armées et casquées risque donc d’être à la hauteur de cet extraordinaire geste de résistance affiché par une de leurs « proies ». Mamadou Bah a d’ailleurs dû abandonner son boulot après cette nouvelle tentative d’assassinat, et vivre des semaines durant caché par des amis et dépendant de la solidarité de ses frères et sœurs guinéens comme du milieu antifasciste. Une situation naturellement intenable.

C’est pourquoi, sur les conseils pressants de ses camarades grecs, eux-mêmes ne pouvant lui garantir de manière suffisante sa sécurité, il a dû se résoudre à l’exil et à chercher asile parmi nous. Cela, par l’entremise d’antifascistes et antiracistes belges, notamment du milieu syndical, mais aussi de la communauté grecque de Belgique solidaire de « la Grèce qui résiste » et de ses compatriotes présents en nombre dans notre pays, qui se reconnaissent également dans son combat.

Un combat qui dorénavant est donc directement le nôtre, et il est double.

- D’une part, et c’est le plus urgent, nous devons absolument lui obtenir une forme d’asile en Belgique. Déjà, en tant que membre d’un groupe « cible » de discriminations et de la violence d’extrême-droite et/ou policière (il a également fait de manière répétée l’objet de tabassage et/ou d’humiliations racistes dans les commissariats d’Athènes, connus pour être gangrenés par Aube Dorée). Mais aussi en tant que réfugié politique au sens strict, désormais pourchassé personnellement pour ses opinions et ses activités. Car il faut savoir que, bien avant ces deux attentats, il était déjà en Grèce une figure de proue des Guinéens (et, au-delà, via « L’Union Africaine » qu’il a contribué à mettre sur pied, de tous les émigrés africains) en lutte pour leurs droits au séjour, à la sécurité, à la scolarité et au travail déclaré, et bien sûr contre le racisme et le fascisme dont ils sont les bouc-émissaires. Cela, en étroite unité avec les milieux progressistes grecs, dont il était un compagnon de route de longue date Un engagement qui le désigne encore plus aux représailles des neo-nazis. Et, face à cette double menace, c’est tout à fait légitimement qu’il est en droit de craindre pour sa sécurité, sa santé et même sa vie.

- D’autre part, et c’est d’ailleurs sa demande explicite, nous devons faire de son « cas » emblématique un appui pour une large campagne de dénonciation, de soutien et de mobilisation, à la fois en solidarité avec le peuple grec, contre l’austérité barbare qui lui est imposée et la terreur que les aspirants dictateurs font régner partout dans le pays, mais aussi en vue d’un vaste travail de prévention contre la menace d’extrême-droite en Belgique et ailleurs en Europe. Campagne qui s’articulera avec l’initiative prise autour de l’Appel lancé par des syndicalistes grecs en vue de la mise sur pied d’un réseau intersyndical antifasciste au niveau européen. Mamadou est disponible pour venir témoigner en ce sens partout en Belgique, prenez contact avec nous si vous pouvez l’inviter dans cet objectif.

Une pétition de soutien et pour le droit à l’asile de Mamadou Bah circulera bientôt dans les milieux progressistes de Belgique, en vue de recueillir un maximum de signatures. Vous pourrez la télécharger notamment sur le site du CADTM, la signer en ligne, la reproduire et la diffuser dans votre propre réseau.

Il faut aussi réunir des fonds, pour assurer la défense juridique de cette demande, mais aussi pour le simple entretien de Mamadou, qui ne peut travailler en Belgique et dont le maigre « viatique » s’épuise rapidement. Vous pouvez contribuer par un don sur le compte BE06001231834322, avec la mention « Soutien Mamadou Bah ».

Il y a urgence : Mamadou n’a qu’un droit de séjour de trois mois en Belgique. Aidez-nous à lui permettre de rester parmi nous, tant pour lui garantir sa sécurité que pour qu’il puisse poursuivre son combat à nos côtés, depuis la Belgique !

COMITE DE SOUTIEN A MAMADOU BAH, VICTIME ET CIBLE D’AUBE DOREE

Edit. Resp. + infos et contact : Denis Desbonnet, 15 bld Martin, Ottignies, denisdesbonnet@gmail.com, 0497/44.14.81