Débats/Théorie/Histoire

  • Réflexion de Genre (3) : Le capitalisme est-il « indifférent » à l’oppression des femmes ?

    Cinzia Arruzza 26 mars 2014

    Un des points de vue les plus répandu chez les théoriciens marxistes est de considérer l’oppression de genre comme quelque chose qui n’est pas nécessaire à l’oppression du capital. Cela ne signifie pas que le capitalisme ne s’en serve pas et ne profite pas de l’inégalité de genre produite par les configurations sociales précédentes. Mais il s’agirait par contre d’un rapport opportuniste et contingent. Dans les faits, le capitalisme n’a pas vraiment le besoin de se servir de manière spécifique de l’oppression de genre, et les femmes ont bel et bien atteint, sous le capitalisme, un niveau de liberté et d’émancipation sans précédents dans les époques historique. Bref, la libération des femmes et le (...)

  • 1894 : La Charte de Quaregnon

    Ernest Mandel 26 mars 2014

    A l’occasion du 120e anniversaire de la Charte de Quaregnon, document programmatique fondateur de la social-démocratie en Belgique, nous reproduisons ci-dessous une analyse de ce texte, de son contexte et de son évolution historique par le théoricien marxiste Ernest Mandel. Depuis la rédaction de cet article en 1984, l’intégration de la social-démocratie dans le capitalisme n’a fait que se renforcer avec son tournant néolibéral, faisant disparaître dans ce parti toute trace de réformisme anticapitaliste et affaiblissant notoirement sa base et ses liens organiques avec le monde ouvrier. Souvent citée à raison pour marquer cette évolution avec ses origines, la Charte de Quaregnon de la social-démocratie (...)

  • La gauche et l’Ukraine

    Santiago Alba Rico 19 mars 2014

    On est tant surpris par la possibilité rationnelle de trouver des analogies entre des phénomènes apparemment dissociés que, parfois, la raison – ou un certain type de raisonnement – s’incline à ne chercher que de vagues ressemblances entre ceux-ci. La résistance à l’analogie et l’affirmation des différences peuvent conduire à un nominalisme quasiment solipsiste dans lequel chaque chose n’exprime qu’elle-même, sans rapport avec les autres choses. A l’inverse, la tentation de l’analogie peut amener à établir des connexions épidémiques qui finissent par dissoudre toutes les spécificités concrètes dans un réseau de volontés abstraites et opposées. La première tentation s’appelle l’autisme ; la seconde, c’est la (...)

  • 1789-94 - Une immense révolution, bourgeoise et « avant-courrière »

    Jean-Philippe Divès 19 mars 2014

    « Avec la Tunisie puis l’Egypte, avec ces explosions sociales, voire ces insurrections, qui se généralisent sur tous les continents (dernièrement, sur le nôtre, en Bosnie-Herzégovine), la révolution redevient une idée actuelle pour des secteurs des masses mobilisées, en particulier dans la jeunesse. D’où, certainement, l’intérêt renouvelé que l’on observe, dans des milieux militants et ailleurs, pour la Révolution française… »
    C’est pour cette raison de « retour de la révolution » que la revue française « L’Anticapitaliste », publiée par le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), publie dans son dernier numéro un dossier fouillé qui revient en détail sur cet épisode de l’Histoire et les leçons que nous pouvons (...)

  • Falstaff et Robin Hood

    Santiago Alba Rico 3 mars 2014

    J’ai souvent écrit que le capitalisme a réalisé toutes les utopies de la gauche mais en les transformant en cauchemars : la domination de la nature en changement climatique ; la pluralité des talents en flexibilité du travail et mobilité forcée ; le droit à la paresse en chômage ; le volontariat guévariste en esclavage complaisant.
    Le chômage et la crise, dans le contexte d’une économie de consommateurs-otages, ont en effet généré une armée de volontaires au service des entreprises : des milliers et des millions de jeunes prêts à travailler gratuitement pour la plus grande gloire du capitalisme. L’esprit de sacrifice, de don de soi et l’abnégation n’ont pas cessé d’exister ; ils se sont déplacés au (...)

  • Réflexion de Genre (2 bis) : Ce n’est pas que la faute du capitalisme ?

    Cinzia Arruzza 24 février 2014

    Dans la précédente chronique de « Réflexion de Genre », j’écrivais que l’idée selon laquelle le patriarcat était un système indépendant à l’intérieur de la société capitaliste était la plus utilisée par les théoriciennes, mais aussi par les militantes féministes. Et cela parce qu’il s’agit de l’interprétation la plus intuitive et immédiate des phénomènes d’oppression et de pouvoir qui se basent sur le genre et dont nous en faisons l’expérience quotidienne.
    Pour le dire autrement : il s’agit d’une interprétation qui enregistre la réalité de la façon dont celle-ci se manifeste. En disant « telle qu’elle se manifeste » nous n’entendons pas décrire un phénomène illusoire à mettre en opposition avec la réalité avec un grand (...)

  • Il y a 80 ans : La chute de Vienne la Rouge

    Ataulfo Riera, Charles Heimberg 14 février 2014

    Le mois de février 1934 fut un moment crucial dans l’histoire du mouvement ouvrier. Un peu plus d’un an s’était écoulé depuis la résistible ascension d’Adolf Hitler au pouvoir en Allemagne. Les gravissimes erreurs des partis communistes stalinisés et des sociaux-démocrates avaient laissé le champ libre à une offensive réactionnaire qui s’est articulée à l’échelle européenne. En Autriche, le parti chrétien bourgeois du chancelier Dolfuss s’était étroitement lié à l’Italie mussolinienne et était de plus en plus engagé sur la voie d’un véritable « austro-fascisme » - ou « catho-fascisme », car fortement teinté de cléricalisme réactionnaire. (1)
    Le 12 février 1934, face à de nouvelles perquisitions et des arrestations (...)

  • Réflexion de Genre (2) : Un, deux ou trois systèmes ?

    Cinzia Arruzza 4 février 2014

    En 1970, Christine Delphy a écrit un essai assez court : « L’ennemi principal », dans lequel elle théorisait l’existence d’un mode de production patriarcal, son rapport ainsi que sa non-coïncidence avec le mode de production capitaliste. Elle définissait les femmes au foyer comme une classe, dans le sens économique du terme.
    Neuf ans plus tard, Heidi Hartmann publiait l’article « Le mariage malheureux du marxisme et du féminisme », dans lequel elle soutenait la thèse selon laquelle le patriarcat et le capitalisme seraient deux systèmes autonomes mais entrelacés pour des raisons historiques. Selon elle, les lois de l’accumulation capitaliste seraient insensible au sexe de la force de travail et, si le (...)

  • Lénine, « léninisme » et « anti-léninisme »

    Scott Jay 28 janvier 2014

    Lénine est mort il y a 90 ans. Et le léninisme n’est guère en meilleur état. Encore faut-il s’entendre sur ce que signifie le « léninisme » aujourd’hui. Car celui qui est professé par de nombreuses organisations d’extrême-gauche n’a en réalité qu’un rapport assez lointain avec ce que furent la théorie et la pratique réelles de Lénine et des Bolcheviks. Dans cet article, Scott Jay, un militant étatsunien vivant à Oackland (Californie) qui ne manque pas d’esprit caustique, passe au crible ce « léninisme » bricolé au fil des décennies qui ont suivi la mort de Lénine et qui tient encore lieu de référence et de boussole à une large gamme d’organisations d’extrême-gauche. (Avanti4.be)
    De 1903 jusqu’en 1914, Lénine a (...)

  • 1936 : Quelle stratégie dans la Révolution espagnole ? L’énigme Nin

    Miguel Romero 27 janvier 2014

    Miguel Romero (1945-2014), militant marxiste révolutionnaire de longue date dans l’Etat espagnol - il avait participé à la refondation de la section espagnole de la IVe Internationale (aujourd’hui Izquierda Anticapitalista) sous la dictature franquiste -, vient de disparaître, victime d’un cancer. Théoricien et journaliste de talent, il avait fondé l’excellente revue Viento Sur. En hommage à ce militant internationaliste, nous reproduisons ci-dessous l’un de ses textes portant sur la politique et l’orientation d’Andrés Nin et du POUM (Parti ouvrier d’unification marxiste) pendant les journées cruciales de la Révolution espagnole de 1936. (Avanti4.be)
    « Avec le recul historique, aujourd’hui où l’Europe (...)