Un nouveau cycle de luttes dans le monde ? (IV) — Une réponse à Asef Bayat. Entre le passé et l’avenir

Tariq Ali 28 août 2013

Le coup d’Etat contre-révolutionnaire en Egypte, les vives tensions en Tunisie et l’évolution de plus en plus dramatique du processus en Syrie posent la question d’un « bilan » et d’une évaluation provisoire du dit « Printemps arabe » et, surtout, de la caractérisation de ce dernier. Nous publions ci-dessous une réponse faite par l’écrivain et essayiste de gauche Tariq Ali à un texte d’Asef Bayat qui aborde ces questions - à noter que ce débat s’est déroulé avant le coup d’Etat militaire en Egypte. (Avanti4.be)

Deux ans après le début des révoltes qui ont éclaté partout à partir du printemps 2011, comment devons nous juger les résultats, la scène politique fragmentée en Egypte et en Tunisie, les conflits latents au Yémen, l’anarchie armée en Libye, la guerre civile en Syrie, la crise gouvernementale au Liban, la répression au Bahreïn, le poids renforcé dans la région de Ryad et du Qatar ? Existe-t-il un quelconque modèle que nous pourrions discerner dans le présent arabe ?

« La révolution à marée basse », l’étude élaborée par Asef Bayat, est une contribution à un premier bilan. Bayat nous offre une classification des stratégies de l’opposition – réformiste, insurrectionnelle et « réfolutionnaire » – inscrites dans un cadre historique comparatif. Dans un certain sens, argumente-t-il, nous sommes réellement à un âge mûr pour la révolution : l’échec de la démocratie libérale et l’absence de responsabilité des gouvernements face à niveaux croissants d’inégalités et de privation, avec le facteur aggravant de l’exacerbation qu’implique la crise financière, ont créé une impasse politique qui semble exiger un changement révolutionnaire.

Mais la domination de l’idéologie néolibérale et les défaites subies par les courants révolutionnaires antérieurs – anticolonialisme, marxisme-léninisme, islamisme – ont miné les possibilités d’un tel changement : il y a donc absence, à la fois, de « moyens » et de « vision ». En conséquence, soutient-il, les opposants aux dictatures d’Egypte et de Tunisie ont adopté une stratégie de « réfolution » : des mobilisations de masses qui, au lieu d’être orientées vers sa destruction, sont destinées à obliger le régime à se réformer lui-même, . Ce n’est que quand certains cas de régimes intransigeants qui ont répondu par la force des armes – Libye, Syrie – que les « réfolutionnaires » se sont vus contraints de passer directement à l’insurrection ouverte (avec l’OTAN en appui) et au renversement violent du régime.

Bayat réutilise ainsi le terme de « réfolution » du théoricien de la Guerre froide Timothy Garton Ash, qui l’a forgé pour décrire la libéralisation en marche en Pologne et en Hongrie au printemps 1989. Bayat admet, cependant, que les processus politiques en Tunisie et en Egypte n’ont pas été dirigés vers des transformations économiques fondamentales, comparables à celles qui eurent lieu en Europe centrale. Dans ce sens, argumente-t-il, la « révolution Rose » de Géorgie en 2003, ou sa version « Orange » en Ukraine en 2004-2005, sont les processus les plus proches, bien que n’ayant pas la même charge libératrice que celle déclenchée par la Place Tahrir dans toute la société égyptienne. Ainsi, Bayat conclu-t-il en empruntant à Raymond Williams l’idée de « révolution longue » comme possible stratégie pour un « changement démocratique significatif ». Comment évaluer cette contribution ?

Terminologies

Bayat souligne avec justesse l’absence de moyens et de vision pour un renversement révolutionnaire de ces régimes, ainsi également que la profondeur et l’échelle des énergies insurrectionnelles libérées en Egypte, au Yémen et en Tunisie. Si cela est utile ou pas d’adopter le néologisme de « réfolution » pour désigner ces réalité est une autre affaire.

Lorsque ce terme a été forgé, il faisait référence à un processus très distinct. Garton Ash faisait ainsi concrètement référence aux négociations qui avaient lieu entre les représentants de l’Etat et l’opposition à Budapest et à Varsovie, où les apparatchiks « éclairés » étaient en train de mettre en scène un « retrait sans précédent », en offrant le partage du pouvoir et en s’inscrivant dans la voie d’une démocratie parlementaire tout en criant « enrichissez-vous ! » (Garton Ash lui-même avouait que la perspective de voir des chefs communistes se transformer en capitalistes suscitait en lui – selon ses propres termes – un certain malaise). [1]

A l’exception de la Roumanie et de la RDA, les mobilisations en Europe de l’est étaient d’une échelle relativement petite. Le terme de « réfolution » ne reflète pas non plus le grand cri de guerre de 2011 : « Le Peuple veut la chute du régime et non sa réforme ». Il y a un risque évident avec cette terminologie de confondre les tactiques – par définition flexibles dans tout mouvement politique déterminé et effectif - avec les objectifs. Cependant, les slogans et l’esprit des masses au Caire, à Suez ou à Alexandrie étaient très clairs. Ce n’était pas seulement Moubarak qui devait partir mais aussi tous ses sbires – entre autres le sinistre Omar Souleymane, considéré un moment par le gouvernement Obama comme le successeur de Moubarak – et les forces du Ministère de l’intérieur qui avaient brutalement soumis le pays pendant des décennies.

L’armée, par contre, n’était pas un objectif, malgré le rôle corrompu et collaborationniste du Haut commandement qui avait été en parfaite syntonie avec les Etats-Unis depuis la défaite de 1973. En février 2011, la décision des leaders de la protestation de ne pas tenter de diviser l’armée, malgré la fraternisation des officiers subalternes et des soldats avec les masses, fut probablement une erreur d’évaluation tactique de l’équilibre des forces et non pas tant un geste impliquant de quelconques illusions envers les institutions de l’Etat de Moubarak. La « réfolution » dans le sens de Bayat, si cela signifie quelque chose, est bien plus applicable aux républiques bolivariennes d’Amérique du Sud - un modèle fermement rejeté par les Frères Musulmans et par Ennahdha.

La terminologie utilisée par Bayat offre peu de possibilité de refléter le contenu social et politico-économique des révoltes arabes. Ici, l’analogie avec l’Europe centrale en 1989 s’effondre complètement. Les Etats du COMECON, contreparties orientales des social-démocraties occidentales, étaient dans leur essence des social-dictatures, dans leur majeure partie très urbanisées et avec des secteurs industriels et sociaux très développés, avec des dispositifs sociaux, éducatifs et culturels qui bénéficiaient à la majorité des citoyens [2].

Les factions qui dirigeaient ces bureaucraties dans les années 1970 et 1980 furent sans cesse plus gagnées à la cause de l’économie de marché considérée comme une panacée. Dès que l’accord avec l’opposition pro-capitaliste fut conclu, les coupes des dépenses publiques inhérentes à la « thérapie de choc » néolibérale et les privatisations détruisirent les structures sociales existantes et pulvérisèrent en grande partie l’industrie nationale à mesure que les entreprises occidentales éliminaient la concurrence.

A l’inverse, l’industrialisation par substitution des importations fut toujours beaucoup plus limitée dans les républiques arabes et les travailleurs n’y eurent jamais les mêmes niveaux de droits sociaux que sous le « socialisme réel ». La pauvreté rurale y est un fléau, de vastes quartiers pauvres entourent les principales villes et le chômage des jeunes est désespérément élevé. L’Egypte s’était défaite de la majeure partie de son limité Etat-Providence et, sous la présidence d’Anouar Anwar el-Sadat, elle s’était lancée dans un programme de privatisations. Ainsi, les prestations sociales sont rachitiques et consistent principalement en aliments et en combustibles subsidiés ; les mosquées – les courants opportunistes décrits par Bayat – apportent la majeure partie de l’assistance sanitaire et de l’éducation que peuvent recevoir les pauvres. Comme tout le monde le sait, le néolibéralisme a servi à enrichir les complices du régime. On a réprimé les grèves et les continuelles expressions de mécontentement social, mais elles n’ont jamais complètement disparues. Comment articuler les revendications politiques et économiques constitue toujours aujourd’hui un problème stratégique clé pour les mouvements de protestation.

Dimensions absentes

Un aspect également important est que les catégories politiques abstraites de Bayat – réforme, révolution, quelque chose d’intermédiaire – excluent toute analyse de l’équilibre général des forces en présence. Si les révoltes arabes ont effectivement commencé comme des rébellions indigènes contre la privation sociale et des Etats policiers corrompus, elles se sont rapidement internationalisées quand les puissances occidentales et les voisins régionaux sont entrés dans la danse.

Dans son souhait de trouver des analogies au présent arabe dans le passé européen, Bayat minimise l’impact concret de l’impérialisme occidental dans la région. Les frontières actuelles des Etats arabes furent tracées par les vainqueurs de la Première Guerre Mondiale et furent accompagnées d’une déclaration du gouvernement britannique – avec l’opposition de son unique membre juif – par laquelle il s’engageait à faciliter l’établissement d’un foyer national pour les Juifs européens en Palestine. C’est ainsi que commença l’expropriation, le déracinement et l’expulsion de grands secteurs de la population palestinienne indigène afin de préparer le terrain à l’Etat d’Israël.

On ne peut pas faire une analyse adéquate des événements dans le monde arabe aujourd’hui sans prendre en considération le rôle joué par la plus puissante force militaire et diplomatique de la région : les Etats-Unis. De même, vu la force du lobby israélien aux Etats-Unis, on ne peut pas faire une évaluation adéquate du rôle des Etats-Unis dans la région sans tenir compte de la question israélo-palestinienne.

Les motifs pour lesquels ces régimes despotiques ont perduré dans le monde arabe, bien après le démantèlement des dictatures de la Guerre froide en Amérique latine, en Afrique et dans une grande partie de l’Asie, repose dans une grande mesure sur la logique étroitement imbriquée de la protection jalouse par Washington du pétrole de la région et de la prédominance d’Israël dans ses politiques au Moyen Orient. Des élections libres menaçaient d’amener au pouvoir les islamistes qui pouvaient tenter d’appliquer dans la pratique leur rhétorique pro-palestinienne.

La nature de l’ « exception » du monde arabe avant les soulèvements de 2011 fut cruellement démontrée en Algérie, où l’on pourrait dire que le « printemps arabe » a commencé en 1988. Après une semaine de protestations massives, le régime du FLN a accepté d’organiser des élections, d’abord municipales puis, en 1990, législatives, juste au moment où l’escalade militaire de la Première guerre du Golfe allait déclencher la rage populaire dans toute la région. Le plus important parti islamiste, le Front Islamique du Salut (FIS) obtint une victoire écrasante au premier tour des élections pour l’Assemblée Nationale, après avoir dirigé les manifestations massives contre la guerre peu de temps auparavant. Les militaires algériens annulèrent alors le second tour électoral, suivant ainsi les conseils de Washington et de Paris. Une guerre civile brutale fut ainsi déclenchée dans laquelle des atrocités massives furent commises des deux côtés au point de se conclure par épuisement, tandis que les masses entraient dans une amère passivité. Les estimations les plus prudentes donnent un chiffre de morts qui oscille entre 100.000 et 200.000, sans que cela n’ait soulevé le moindre mot de protestation de la part des puissances occidentales. Le pays n’a pas encore complètement récupéré de cette terrible expérience.

A quelques variations près, les régimes populistes-nationalistes qui étaient parvenus au pouvoir dans les années 1950 et 1960 en Egypte, en Syrie, en Irak, au Yémen, en Libye et en Algérie étaient structurés – pour leur malheur – comme une version arabe du modèle soviétique : Etat à parti unique de facto, culte de la personnalité grotesque qui glorifiait le président au pouvoir et un régime de monopole en matière de politique et d’information. L’effondrement de l’Union soviétique a laissé ces présidents à vie comme des mauvaises copies de l’original. (…) Pendant ce temps, les chefs des Moukhabarat (la police secrète) participaient à des affaires de grandes envergure avec le Mossad, échangeaient entre eux des dossiers sur les dissidents et se concurrençaient entre eux pour torturer les prisonniers de la guerre des Etats-Unis dans leur « guerre contre le terrorisme ».

Ni les chefs des Moukhabarat ni leurs mentors (Etats-Unis, Union européenne) ne purent détecter l’ampleur des insurrections qui allaient venir.

Interventions

Pris par surprise quand les révoltes éclatèrent en 2011, la première réaction de Washington et de Paris fut de défendre leurs vassaux. La ministre des Affaires étrangères de Sarkozy, Michèle Alliot-Marie, espérait que son bon ami Ben Ali pouvait tenir le temps de lui apporter l’aide des parachutistes français afin de défendre de son régime. Mais il était trop tard et l’oligarque tunisien était déjà dans son avion en direction de l’Arabie Saoudite. Les tentatives du gouvernement d’Obama de sauver la peau de Moubarak durent être abandonnés à cause de la mort de centaines de personnes ; cependant, dans un pays aussi géographiquement central que l’Egypte, Washington avait d’autres instruments disponibles. Des conversations précipitées avec le haut commandement de l’armée eurent lieu : une demande clé des Etats-Unis était l’engagement à ce que les nouveaux gouvernants respectent le Traité de 1979 signé avec Israël, qui dépouillait l’Egypte de sa souveraineté sur toute zone de son territoire connexe avec la frontière israélienne. L’une des premières déclarations du Conseil Suprême des Forces Armées (CSFA) en assumant le pouvoir exprimait son respect dudit Traité. Au final, le CSFA allait se montrer être un instrument malhabile, mais les objectifs immédiats de Washington avaient été remplis.

Après les événements de la Place Tahrir, les protestations de la population n’avaient plus l’avantage de la surprise et les forces impérialistes, de concert avec les voisins régionaux, prirent les devant dans la configuration du résultat des révoltes. Bayat parle de « pétrole » et de « brutalité » comme motifs pour l’intervention militaire occidentale, mais il n’offre aucune explication pour l’attitude aussi sélective des différentes puissances de l’OTAN dans les différents pays arabes. Pour Washington, ces derniers se classent selon un calcul hiérarchique d’intérêts : importance géostratégique, proximité avec Israël, pétrole et richesse, poids démographique, situation dans le binôme ami-ennemi. L’Egypte, en tant qu’axe géostratégique de la région, a été un « ami » que les Etats-Unis ont maintenu à bout de bras depuis 1973, seulement dépassé sens par Israël en quantité d’aide militaire reçue. Le Yémen appauvri fut traité comme une dépendance de l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis ont maintenu Saleh au pouvoir le temps qu’ils pouvaient. Ce n’est que lorsque la division de l’armée et une attaque à la bombe contre la résidence du despote l’a partiellement transformé en une ruine que Washington l’a transféré à Ryad et imposé un gouvernement national de compromis, avec les hommes de Saleh à des postes clés.

Les monarchies qui doivent leur existence même à l’impérialisme des Etats-Unis et du Royaume Uni ont toujours reçues un traitement différencié : en Jordanie, en Arabie Saoudite, à Oman, au Bahreïn et dans les Etats du Golfe perdurent toujours des dynasties corrompues, arbitres suprêmes de la vie et de la politique. Dans ces « piliers de la stabilité », les valeurs occidentales – libertés individuelles, droits humains, non discrimination contre les femmes et les minorités – sont violées de manière bien plus atroce et flagrante que dans n’importe quel Etat qualifié de « voyou » (« rogue states »), avec à peine un murmure de désapprobation de la part de la Maison Blanche. Au Bahreïn, le Pentagone et le Département d’Etat US, ont à l’évidence approuvé l’intervention militaire saoudienne qui a contribué à diviser par sectes le conflit et à écraser la rébellion, malgré les slogans chantés par la jeunesse ; « Ni Chiites, ni Sunnites, nous sommes Bahreïnis ». Ce succès à encouragé Ryad et le Qatar à passer à l’offensive en Libye et en Syrie. Avec l’approbation tacite de la Maison Blanche et d’Israël, « Al-Jazeera » est devenu le porte-voix de la militarisation du « printemps arabe » selon un scénario configuré par les inimités personnelles, les haines sectaires et les rivalités avec l’Iran.

Les républiques nationalistes arabes avaient toujours été vues avec plus de froideur par Washington. La Libye avait peu d’importance géostratégique ou de poids démographique ; elle était sociologiquement comparable aux pays du Golfe, avec une petite population autochtone, une nombreuse main d’œuvre étrangère et une économie totalement conditionnée par les rentes pétrolières. Tripoli avait été sur la liste des « ennemis » de Washington seulement à cause de la rhétorique de Kadhafi, bien que la CIA à toujours pu compter sur son expérience dans la persécution des islamistes. Officiellement, l’amitié date de 2003, après la remise au pays d’un peu de matériel nucléaire obsolète en échange de son intégration dans la guerre de l’Occident contre le terrorisme, tandis que les services secrets britanniques remettaient aux mains du régime des dissidents exilés.

Mais à la différence de Moubarak et de Ben Ali - de purs apparatchiks inféodés à Washington ou Paris – Kadhafi était imprévisible. Il pouvait se montrer violent et vengeur un mois et offrir le mois suivant des concessions à ceux qu’il avait offensé. La vie de Kadhafi avait toujours été déterminée, et dans une grande mesure disloquée, par sa constante nécessité de « poser ». Il avait une grande capacité à s’auto-illusionner et à la fantaisie la plus extrême afin de s’élever, selon lui, à un état moral et idéologique qu’il n’a jamais eu. Après sa réhabilitation aux yeux des impérialistes, les conseillers occidentaux l’ont convaincu de s’ouvrir au marché « libre », d’accorder des facilités aux grandes entreprises pétrolières et d’ouvrir la côte vierge libyenne à l’industrie touristique mondiale. Kadhafi a accepté mais à continuer à être aussi erratique. Il pensait qu’il pouvait toujours convaincre les puissances occidentales de le financer et il a à son tour contribué aux fonds de campagne électorale de Sarkozy ou au soutien de la « London School of Economics ». (…)

Les vices et les défauts les plus graves de Kadhafi – mettre des obstacles à la construction d’une infrastructure sociale adéquate en dissolvant ainsi les loyautés tribales ; réprimer brutalement les islamistes dissidents – étaient clairement évidentes durant les premières semaines du soulèvement en Libye, en février 2011. Mais dès qu’il s’est rendu compte que l’Occident avait décidé de se passer de ses services, il s’est montré disposé à négocier [3]. La fable des raisons humanitaires pour l’intervention militaire de l’OTAN, selon laquelle Kadhafi était déterminé à massacrer son peuple, s’est basée en grande partie sur un rapport d’Al-Jazeera selon lequel la force aérienne libyenne avait mitraillé des manifestants. Cette information s’est révélée être un montage, comme l’ont reconnus devant le Congrès des Etats-Unis le Secrétaire à la Défense Robert Gates et l’amiral Michael Mullen. Il n’y a pas eu non plus de massacres à Misurata, Zawiya et Adjedabia, quand les forces du gouvernement reprirent ces villes. L’avertissement de Kadhafi du 17 mars, où il déclarait qu’il allait agir sans pitié, se référait explicitement aux rebelles armés de Benghazi, tout en leur offrant l’issue d’une amnistie et d’une échappatoire à travers la frontière avec l’Egypte pour ceux qui remettraient leurs armes.

Malgré la nature brutale du régime de Kadhafi, il y a peu d’évidences que les bombardements de l’OTAN ont « empêché un génocide », un « autre Rwanda » ou, comme Obama l’a affirmé : « Si nous attendons un jour de plus, Benghazi pourrait connaître un massacre dont l’impact rejaillira dans toute la région et entachera la conscience du monde » [4]. Moins de 1.000 personnes étaient mortes avant que l’OTAN ne commence ses attaques aériennes mais, selon certaines estimations, c’est entre 8.000 et 10.000 personnes qui sont mortes au cours des bombardements qui ont duré six mois. Les avions de l’OTAN n’ont en rien « protégés les civils », ils ont attaqué les forces de Kadhafi où qu’elles se trouvaient.

La guerre a laissé un pays divisé et fortement armé, avec le pouvoir aux mains de ceux qui exercent le monopole de la violence sur leur territoire, qui est dans une grande mesure hors de contrôle du Congrès National Général élu en juillet 2012 – on dit que le Qatar a financé les deux principaux partis rivaux. [5] Le consulat des Etats-Unis à Benghazi, avec son annexe de la CIA, a été attaqué par des membres de milices libyennes en septembre 2012, provoquant ainsi la mort de l’ambassadeur [6]. Pendant ce temps, l’avenir de l’Entreprise Nationale de Pétrole (CNP) est toujours un secret, malgré les proclamations en faveur d’une « gouvernance transparente ». Le pétrole libyen représente 3,5% des réserves mondiales et si le CNP est privatisé, les acheteurs potentiels ne manqueront pas.

Fin de jeu en Syrie

D’une bien plus grande importance géostratégique est l’Etat policier baasiste de Syrie, qui a joué un rôle ambigu dans la région en soutenant le Hezbollah au Liban et le Hamas en Palestine depuis plusieurs années, tout en se résignant à l’occupation israélienne de sa zone sud-ouest et en s’enrôlant aux côtés des Etats-Unis contre l’Irak. Dans certains cas, il a démontré être moins docile aux ordres qui émanent des Etats-Unis que la majorité des Etats de la région. Il n’a pas tenté de collaborer avec Israël et l’Occident comme le font la Turquie et la Jordanie et n’a pas vu sa souveraineté réduite comme l’Egypte. Vingt ans après la fin de la Guerre froide, Damas s’arrange toujours pour disposer d’une certaine marge de manœuvre, bien que de plus en plus réduite, entre l’OTAN et la Russie. L’Iran a été un soutien dans sa lutte contre les Saoudiens au Liban. Si le régime de Bashar Al-Assad est plus rationnel que celui de Kadhafi, ses options sont limitées par la crainte de représailles de la majorité sunnite contre les minorités alaouite et chrétienne qui ont toujours dirigé l’Etat.

Pendant de nombreux mois, les protestations populaires furent pacifiques et la force du mouvement n’a cessé de croître d’une manière pas très différente de la Première Intifada palestinienne. Mais les espérances initiales que l’escalade du soulèvement et sa popularité évidente allaient forcer le régime à négocier – on demandait des élections pour assemblée qui rédigerait une nouvelle Constitution – ne se sont jamais concrétisées. Il existe certains indices qui indiquent qu’une minorité au sein du régime était en faveur de cette voie, mais Assad, qui tente d’imiter l’autoritarisme intransigeant de son père, était convaincu que la moindre concession serait fatale.

L’établissement de camps d’entraînement de l’Armée Syrienne Libre en Turquie à l’été 2011, l’intérêt déclaré de l’Arabie Saoudite au renversement du régime baasiste – l’opinion du roi saoudien selon laquelle « rien ne pourrait mieux affaiblir l’Iran que de lui faire perdre la Syrie » est partagée en Israël, qui souhaite voir également la chute du Hezbollah - et les fournitures d’armes et de fonds de Ryad et du Qatar aux islamistes de Syrie via la Jordanie (sous la supervision de la CIA) ne peuvent que conforter l’opinion du régime qu’il s’agit d’une offensive sunnite soutenue par des puissances étrangères et renforcer ainsi son intention de ne pas céder et de se défendre par des moyens militaires [7].

Tout comme en Libye, le gouvernement d’Obama est en train de tirer les ficelles en coulisses en poussant l’opposition à accepter un consensus qui permette d’établir un gouvernement semi-fantoche, comme en Irak, tandis que des Arabes se massacrent et s’affaiblissent mutuellement sur le terrain. L’opposition à Assad n’entraîne pas nécessairement une intervention occidentale directe, mais dès que l’OTAN entrerait dans la danse, quel que soit le gagnant en Syrie, c’est le peuple qui perdra. La déclaration des Comités de Coordination Locale de Syrie du 29 août 2011 était ambigüe sur cette question. Un gouvernement de transition imposé, une élection préfabriquée comme feuille de vigne et un leader texan-syrien parachuté comme nouveau premier ministre ne pouvaient absolument pas résoudre la misère sociale des populations rurales pauvres qui furent la pierre angulaire du mouvement de protestation [8]. Même à cette étape-ci, une solution négociée serait la meilleure manière de se défaire d’Assad et de ses sbires. Mais il semble que le sort en soit jeté : l’Empire veut la chute du régime.

Islamistes au pouvoir

Le contraste entre l’Algérie en 1991 et l’Egypte et la Tunisie post-2011 réside dans l’acceptation prudente de Washington à permettre à des islamistes modérés parviennent au pouvoir, mais à l’ombre de l’armée et du ministère de l’Intérieur. La description faite par Bayat de ces forces comme étant « post-islamistes » dont l’objectif et d’instaurer une société pieuse élude la véritable politique en jeu. Le modèle est celui de l’AKP de Turquie : une économie néolibérale, des liens étroits avec Washington et une connivence de facto avec l’occupation israélienne de la terre palestinienne. Il se peut qu’il soit encore trop tôt pour faire un bilan du gouvernement des Frères Musulmans en Egypte ou de l’Ennahda en Tunisie, mais leur attitude jusqu’ici est instructive. Les conversations entre les fonctionnaires étatsuniens et les Frères égyptiens se sont accélérées aussitôt que le CSFA avait expulsé Moubarak du pouvoir. Khairat Al-Shater, principal idéologue des Frères n’a jamais raté une occasion d’affirmer qu’il voulait « continuer à approfondir » la relation stratégique de l’Egypte avec Washington, qu’il respecterait le traité signé par Sadat avec Israël et qu’il accomplirait les accords de fourniture de pétrole et de gaz à prix préférentiels avec ce pays [9].

Cependant, quand eurent lieu les élections présidentielles de juin 2012, le CSFA s’est arrangé pour trouver un candidat de l’ancien régime - Ahmed Shafik, dernier premier ministre de Moubarak – et s’est assuré que ce dernier obtienne un vote suffisamment élevé pour que le Département d’Etat puisse avoir, au moins, une autre option. S’ils ne parvenaient pas à s’entendre avec Mohammed Morsi et les Frères, ils pourraient toujours compter sur Shafik tandis que les militaires écraseraient les protestations populaires. Le 24 juin 2012, une semaine après les élections, la tension fut désactivée. Washington donna son feu vert à la victoire de Morsi et la Commission électorale a sanctifié formellement le triomphe électoral des Frères Musulmans. Dans sa première visite pour baiser les mains à la Maison Blanche, Morsi a ronronné ; « Le Président Obama a été très utile, très aimable. Tout ce que je peux dire c’est que ses actions coïncident avec ses intentions. Nous avons discuté de questions comme le cessez-le-feu, qui est très important, pour ensuite pouvoir parler des divergences entre Palestiniens et Israéliens (…) Les deux parties parlent de leurs divergences. Nous voulons qu’elles parlent de leurs similitudes. C’est à cela que nous travaillons maintenant dans la mesure de nos forces » [10].

Le « travail » en question inclut la surveillance des frontières de Gaza et la fermeture des tunnels qui constituent l’unique soutien économique pour les deux millions d’habitants enfermés dans ce ghetto géant. Morsi s’était engagé à les fermer définitivement en septembre 2012. L’armée égyptienne a commencé à les inonder avec des eaux sales [11].

En Tunisie, Ennahdha et son leader Rachid Ghannouchi s’efforcent de consolider leur contrôle sur le pays, dix huit mois après les élections d’octobre 2011. La situation constitutionnelle est encore fluide, et le nouveau projet n’a pas encore été ratifié. La situation économique s’est détériorée, avec un taux de chômage de 17%, une augmentation de l’inflation et, malgré les promesses de rares changements dans l’intérieur appauvri du pays et dans sa zone sud, traditionnellement délaissée. Les conditions d’un prêt du FMI, toujours en phase de négociation, incluent des coupes dans les subventions aux combustibles et l’augmentation de la TVA. La stagnation économique et les luttes armées au Mali et en Syrie ont contribué à renforcer les milices salafistes, qui ont prises pour cible la fédération syndicale UGTT, qui avait cohabité pendant des années avec le régime de Ben Ali avant de se mobiliser contre lui en janvier 2011. L’assassinat de la figure la plus populaire de la gauche du pays, Choukri Belaïd, en février 2013, dont Ennahdha nie toute responsabilité, a donné lieu à une manifestation funèbre massive et à des affrontements de rue qui ont provoqué la démission du Premier ministre Hamadi Jebali, secrétaire général d’Ennahdha. Ce dernier avait proposé un gouvernement national composé de technocrates, avec la démission d’Ennahdha jusqu’à la promulgation de la nouvelle constitution et de nouvelles élections – un plan soutenu par l’UGTT, l’armée, le patronat et les ambassades occidentales et algérienne. Mais Ghannouchi l’a remplacé par un islamiste dur, Ali Laarayedh.

La crise a provoqué un intense débat politique dans la gauche laïque pour savoir si l’objectif réel d’Ennahdha, malgré son apparente modération, consiste à établir un régime autoritaire et confessionnel et à marginaliser ses opposants laïcs par la répression et les assassinats. Il ne fait aucun doute qu’à l’intérieur d’Ennahdha existe un courant qui favorise ce cours. Personnellement, Ghannouchi, plus astucieux que Morsi (ce qui n’est pas très difficile) se déclare être en faveur du modèle turc. Dans son cas, cela signifie mettre Paris de côté et établir des relations étroites avec Washington.

Une révolution longue ?

A l’apogée du panarabisme, quand Nasser se permettait de nationaliser le Canal de Suez, de résister à l’attaque vengeresse anglo-franco-israélienne et de répondre à la pression économique occidentale en faisant appel aux Soviétiques pour aider à la construction du barrage d’Assouan, les Frères Musulmans s’alignaient alors de manière déterminée sur les objectifs de l’impérialisme occidental. Les Frères ont tenté à trois reprises d’assassiner Nasser ce qui a entraîné l’interdiction de l’organisation, l’arrestation de ses dirigeants et la lamentable exécution de son idéologue le plus capable et retors, Sayyid Qutb. Pendant toute la Guerre froide, les groupes islamistes du monde musulman ont accepté le financement étatsunien par divers canaux, l’un d’eux étant le régime wahhabite d’Arabie Saoudite, afin d’organiser leur électorat contre le « communisme athée ». Les références à ces organisations dans les manuels de science politique étatsuniens étaient alors très favorables. Pendant un demi-siècle, les nationalistes arabes, les socialistes, les communistes et autres furent engagés dans une lutte ouverte avec les Frères Musulmans pour l’hégémonie dans le monde arabe. Ce n’est peut être pas agréable de l’admettre, mais ce combat a été gagné par les Frères.

Mais les fruits de leur victoire furent retardés puisqu’elle coïncida avec l’écrasement de la Première Intifada par Israël et par la progression militaire de Washington en Asie Centrale, traçant ainsi un arc belliqueux en terres musulmanes qui va de la Méditerranée orientale jusqu’à Kaboul. Le « post-islamisme » d’Ankara – et, semble-t-il aussi du Caire – a démontré être capable d’avaler y compris cette pilule amère. Abandonnés par les Etats arabes, les Palestiniens ont été défaits non seulement militairement mais aussi politiquement. Les Accords d’Oslo (1992) ont eu un résultat encore plus désastreux que leur caractérisation faite par Edward Saïd à l’époque comme un « Versailles palestinien ». Bien qu’il existe toujours un mini-Etat bantoustan palestinien, toute idée d’une solution équitable de deux Etats a été écartée, avec la connivence de la direction de l’OLP et de sa police secrète en échange de l’enrichissement de sa bureaucratie. Il serait préférable d’abandonner la fiction selon laquelle l’Autorité palestinienne est quelque chose de plus qu’un complément de l’armée israélienne qui offre un stock de dignitaires pour les promener et les exhiber en tant que « bons Palestiniens ». Il conviendrait mieux de reconnaître froidement les réalités du jour et de déclarer que les Palestiniens sont des citoyens sans droit dans un unique Etat binational.

Ce qui est évident, c’est que les espérances de ceux qui ont sacrifié leurs vies dans les premiers jours vertigineux du Printemps arabe sont encore loin de se réaliser. Les appareils coercitifs sont toujours intacts et, au lieu d’offrir un quelconque type de palliatif social-démocrate, les gouvernements de Morsi et de Ghannouchi sont sous la pression de l’Occident afin de cesser de subventionner les aliments et les combustibles. Les promesses de « justice sociale » des Frères Musulmans sont toujours aussi intentionnellement vagues. Pendant ce temps, cette organisation courtise avec enthousiasme les investisseurs étrangers et Al-Shater à demandé à une banque, en partie propriété du fils de Moubarak, qu’elle organise des réunions avec les financiers occidentaux pendant que d’autres Frères vont l’éloge des politiques économiques de Moubarak [12].

Ces deux partis islamistes sont conscients que leurs victoires électorales furent possibles grâce aux révoltes, auxquelles ils se sont joints seulement après avoir été assurés de leur succès. La capacité des masses à renverser deux présidents leur ont donné une force intérieure et la conscientisation atteinte ne s’est pas évaporée dans ces deux pays, ce qui constitue toujours un obstacle réel qui empêche ces gouvernements d’agir de manière trop excessive ou rapide.

L’une des leçons offertes par les révoltes dans ces deux pays est que sans un instrument politique ou sans la création de nouvelles institutions à partir d’en bas, les gens votent pour ce qui leur semble être la meilleure offre. En Egypte, les Frères Musulmans ont collaboré avec le régime de Moubarak tout en lui résistant. Il acceptait la carotte et aussi la torture, et les souvenirs de cette dernière ont aidé à les pousser au pouvoir. Mais leur avenir dépendra de leur capacité à faire face à l’énorme crise sociale sous-jacente aux explosions de 2011.

Bayat conclu ses réflexions sur les premiers résultats du Printemps arabe avec quelques commentaires plus généraux sur les moyens possibles et souhaitables du changement social fondamental existants aujourd’hui. Dans un virage surprenant, il associe le terme de « réfolution » - créer « un environnement plus favorable à la consolidation de la démocratie électorale » – avec le concept élaboré par Raymond Williams de « révolution longue ». Nous avons ici, écrit-il, « une autre compréhension du terme ‘révolution’ », et c’est bien le cas. Parce que pour Williams, la révolution serait longue dans son élaboration, et même encore plus longue dans l’accomplissement de ses fins, précisément de par la portée et la profondeur des transformations prévues ; mais elle ne serait pas « graduelle » dans le sens que les réformistes et les éclectiques d’aujourd’hui proposent. « La condition pour le succès d’une révolution longue est une révolution brève et décisive » écrivait-il [13]. Cette dernière peut survenir tôt ou tard dans la séquence, mais ce moment est indispensable. Le cadre conceptuel de la révolution longue offre un moyen pour résister, dans la théorie et dans la pratique, à la réduction des expectatives – un horizon limité à l’obtention du suffrage universel, d’un niveau de vie déterminé… - qui constitue en elle-même un grave obstacle au progrès démocratique, industriel et culturel affirme Williams.

D’autre part, il a proposé une mesure pour les conditions réelles de développement et a exigé d’identifier et de contrecarrer les forces – « les agences du pouvoir et le capital, la distraction et la désinformation » - qui opèrent continuellement afin de bloquer ou de limiter tout progrès [14]. La coexistence avec ces forces, comme le propose Bayat, n’est pas une option.

Source : http://newleftreview.org/II/80/tariq-ali-between-past-and-future
Traduction française pour G. Cluseret

Autres articles de cette série :

Notes :


[1Timothy Garton Ash, « Refolution, the Springtime of Two Nations », New York Review of Books , 15.6.1989

[3Quelques heures après que le Conseil de sécurité de l’ONU n°1973 approuve, le 17 mars 2011, la résolution 1973, Kadhafi a offert un cessez-le-feu en conformité avec la résolution, ce qui fut immédiatement rejeté par le Conseil National de Transition avec le soutien de l’Occident. Obama a alors exigé d’autres conditions, équivalentes à une reddition inconditionnelle et a ignoré les trois offres suivantes de cessez-le-feu de Kadhafi (avril, mai et juin).

[4Hugh Roberts, « Who Said Gaddafi Had to Go ? », lrb , 17.11.2011.

[5Patrick Haimzadeh, « Libya’s Unquiet Election », Le Monde diplomatique, juillet 2012

[6Selon l’ex-amante du général Petraus, Paula Broadwell, la CIA avait des prisonniers dans cette annexe et elle considérait cette attaque comme une tentative de les libérer. Voir Max Fisher, « Why did Paula Broadwell think the CIA had taken prisoners in Bengasi ? »,Washington Post World Views blog, 12.11.2012

[7C. J. Chivers et Eric Schmitt, « Arms Airlift to Syria Rebels Expands, with Aid from CIA », New York Times, 24.3.2013. Par rapport aux propos du roi Saoud, voir John Hannah, « Responding to Syria : The King’s Statement, the President’s Hesitation », Blog de « Foreign Policy », 9.8.2011, cité dans Tug˘al, « Democratic Janissaries ? Turkey’s Role in the Arab Spring », New Left Review n°76, Jul–Aug 2013, pp. 16–7.

[8Sobre Ghassan Hitto, voir Franklin Lamb, « A Draft-Dodging, Zionist Friendly, Right-wing Texan Islamist to lead Syria ? », CounterPunch , 22–24.3.2013

[9« Khairat Al-Shater to Al-Ahram : We Are Not at War with Anyone », Al-Ahram , 29.1.2012 ; voir aussi ; « Khairat Al-Shater : The Brother Who Would Run Egypt », The Wall Street Journal , 23.6.2012

[10 « We’re Learning How to Be Free », Time , 28.11.2012.

[11« To Block Gaza Tunnels, Egypt Lets Sewage Flow », New York Times , 20.2.2013

[12Avi Asher-Schapiro, « The GOPBrotherhood of Egypt », Salon.com, 24.1.2012

[13Raymond Williams, « Politics and Letters », Londres 1979, pp. 420–1.

[14Raymond Williams, « The Long Revolution », London 1961, pp. 12–13