Un nouveau cycle de luttes dans le monde ? (III) — La révolution à marée basse

Asef Bayat 25 août 2013

Le coup d’Etat contre-révolutionnaire en Egypte, les vives tensions en Tunisie et l’évolution de plus en plus dramatique du processus en Syrie posent la question d’un « bilan » et d’une évaluation provisoire du dit « Printemps arabe » et, surtout, de la caractérisation de ce dernier. C’est ce que tente Asef Bayat - professeur de sociologie et d’études sur le Moyen Orient à l’Université de l’Illinois - dans ce texte en développant, à partir d’une perspective historique comparative, le concept de « réfolution ». Nous publions également par la suite une réponse à ce texte faite par l’écrivain et essayiste de gauche Tariq Ali. A noter que ce débat s’est déroulé avant le coup d’Etat militaire en Egypte. (Avanti4.be)

En 2011, les révoltes arabes furent célébrées comme des événements capables de changer le monde et de remodeler d’une nouvelle manière l’esprit de notre époque politique. La surprenante propagation de ces soulèvements de masses, suivis ensuite par les protestations « Occupy », ont dissipé les doutes que pouvaient avoir les observateurs de gauche sur le fait que nous étions en présence d’un phénomène sans précédent : «  quelque chose de totalement nouveau », « illimité », un « mouvement sans nom », des révolutions qui annonçaient une nouvelle voie vers l’émancipation.

Selon Alain Badiou, la Place Tahrir et tout le mouvement qui s’y déroula – luttes, barricades, campement, débats, approvisionnement et soins aux blessés – constituait le « communisme du mouvement », postulé comme une alternative à l’Etat traditionnel libéral-démocratique ou autoritaire, un concept universel qui annonçait une nouvelle manière de faire la politique, une véritable révolution. Pour Slavoj Žižek, seuls ces événements politiques « radicalement neufs », sans organisations hégémoniques, leaders charismatiques ou appareils de partis, pouvaient créer ce qu’il appela la « magie de Tahrir ». Pour Hardt et Negri, le printemps arabe, les protestations des indignés en Europe et « Occupy Wall Street » exprimaient la soif des multitudes pour une « démocratie réelle », un modèle politique différent qui pourrait remplacer son incurable version libérale, usée jusqu’à la corde par le capitalisme des multinationales. Ces mouvements, en somme, représentaient « les nouvelles révolutions mondiales » [1].

« Neuves », sans doute, mais que nous dit cette « nouveauté » sur la nature de ces soulèvements politiques ? Quelle valeur leur attribue-t-elle ? De fait, pendant que ces évaluations pleines de confiance circulaient aux Etats-Unis et en Europe, les protagonistes arabes eux-mêmes s’angoissaient sur la destinée de leurs «  révolutions », craignant les dangers d’une restauration conservatrice ou leur séquestration par des aventuriers opportunistes.

Deux ans après la chute des dictateurs en Tunisie, en Egypte et au Yémen, il n’y a pas eu de changements significatifs dans les institutions de ces pays ou sur les bases du pouvoir des vieilles élites. La police, l’armée et le pouvoir judiciaire, les médias contrôlés par l’Etat, les élites patronales et les réseaux clientélistes des vieux partis gouvernants se sont maintenus plus ou moins intacts. Le fait que l’armée ayant provisoirement géré le pouvoir en Egypte en imposant l’interdiction des grèves et en traînant devant les tribunaux militaires plus de 12.000 activistes, suggère que ces « révolutions » renferment quelque chose d’étrange.

Dans un certains sens, ces réactions contraires – les odes et les lamentations – reflètent la réalité paradoxale des « révolutions » arabes, si nous entendons le terme « révolution » dans le sens, à minima, d’une transformation rapide et radicale de l’Etat impulsée par des mouvements populaires à la base. Les opinions polarisées sont le reflet de la profonde séparation entre deux dimensions clés de la révolution ; le mouvement et le changement. Les récits laudatoires se sont principalement centrés sur la « révolution en tant que processus », dans les grands épisodes dramatiques de solidarités et de sacrifices, d’altruisme et d’objectifs communs, la « communitas » de Tahrir. L’attention se concentre ici dans ces moments extraordinaires qui sont le propre de toutes les mobilisations révolutionnaires, quand les attitudes et les comportements se transforment soudain : les divisions sectaires s’évanouissent, l’égalité des genres règne et l’égoïsme recule, les classes populaires démontrent une capacité notable d’invention dans l’activisme, dans l’auto-organisation et dans le processus démocratique de prise de décision.

Ces épisodes significatifs méritent sans aucun doute d’être soulignés et documentés, cependant, l’emphase mise sur la « révolution en tant que processus » a servi à obscurcir la nature particulière de ces « révolutions » en termes de changement, en laissant à la marge sur ce qui se passe concrètement après la chute des dictateurs. Cela peut même servir à occulter les paradoxes de ces soulèvements, modelés par de nouveaux temps politiques dans lesquels les grandes visions et utopies émancipatrices ont cédé la place à des projets fragmentaires, à l’improvisation et à des réseaux horizontaux imprécis.

Stratégies transformatrices

Vivons-nous réellement des temps de révolution ? Dans un certain sens, oui. La crise de la démocratie libérale occidentale et l’absence de gouvernements responsables dans bon nombre de pays, couplée à l’augmentation des inégalités et aux privations qui affectent d’importants secteurs de la population mondiale - y compris les secteurs éduqués et qualifiés -, tout cela a créé une véritable voie sans issue politique et a renforcé la nécessité d’un changement drastique.

Il y a 10 ans, David Harvey avait souligné ce malaise, argumentant que le monde avait plus que jamais besoin d’un « Manifeste Communiste » [2]. Mais, alors comme aujourd’hui, un monde qui a besoin de révolutions ne signifie pas qu’il ait la capacité de les générer s’il ne dispose pas des moyens et de la vision nécessaires pour une transformation fondamentale. Dans un autre sens, en conséquence, il se pourrait que nous ne soyons pas tant à une époque de révolutions qu’à une époque de paradoxes, une époque où la possibilité de la « révolution en tant que changement » - c’est-à-dire la transformation rapide et radicale de l’Etat – a été totalement minée alors que la « révolution en tant que mouvement » abonde de manière spectaculaire. Les soulèvements arabes expriment cette anomalie. On ne peut donc pas s’étonner que leurs trajectoires – sauf dans les cas de la Libye et de la Syrie, où ils ont pris la forme de guerres révolutionnaires médiatisées par l’intervention militaire étrangère – ne ressemblent à aucune autre voie connue de changement politique : réforme, insurrection ou implosion. Ils semblent avoir leur caractère propre.

Historiquement, les mouvements sociaux et politiques qui suivent une stratégie réformiste ont tendance à organiser une campagne de pression soutenue sur le régime au pouvoir afin que ce dernier mène à bien des réformes, en utilisant pour cela les institutions existantes de l’Etat. En se basant sur leur pouvoir social – la mobilisation des classes populaires – les mouvements d’opposition obligent la classe politique à réformer ses lois et ses institutions, souvent à travers d’un compromis négocié. Le changement a donc lieu dans le cadre de ces accords politiques. La transition vers la démocratie de pays comme le Brésil et le Mexique dans les années 1980 fut de cette nature. La direction du mouvement vert iranien suit une voie réformiste similaire. Dans cette trajectoire, la profondeur et la portée des réformes peut varier : le changement peut être superficiel, mais il peut également être profond s’il prend la forme d’une somme de réformes légales, institutionnelles et politico-culturelles.

La voie insurrectionnelle, quant à elle, requiert au contraire un mouvement révolutionnaire constitué tout au long d’un processus relativement long dans le temps et le développement d’un leadership et d’une structure organisationnelle reconnus ainsi que d’un programme pour le nouvel ordre politique. Tandis que le régime au pouvoir déploie sa police ou son appareil militaire pour résister à tout changement, les désertions commencent à diviser le bloc gouvernant. Le camp révolutionnaire progresse, attire les déserteurs, forme un gouvernement clandestin et construit des structures de pouvoir alternatives. Tout cela établit des limites à la capacité de l’Etat pour gouverner son propre territoire, se créant ainsi une situation de « double pouvoir » entre le régime et l’opposition qui, généralement, possède un leader charismatique du type de Lénine, Mao, Khomeiny, Walesa ou Havel. La révolution est alors victorieuse quand la situation de double pouvoir culmine dans une bataille insurrectionnelle dans laquelle le camp révolutionnaire prend le pouvoir par la force, supprime les vieux organismes de sécurité et établit de nouveaux. Il y a ici une réforme intégrale de l’Etat, avec u nouveau personnel, une nouvelle idéologie et un mode alternatif de gouvernement. La révolution cubaine de 1959, la révolution sandiniste au Nicaragua et la révolution iranienne, toutes deux en 1979, furent des exemples de cette voie insurrectionnelle. Le régime de Kadhafi a été confronté à une insurrection révolutionnaire sous la direction du Conseil National de Transition qui, avec le soutien de l’OTAN, a libéré Benghazi et capturé Tripoli.

Il existe une troisième possibilité : « l’implosion du régime ». Une révolte peut prendre de l’ampleur à travers des grèves ou d’autres formes de désobéissance civile, ou au moyen de la guerre révolutionnaire, parvenant à encercler progressivement la capitale en provoquant finalement l’implosion du régime, sa désorganisation et son effondrement au milieu des défections et du désordre le plus total. A sa place, les élites alternatives forment rapidement de nouveaux organes de pouvoir, souvent en pleine confusion et désordre, aux mains de personnes ayant peu d’expérience dans la fonction publique. Le régime de Ceausescu, en Roumanie, s’est écroulé au milieu de la violence et du chaos politique en 1989 mais il fut remplacé par un ordre politique et économique très différent sous le contrôle d’un organisme récemment établi, le Front de Salut National, dirigé par Ion Iliescu. Tant dans l’insurrection que dans l’implosion, les tentatives de transformer le système politiques n’opèrent pas au travers des institutions étatiques existantes mais bien en dehors d’elles, à la différence de la voie réformiste.

Mouvements sui generis

Les « révolutions » égyptienne, tunisienne et yéménite n’ont rien eu de comparable avec une quelconque de ces voies. Une première particularité à souligner est leur rapidité. En Egypte et en Tunisie, de puissants soulèvements de masses sont parvenus très rapidement à des résultats : En un mois pour les Tunisiens en seulement dix huit jours pour les Egyptiens, ils sont parvenus à déloger d’anciens gouvernants autoritaires et à démanteler une série d’institutions qui leurs étaient liés – entre autres leurs partis politiques, organes législatifs et une série de ministères -, et à s’engager dans des politiques de réformes constitutionnelles et politiques.

Ces conquêtes furent arrachées d’une manière qui fut, en termes relatifs, notablement civique et pacifique, ainsi que rapide. Mais ces victoires rapides – à la différence des révoltes prolongées au Yémen et en Libye, ou celles du Bahreïn et de Syrie, qui continuent – ont laissé peu de temps pour que les oppositions respectives construisent leurs propres organes parallèles de gouvernement, si tant est qu’elles en auraient eu l’intention. Par contre, les révolutionnaires voulaient que les institutions du régime – l’armée égyptienne, par exemple - mènent à bien des réformes substantielles au nom de la révolution : modifier la constitution, organiser des élections, autoriser les partis politiques et instaurer un gouvernement démocratique. Là réside une anomalie fondamentale de ces révolutions : elles jouissaient d’un énorme prestige social, mais manquaient d’autorité administrative ; elles ont atteint un degré notable d’hégémonie, mais ne sont pas réellement parvenues à gouverner.

Ainsi, les régimes au pouvoir ont continué, plus ou moins intacts ; il y a eu peu d’institutions étatiques nouvelles ou des moyens de gouverner nouveaux qui pouvaient incarner la volonté de la révolution. Dans la mesure où de nouvelles structures ont émergé, elles furent rapidement occupées non par les révolutionnaires mais par des opportunistes, autrement dit des courants politiques traditionnellement bien organisés dont les leaders étaient resté initialement en marge des luttes contre les dictatures.

Il est vrai que les révolutions en Europe centrale et orientale de 1989 furent également étonnamment rapides et, dans leur majeure partie, non violentes ; celle d’Allemagne de l’Est a duré dix jours, celle de Roumanie seulement cinq jours. Mais, à la différence de l’Egypte, du Yémen ou de la Tunisie, elles réalisèrent une transformation complète de leurs systèmes politiques et économiques nationaux. Cela pourrait s’expliquer en disant que la distance entre ce que le peuple avait - un Etat communiste à parti unique et une économie dirigée par lui – était tellement radicalement différent de ce qu’elle souhait – une démocratie libérale et une économie de marché – que la trajectoire de changement devait forcément être révolutionnaire. Toute réforme intermédiaire et superficielle aurait facilement été perçue comme telle et aurait du faire face à de fortes résistances [3]. Il s’agissait donc de quelque chose de très différent du « modèle » révolutionnaire en Egype ou en Tunisie, où les demandes de « changement », de « liberté » et de « justice sociale » se définissaient d’une manière tellement vague que la contre-révolution a pu se les approprier.

Dans ce sens, les expériences en Egypte et en Tunisie ressemblent plus à celle de Géorgie, de la « révolution Rose » de 2003, ou de la « révolution Orange » en Ukraine de 2004-2005 où, dans les deux cas, un mouvement populaire massif et soutenu a renversé les gouvernements corrompus existants. Dans ces deux cas, la trajectoire fut, en réalité, plus réformiste que révolutionnaire.

Il y avait cependant un aspect plus prometteur dans les soulèvements arabes, une puissante et plus profonde impulsion révolutionnaire et d’une plus grande portée que dans les protestations en Géorgie ou en Ukraine. En Egypte et en Tunisie, le départ des dictateurs et de leurs appareils de coercition a cédé la pas à un espace de liberté sans précédent pour les citoyens, surtout pour les classes populaires, afin de récupérer leur société et s’auto-affirmer. Tout comme dans la majorité des situations révolutionnaires, une énorme énergie a été libérée et une sensation incomparable de rénovation a transformé la sphère publique. Les partis politiques interdits sont sortis de l’ombre et de nouveaux ont été créés – au moins douze en Egypte et plus d’une centaine en Tunisie. Les organisations sociales se sont fait entendre encore plus et des initiatives populaires significatives ont émergé. La menace de persécutions disparue, les travailleurs ont combattu pour leurs droits et les grèves et les actions spontanées ont éclaté par douzaines. En Tunisie, les syndicats existant ont assumé un rôle encore plus important.

En Egypte, les travailleurs ont fait pression pour obtenir de nouveaux syndicats indépendants : la Coalition des Travailleurs de la Révolution du 25 Janvier a affirmé les principes de cette révolution ; changement, liberté, justice sociale. Les petits agriculteurs ont demandé des syndicats indépendants ; les habitants des banlieues pauvres du Caire ont commencé à construire leurs premières organisations autonomes ; des groupes de jeunes ont lutté pour améliorer les infrastructures précaires, élaborer des projets civiques et récupérer leur dignité. Les étudiants sont sortis dans les rues pour exiger que le Ministère de l’enseignement révise leurs programmes d’études. De nouveaux groupes se sont formés – en Egypte, le Front Révolutionnaire de Tahrir ; en Tunisie, l’Organe Suprême pour la Réalisation des Objectifs de la Révolution – afin d’exercer une pression sur les autorités post-révolutionnaire afin de réaliser des réformes significatives.

Bien entendu, tout cela représente des niveaux de mobilisation populaire propres à ces temps exceptionnelles. Mais l’extraordinaire sensation de libération, l’impulsion de l’auto-réalisation, le rêve d’un ordre social juste ; en définitive, le désir de quelque chose de totalement nouveau, est ce qui a défini l’esprit de ces révolutions. Cependant, à mesure que ces masses avançaient bien souvent plus loin que ses élites se fit plus évidente la principale anomalie de ces révolutions : la distance entre la soif révolutionnaire du « neuf » et une trajectoire réformiste qui pouvait conduire à l’enracinement de l’ « ancien ».

Réfolutions ?

Ainsi donc, comment pouvons-nous apprécier la signification des révoltes arabes, deux après l’expulsion de Moubarak et de Ben Ali ? Jusqu’à maintenant, les monarchies Jordanie et du Maroc ont opté pour des réformes politiques mineures. Au Maroc, le changement constitutionnel a permis que le leader du parti majoritaire du Parlement forme le gouvernement. En Syrie et au Bahreïn, une bataille prolongée contre le pouvoir répressif de ces deux régimes a conduit les révoltes à opter pour une voie insurrectionnelle dont les résultats sont encore incertains. Le régime libyen a été renversé par une guerre révolutionnaire violente. Mais les révoltes en Egypte, au Yémen et en Tunisie ont eu une trajectoire spécifique, qui ne peut se caractériser ni comme une « révolution » dans le plein sens du terme ni simplement en termes de mesures « réformistes ». A la place de ces caractérisations, il peut être sensé de parler de « réfolutions » : des révolutions qui ont comme objectif d’impulser des réformes à l’intérieur et au travers des institutions du régime existant [4].

En tant que telles, les « réfolutions » incarnent des réalités paradoxales. Elles possèdent l’avantage d’assurer une transition ordonnée, d’éviter la violence, la destruction et le chaos, autrement dit, des maux qui augmentent considérablement le coût du changement. Les excès révolutionnaires, le « règne de la terreur » et les jugements sommaires peuvent être évités. Cependant, la possibilité d’une véritable transformation au travers de réformes du système et de pactes sociaux dépendra de la mobilisation permanente et de la vigilance des organisations populaires – couches populaires, associations civiques, syndicats, mouvements sociaux, partis politiques – afin d’exercer une pression constante. Dans le cas contraire, les « réfolutions » courent le risque permanent d’une restauration contre-révolutionnaire, précisément parce que la révolution n’a pas atteint les institutions clés du pouvoir d’Etat.

On peut facilement imaginer comment les intérêts puissants, lésés par la radicalité des soulèvements populaires, tentent désespérément de se réorganiser, de saboter et de diffuser une « propagande noire ». Les élites battues peuvent propager le cynisme et la peur par l’invocation du « chaos » et de l’instabilité afin de générer la nostalgie des temps « sûrs » de l’ancien régime. Les ex hauts fonctionnaires, les anciens apparatchiks de parti, les rédacteurs en chef, les hommes d’affaires de haut niveau et les membres des services de sécurité et de renseignement peuvent s’infiltrer dans les institutions du nouveau pouvoir et de la propagande pour changer les choses en leur faveur.

Au Yémen, les éléments clés de l’ancien régime sont restés intacts, en dépit du fait que souffle un air de liberté et d’activisme indépendant qui promet d’impulser la réforme politique. Les vieux groupes dirigeants et les mafias économiques de Tunisie sont disposés à lutter pour bloquer la voie à un changement authentique, et ils disposent pour ce faire d’un dense réseau de factions politiques et d’organisations patronales. En Egypte, le Conseil Suprême des Forces Armées fut responsable de la répression généralisée et des arrestations d’un grand nombre de révolutionnaires et de l’interdiction d’organisations critiques de l’opposition. Le péril d’une restauration, ou d’un changement simplement superficiel, s’aggrave à la mesure que disparaît la ferveur révolutionnaire, que la vie revient à la normalité et que les gens se désillusionnent ; autant de conditions qui ont déjà commencé à apparaître sur la scène politique arabe.

Des temps différents

Pourquoi, à l’exception de la Libye et de la Syrie, les soulèvements arabes assument-ils ce caractère « réfolutionnaire » ? Pourquoi les institutions clés de l’ancien régime se maintiennent-elles intactes tandis que les forces révolutionnaires se voient marginaliser ? Cela a en partie à voir avec la rapidité de la chute des dictateurs, qui a donné l’impression que la révolution était parvenue à son but, qu’elle avait atteint ses objectifs, sans un changement substantiel dans les structures du pouvoir.

Comme on l’a vu, cette « victoire » rapide n’a pas beaucoup offert d’opportunités aux mouvements populaires pour établir leurs propres organes alternatifs de pouvoir, même s’ils avaient l’intention de le faire. Dans ce sens, ces révolutions ont eu cette auto-limitation. Mais il y avait aussi quelque chose d’autre en jeu : les révolutionnaires sont restés en dehors des structures de pouvoir parce qu’il n’entrait pas dans leurs plans de prendre l’appareil d’Etat. Et lorsque, à des étapes ultérieures, ils se sont rendus compte qu’ils devaient le faire, ils manquèrent alors des ressources politiques – organisation, leadership, vision stratégique – nécessaires pour arracher leur contrôle tant aux vieux régimes qu’aux opportunistes, comme les Frères Musulmans ou les salafistes, qui avaient joué un rôle limité dans le soulèvement mais qui comptaient par contre avec la capacité organisationnelle pour prendre le pouvoir.

Une différence essentielle entre les révoltes arabes et ses précédents au XXe siècle fut qu’elles sont eu lieu à une époque idéologique très altérée. Jusqu’aux années 1990, trois grandes traditions idéologiques avaient été porteuses de la « révolution » en tant que stratégie de changement fondamental : le nationalisme anti-colonial, le marxisme et l’islamisme. La première, incarnée dans les idées Fanon, Sukarno, Nehru, Nasser ou Ho Chi Minh, concevait l’ordre social postérieur à l’indépendance comme quelque chose de nouveau, comme une négation de la domination politique et économique de l’ancien système colonial et de la bourgeoisie clientéliste.

Malgré le fait que leurs promesses dépassaient de beaucoup leur capacité à atteindre leurs objectifs, les régimes post-coloniaux sont parvenus à des progrès notables dans des matières telles que l’enseignement, la santé, la réforme agraire et l’industrialisation. Mais leurs principaux acquis ont résidé dans la construction de l’Etat, d’une administration nationale, d’infrastructures, d’une formation nationale de classes. Les gouvernements nationalistes ont cependant commencé à perdre leur légitimité en ne parvenant pas à faire face à des problèmes essentiels comme l’inégalité dans la propriété et la redistribution des richesses. A mesure que les ex révolutionnaires anti-coloniaux se sont transformés en administrateur de l’ordre post-colonial, ils n’ont pas été capables, dans une grande mesure, d’accomplir leurs promesses. Dans de nombreux cas, les gouvernements nationalistes se sont transformés en régimes autocratiques criblés de dettes et obligés d’adopter des programmes néolibéraux d’ajustement structurel, quand ils ne furent pas renversés par des coups d’Etat militaire ou miné par les intrigues impérialistes. Aujourd’hui, le mouvement palestinien est sans doute le dernier à continuer à lutter pour l’indépendance nationale.

Le marxisme fut, sans aucun doute, le courant révolutionnaire le plus formidable de l’époque de la Guerre froide. Les révolutions vietnamienne et cubaine ont inspiré une génération de radicaux : Ernesto Che Guevara et Ho Chi Minh étaient des figures emblématiques non seulement en Asie, en Amérique latine et au Moyen Orient, mais aussi dans les mouvements étudiants des Etats-Unis, à Paris, Rome et Berlin. Les mouvements guérilleros ont incarné le radicalisme des années 1960. Ils se sont fortement développés en Afrique à partir de l’assassinat de Patrice Lumumba et du durcissement du régime d’apartheid en Afrique du Sud. Dans les années 1970, une vague de révolutions « marxistes-léninistes » a renversé des gouvernements coloniaux au Mozambique, Angola, Guinée-Bissau et dans d’autres pays.

Bien que la stratégie du « foyer insurrectionnel » promue par Che Guevara n’ait pas donné de fruits en Amérique latine, il y a eu des insurrections victorieuses à Grenade et au Nicaragua à la fin des années 1970, tandis que le Salvador semblait constituer un candidat potentiel à la victoire révolutionnaire. Les révolutionnaires latino-américains ont trouvé un nouvel allié dans la Théologie de la Libération qui a inspiré certains catholiques, y compris des membres du clergé, pour s’unir à la lutte armée. Au Moyen Orient, le Front de Libération Nationale a expulsé les Britanniques d’Aden et proclamé la République Populaire du Sud Yémen et les guérillas de gauche ont joué un rôle important en Iran, à Oman et dans les territoires occupés de Palestine. L’impact de ces mouvements révolutionnaires dans les milieux intellectuels en Occident fut très important, contribuant ainsi à faire exploser dans le monde entier la révolte de la jeunesse, des étudiants, des travailleurs et des intellectuels en 1968. En 1974, la Révolution des Œillets a renversé la dictature au Portugal. Pendant que certains partis communistes en Europe et dans le monde en développement prenaient un cours sans cesse plus réformiste – l’« eurocommunisme »  -, un bon nombre de forces au sein de la tradition marxiste léniniste sont restés engagés dans une stratégie révolutionnaire.

Mais ce panorama a radicalement changé avec la chute du bloc soviétique. Le concept de révolution avait été jusque là intrinsèque à celui de socialisme. Mais la disparition du « socialisme réellement existant », avec les mobilisations en Europe de l’Est à la fin des années 1980 et avec la victoire du néolibéralisme et celle de l’Occident dans la Guerre froide, ont effectivement impliqué à la fois la « fin » de la « révolution » et celle du développementisme dirigé par l’Etat. Le concept d’étatisme fut catalogué comme inefficace et répressif, comme conduisant à l’érosion de l’autonomie et de l’initiative personnelles. Cela a eu une influence profonde sur le concept classique de révolution, avec son emphase sur le pouvoir d’Etat, désormais identifié avec l’autoritarisme et avec les échecs du bloc communiste. Le développement du néolibéralisme, à partir de 1979 et 1980 avec la victoire de Thatcher et de Reagan, qui devint plus tard l’idéologie dominante dans une grande partie du monde, a joué un rôle central dans ce changement de discours. Au lieu de termes tels qu’« Etat » et « révolution », il y a eu une croissance exponentielle de nouveaux concepts tels que « ONG », « société civile », « sphères publiques », etc. En un mot ; la réforme et non la révolution. Le changement graduel s’est transformé en voie unique acceptable de transformation sociale. Les gouvernements occidentaux, les organismes d’aide et les ONG ont massivement diffusé le nouvel évangile. L’expansion du secteur des ONG dans le monde arabe et dans l’hémisphère sud en général a signifié un changement drastique de l’activisme social, en passant des intérêts collectifs à une emphase sur l’auto-aide individuelle dans un monde compétitif. Dans ces temps néolibéraux, l’esprit égalitaire de la Théologie de la Libération a cédé le pas à un christianisme évangélique motivé par l’esprit d’intérêt et d’accumulation personnels.

La troisième tradition fut celle de l’islamisme révolutionnaire, un rival idéologique du marxisme qui, cependant, portait l’empreinte de son rival séculier. Depuis les années 1970, les mouvements islamistes ont reposé sur les idées de Sayyid Qutb dans sa bataille contre les Etats laïcs du monde musulman. Qutb lui-même avait beaucoup appris du leader islamiste hindou Abdul Maududi, qui à son tour avait été impressionné par la stratégie organisationnelle et politique du Parti communiste d’Inde. Avec son pamphlet de 1964 intitulé « Milestones » (Jalons), dans lequel il plaidait pour une avant-garde musulmane capable de prendre d’assaut l’Etat infidèle et d’établir un ordre islamique authentique, Qutb est devenu l’équivalent islamique de Lénine avec son « Que faire ? », orientant la stratégie de groupes militants comme Djihad, Gama’a al-Islamiyya, Hizb ut-Tahrir et Laskar Djihad.

Une série d’ex militants de gauche - Adel Hussein, Mustafa Mahmud, Tariq al-Bishri – ont déserté pour rejoindre le camp islamiste, apportant avec eux des idées de la tradition marxiste-léniniste. La révolution iranienne de 1979 repose tout autant sur des idées de gauche que sur celles de Qutb. « Milestones » avait été traduit par l’ayatollah Khamenei, actuel leader suprême. Le groupe marxiste-léniniste Fedayan-e Khalq et le groupe « islamo-marxiste » Muyahidín-e-Khalq, ont joué un rôle important dans la radicalisation de l’opposition à la dictature du Shah d’Iran. Plus important encore sans doute fut le rôle joué par le théoricien et vulgarisateur Ali Shariati qui, comme l’étudiant gauchiste français Georges Gurvitch, a parlé avec passion de la « révolution » dans un mélange d’expressions marxistes et religieuses, invoquant une « société divine sans classes » [5]. Le concept de révolution était donc fondamental pour le militantisme islamique, tant dans sa forme sunnite que chiite. Par conséquent, cette tradition entrait clairement en contraste avec la stratégie électorale d’islamistes comme les Frères Musulmans qui aspiraient à obtenir un soutien social suffisant pour prendre le pouvoir d’Etat par des moyens pacifiques [6].

Mais, au début du XXIe siècle, la croyance des militants islamistes envers la révolution avait également perdu sa force. En Iran, par exemple, le concept auparavant chéri de « révolution » avait changé et est désormais assimilé à la destruction et à l’extrémisme, du moins à partir de la victoire présidentielle de Mohammed Khatami en 1997. L’islamisme, compris comme un mouvement qui considère l’Islam comme un système intégral qui offre des solutions à tous les problèmes sociaux, politiques et économiques, en insistant plus fortement sur les devoirs que sur les droits, était entré en crise. Les dissidents argumentaient que, dans la pratique, l’« Etat islamique » que promouvaient entre autres la ligne dure de l’Iran, le Jamaat-e-Islami au Pakistan et Laskar Djihad en Indonésie, était tout aussi préjudiciable pour l’Islam que pour l’Etat. Entre la fin des années 1990 et le début de ce siècle, on a assisté à l’émergence de ce que j’ai appelé les tendances « post-islamistes ». Ces dernières sont toujours religieuses, non laïques, mais leur objectif est de transcender les politiques islamistes en promouvant une société pieuse et un Etat laïc qui combine la religiosité avec les droits, à divers degrés. Les courants post-islamistes comme l’AKP en Turquie, le parti Ennahda en Tunisie et le Parti de la Justice et du Développement au Maroc, suivent une voie réformiste vers le changement social et politique et reposent sur les concepts de la post-Guerre froide tels que « société civile » et « gradualisme » [7].

Le recul de l’espoir

Ainsi donc, les révoltes arabes ont eu lieu à un moment où le déclin des idéologies oppositionnelles – nationalisme anti-colonial, marxisme-léninisme et islamisme – avait déjà délégitimé l’idée même de « révolution ». C’est une époque très différente, par exemple, de celle des années 1970 quand mes amis et moi-même, en Iran, nous invoquions souvent ce concept en dépit du fait qu’il nous semblait irréalisable ; nous roulions en vélo dans les quartiers riches du nord de Téhéran en spéculant sur la confiscation des palais du Shah et la distribution de ces luxueuses demeures. Nous pensions en termes de révolution. Mais dans le Proche Orient du nouveau millénaire, presque personne n’imaginait le changement en ces termes.

Bien peu d’activistes arabes proposaient réellement des stratégies de révolution, même s’ils pouvaient rêver d’elle. En général, le souhait était de réformer, de mener un changement significatif dans le cadre de la politique existante. En Tunisie, presque personne ne pensait à la révolution dans l’Etat policier de Ben Ali. Les intellectuels étaient en état de « mort politique » comme quelqu’un me l’a dit [8]. En Egypte, Kefaya et le Mouvement du 6 Avril, malgré leurs tactiques innovantes, étaient essentiellement réformistes dans la mesure où ils n’avaient pas de stratégie pour renverser l’Etat. Certains de leurs activistes avaient supposément reçus un entraînement aux Etats-Unis, au Qatar et en Serbie, mais principalement dans les domaines de l’observation et du contrôle électoral, dans la protestation non violente et dans la création de réseaux. Par conséquent, ce qui a surgi avec le développement des soulèvements ce ne fut pas la révolution en tant que telle mais des « réfolutions », autrement dit des mouvements révolutionnaires qui prétendaient obliger les régimes en place à se réformer eux-mêmes.

En vérité, la révolution peut avoir lieu indépendamment du fait que les gens peuvent avoir ou non une idée de la « révolution » : le fait que des soulèvements massifs se produisent à peu de choses à voir avec les théorisations sur cette question. Ils ne sont pas le résultat de complots et de planifications, bien que certaines personnes en particulier puissent conspirer et planifier. Les révolutions, « simplement », arrivent. Mais le fait d’avoir ou non des idées sur la révolution influe de manière décisive dans leur résultat vu que, dans le meilleur des cas, elles se retrouvent inachevées puisque les principaux intérêts et institutions des anciens régimes – et les opportunistes, Frères Musulmans et salafistes – continuent de frustrer les exigences d’un changement significatif. Ce résultat doit être douloureux pour tous ceux qui espéraient un avenir juste et digne. On peut se consoler en rappelant que la majorité des grandes révolutions du XXe siècle – en Russie, en Chine, à Cuba, en Iran – qui ont réussies dans le renversement des anciens régimes autocratiques ont rapidement créé des Etats nouveaux également autoritaires et répressifs.

D’autres effets secondaires d’un changement révolutionnaire radical sont les perturbations substantielles de l’ordre et de l’administration. La Libye, où le régime de Kadhafi a été renversé de manière violente, n’offre pas un exemple enviable pour les militants égyptiens ou tunisiens. La combinaison de la brutalité de Kadhafi et des intérêts occidentaux pour le pétrole libyen se mêlés à une insurrection violente et destructrice, assistée par l’OTAN, qui a mis fin au vieux régime despotique. Mais le nouveau gouvernement doit encore créer un système politique plus inclusif et transparent. Le Conseil National de Transition (CNT) garde le secret sur la majorité de ses membres et de son processus de prise de décision. Les divisions internes entre islamistes et laïcs, son absence d’autorité effective sur une série de milices hors de contrôle et de faibles capacités administratives font du CNT un groupe de gouvernement mal équipé [9]. Le pays a connu de grandes perturbations – en matière de sécurité, d’administration et de prestation de services de base et d’infrastructures – jusqu’à ce que l’autorité du CNT fut transférée à un organisme civil élu.

Il ne s’agit pas ici de minimiser l’idée des révolutions radicales, vu qu’il y a de nombreux aspects positifs dans ces expériences – un sens nouveau de la libération, la liberté d’expression et les possibilités ouvertes pour un avenir meilleur sont parmi les plus évidentes. Mais il est par contre nécessaire de souligner le fait qu’en lui-même, le renversement révolutionnaire d’un régime répressif ne garantit pas un ordre plus juste et inclusif. En effet, les révolutions radicales peuvent porter elles le germe d’un régime autoritaire quand la recomposition de l’Etat signifie l’élimination de la dissidence et du pluralisme.

La « réfolution », par contre, peut créer un environnement plus favorable à la consolidation de la démocratie électorale vu que, par définition, elle est incapable de monopoliser le pouvoir d’Etat. Mais l’émergence de plusieurs centres de pouvoir – entre autres ceux de la contre-révolution – peuvent neutraliser les excès des nouvelles élites politiques. Ainsi, les Frères Musulmans d’Egypte et le parti Ennahda tunisien ont peu de possibilités de monopoliser le pouvoir à la manière des khomeynistes dans l’Iran post-révolutionnaire, précisément parce qu’une série d’intérêts puissants, parmi eux ceux de l’ancien régime, sont toujours actifs et efficaces.

Il vaut donc la peine de prendre en considération une autre compréhension de la « réfolution » dans le sens des développements fait par Raymond Williams dans « The Long Revolution », autrement dit un processus qui est « difficile », dans le sens de complexe et multiforme ; « total  », ce qui signifie transformateur, non seulement dans le domaine économique mais aussi social et culturel ; et «  humain », avec la participation des structures les plus profondes des rapports sociaux et des sentiments [10]. En conséquence, au lieu de chercher des résultats rapides ou de se préoccuper pour faire des demandes, nous pourrions voir les révoltes arabes comme des « révolutions longues » qui peuvent donner leurs fruits dans dix ou vingt ans, par l’instauration de nouvelles formes de faire les choses et de nouvelles formes de penser le pouvoir.

Cependant, ce qui est en jeu ce ne sont pas les simples préoccupations sémantiques sur la manière de définir les révolutions, mais bien les durs problèmes des structures du pouvoir et des intérêts qui y sont enracinés. Indépendamment de la manière dont on caractérise le processus - comme une « révolution longue » ou comme un processus qui commence avec la transformation radicale de l’Etat – la question fondamentale est comment obtenir un changement essentiel du vieil ordre autoritaire pour inaugurer le changement démocratique significatif tout en évitant la coercition violente et l’injustice. Une chose est sûre, malgré tout ; l’itinéraire qui va du « passé » » oppresseur vers le « nouveau » libérateur ne se fera pas sans luttes ni mobilisations populaires incessantes, dans les sphères publiques et privées. En effet, la « révolution longue » peut même commencer quand se termine la « révolution courte ».

Source : http://newleftreview.org/II/80/asef-bayat-revolution-in-bad-times
Traduction française pour Avanti4.be : G. Cluseret

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Notes :


[1Keith Kahn-Harris, « Naming the Movement », Open Democracy, 22.6.2011 ; Alain Badiou, « Tunisia, Egypt : The Universal Reach of Popular Uprisings », disponible sur www.lacan.com ; Michael Hardt et Antonio Negri, « Arabs are the democracy”s new pioneers », The Guardian, 24.2.2011 ; Paul Mason, « Why It’s Kicking Off Everywhere : The New Global Revolutions », Londres 2012, p. 65.

[2David Harvey, « Spaces of Hope », Edimburg, 2000

[3Dans le cas de l’Allemagne, les institutions étatiques de la RDA purent être dissoutes facilement au sein des fonctions de gouvernement de la RFA.

[4Le terme de « réfolution » a été forgé par Timothy Garton Ash, en juin 1989, afin de décrire les étapes initiales de la réforme politique en Pologne et en Hongrie et le résultat des négociatgions entre les autorités communistes et les leaders des mouvements populaires. Timothy Garton Ash, « Refolution, the Springtime of Two Nations », New York Review of Books, 15.6.1989. Dans le présent texte, on utilise ce terme avec une signification clairement distincte.

[5Asef Bayat, « Shariati and Marx : A Critique of an “Islamic” Critique of Marxism », Alif : Journal of Comparative Poétics, n°10, 1990.

[6Il est intéressant de noter que Al-Qaeda, le plus militant et le plus violent des groupes djihadistes, est resté essentiellement non révolutionnaire du fait de sa forme multinationale et de ses objectifs diffus, comme « sauver l’Islam » ou « la lutte contre l’Occident », et avec l’idée du Djihad comme une fin en soi. Voir Faisal Devji, « Landscapes of Jihad », Ithaca 2005.

[7Asef Bayat, éd., « Post-Islamism : The Changing Faces of Political Islam », New York, 2013

[8Cf. aussi Béatrice Hibou, « The Force of Obedience », Cambridge 2011

[9Ranj Alaaldin, « Libya : Defining its Future », dans Toby Dodge, éd., « After the Arab Spring : Power Shift in the Middle East ? », Londres, 2012

[10Anthony Barnett, « We Live in Revolutionary Times, But What Does This Mean ? », Open Democracy , 16.12.2011.