Ukraine : Débats autour de l’appel unitaire contre la guerre

Crisi Globale, Ivan Ovsyannikov, Zakhar Popovych 10 juillet 2014

Plusieurs organisations de la gauche radicale d’Ukraine, de Russie et de Biélorussie ont publié un appel pour la paix en Ukraine. Si l’initiative est en soi à saluer, ainsi que l’orientation générale de l’appel, les nombreuses contradictions (ou absences) du texte, la présence parmi les signataires des néo-staliniens de Borotba et l’absence d’organisations libertaires (pourtant présentes et actives sur le terrain), ont provoqué un vaste débat dans la gauche ukrainienne et au-delà. Nous reproduisons ci-dessous plusieurs contributions sur le sujet, à commencer par quelques commentaires du site italien « Crisi Globale » ; un texte d’un militant de l’Opposition de Gauche » ukrainienne et, enfin un extrait d’un texte d’un militant du Mouvement Socialiste de Russie. (Avanti4.be)

Une quinzaine de militants de plusieurs groupes de la gauche radicale ukrainienne, russe et biélorusse se sont récemment rassemblés à Minsk et ont publié à la fin de leur rencontre un appel pour arrêter la guerre, avec dans son titre une référence un peu excessive ; « Zimmerwald 2014 » (du nom de la localité suisse qui servit de lieu de rencontre en 1915 entre les socialistes de divers pays opposés à la guerre mondiale impérialiste, ndlr). A une première lecture, et vu le contexte, l’appel peut sembler efficace. En réalité, si on le lit attentivement à la lumière de la dynamique interne de la gauche radicale ukrainienne, il pose quelques problèmes. Nous allons tenter d’expliquer pourquoi.

Les militants qui ont publié l’appel représentent seulement une petite partie de la gauche ukrainienne, russe et biélorusse. Il s’agit essentiellement des intellectuels marxistes de la revue « Spilne » et « Skepsis », de militants du Mouvement Socialiste de Russie http://anticapitalist.ru/ et de l’organisation ukrainienne Borotba. Le problème essentiel réside dans la présence de cette dernière, qui est ultra-dogmatique et néo-stalinienne. S’il ne s’agissait que de ces caractéristiques, on pourrait encore dire que, face à la nécessité d’arrêter la guerre, on peut y compris discuter avec des formations de ce gens (chose avec laquelle nous ne sommes par ailleurs pas d’accord).

Mais Borotba est bien plus que cela. Cette organisation a un lourd passé d’agressions verbales et physiques contre ceux qui ne sont pas d’accord avec ses positions, même à gauche (par exemple à Kharkov), et ses membres ont pris part à l’agression violente et armée qui a provoqué les affrontements sanglants d’Odessa (dans lesquels l’un de ses membres est mort). Borotba collabore étroitement avec le Parti Communiste ukrainien, un parti qui en dépit de son nom est réactionnaire, homophobe et étroitement lié au système oligarchique.

Enfin, et surtout, Borotba soutient activement, y compris sur place, les républiques de Donetsk et de Lugansk, en se plaçant ainsi sous l’hégémonie des forces néo-fascistes et va-t-en-guerre qui y détiennent le contrôle complet et qui, il y a trois mois, ont ouvert sans motif la phase de militarisation du conflit. Aucune initiative sérieuse en faveur de la paix, même ouverte à une vaste alliance, ne peut avoir dans ses rangs une telle formation, qui est à juste titre discréditée aux yeux de larges secteurs de la gauche et de la population en général.

Une autre critique, bien que de nature différente, concerne les intellectuels de « Spilne », et en particulier le plus connu d’entre eux, Volodymyr Ishchenko, l’une des voix ukrainiennes les plus écoutées dans la gauche occidentale, vu qu’il publie ses textes en anglais sur le site « LeftEast » et dans des journaux comme « The Guardian » ou la « Tageszeitung ». Ces derniers mois, Ishchenko a constamment légitimé le mouvement Anti-Maïdan en le présentant comme un « mouvement de masse, de base et plébéien », en escamotant le fait qu’il est complètement hégémonisé par des fascistes et par des extrémistes de droite, et sans s’embarrasser des évidences qui démontrent l’inexistence de son caractère « de masse ». Par exemple, il feint de ne pas voir que les « républiques populaires » n’ont jamais rassemblé dans les rues plus d’une poignée de personnes, qu’elles ne représentent en aucune manière les décisions de la population, que ces décisions sont prises d’une manière autoritaire et, qu’enfin, elles se sont imposées par la violence et par la voie armée. La rencontre entre Borotba et les intellectuels marxistes ukrainiens de ce courant n’est donc pas une surprise et n’est pas non plus de bon augure pour l’initiative de la gauche en vue d’arrêter la guerre.

Le Mouvement Socialiste de Russie, quand à lui, est une organisation anti-stalinienne qui a fait ces derniers mois un bon travail d’analyse sur la crise ukrainienne. Par contre, nous ne disposons pas d’informations concernant les organisations de la gauche biélorusse présente à la rencontre de Minsk.

L’appel unitaire paie clairement le prix de la présence des membres de Borotba, ainsi que de la ligne réticente et éloignée de la réalité des intellectuels marxistes présents. On le constate tout de suite quand le texte évoque « la victoire des nationalistes et des néolibéraux d’Euro-Maïdan », sans dire un seul mot sur le précédent régime, sur l’intervention impérialiste russe, etc.

En outre, et entre autres choses, cette demande d’une dissolution des forces armées n’est adressée qu’au gouvernement de Kiev et non aux paramilitaires d’extrême droite qui ont donné naissance au conflit. Ce sont des positions qui copient en substance celles de Borobta. Cette dernière a d’ailleurs approuvé officiellement l’appel sur son site, en y ajoutant des critiques et des revendications supplémentaires, invoquant clairement la « destruction » de l’ennemi (le gouvernement de Kiev) et une invasion militaire de Moscou pour « libérer » l’Ukraine sud-orientale.

A la rencontre de Minsk des secteurs importants, et même majoritaires, de la gauche radicale ukrainienne étaient absents ; à savoir les formations anarchistes, et en particulier l’Union Autonome des Travailleurs, ainsi que l’organisation « Opposition de Gauche ». Les anarchistes ont durement critiqué le document et refusent de le signer. Il faut noter pourtant qu’ils ont lancé ces derniers jours une campagne de solidarité et d’envoi d’aide aux victimes de la guerre.

L’Opposition de Gauche a d’abord publié un article signé par Zakhar Popovych (voir ci-dessous, ndlr) dans lequel elle met en avant des revendications très différentes de celles de l’appel. Ensuite, elle a publié une longue prise de position analytique dans laquelle, au final, après s’être clairement distancée du contenu de cet appel, elle affirme de manière très claire qu’elle « en partage l’orientation générale ».

Nonobstant les critiques radicales que nous lui avons adressé, il faut reconnaître à l’appel « Zimmerwald 2014 » le mérite, et non des moindres, d’avoir suscité le débat sur des initiatives contre la guerre au moment où le conflit est en train de dégénérer de plus en plus en un affrontement belliqueux de tous les points de vue.

Crisi Globale

http://crisiglobale.wordpress.com/2014/06/17/focus-ucraina-prove-di-pace-nella-sinistra-post-sovietica-1/

A quoi sommes-nous prêts en termes de compromis pour sauver le Donbass ?

Zakhar Popovych

Il n’y a que ceux qui sont avares à donner leur avis qui ne parlent pas de la nécessité d’arrêter l’opération anti-terroriste (ATO, opération menée par le gouvernement de Kiev contre les séparatistes du Donbass, ndlr). La cessation du conflit armé dans les plus brefs délais est même devenue la position officielle des autorités ukrainiennes. Le problème, cependant, est que certaines personnes estiment que l’ATO ne devra cesser que lorsque le régime du gouvernement ukrainien, qui a pour l’instant un clair avantage numérique et armé, aura obtenu la victoire de manière définitive. Cette victoire est à notre avis impossible sans un nombre élevé de victimes au sein de la population civile de la région. Et même si elle devait arriver, elle s’accompagnerait d’une montée de haine, totalement justifiée, dans le chef de la population locale, et pas seulement à l’égard du régime de Kiev, mais aussi contre l’état ukrainien de manière générale.

L’autorité qui sera imposée par la terreur ne sera pas suffisamment solide et ne sera pas acceptée par les habitants de l’Ukraine orientale. Mais c’est exactement vers cette situation que les extrémistes des deux camps sont en train de nous pousser. Et ce cas de figure aura pour résultat une perte de confiance totale dans les institutions de l’Etat ukrainien et une désintégration de fait de ce dernier. Il s’agit précisément du scénario qu’espèrent voir se réaliser les forces anti-ukrainiennes ; ils veulent avant tout démontrer l’incapacité de l’Etat ukrainien contemporain et l’impossibilité des Ukrainiens d’exister en tant que nation politique.

Le conflit armé qui est actuellement en cours dans les villes de Slavyansk, Kramatorsk, et d’autres villes de Donbass, est chaque jour porteur de nouvelles victimes parmi les civils. Vous ne trouverez pas le nom des responsables sur les morceaux de obus qui blessent et tuent des civils. Mais ces obus continuent à tomber dans les quartiers résidentiels, souvent dans les maisons mêmes des civils, même si souvent les habitants de ces maisons ne sont pas eux-mêmes pacifiques. On peut estimer que les forces de l’ATO n’ont jamais tiré de manière directe contre les bâtiments résidentiels, mais dans les centres densément habités du Donbass, il est impossible d’éviter complètement les victimes collatérales. On peut discuter de la même manière pour déterminer si les formations armées des Républiques Populaires de Donetsk et de Lugansk pointent leur artillerie contre des habitations. Cela n’empêche en rien les obus de les toucher et ils viennent très probablement des deux parties en conflit.

De fait, la première revendication que les citoyens ukrainiens conscients devraient poser est celle d’un cessez-le-feu immédiat. Un cessez-le-feu immédiat qui mette un terme à l’utilisation d’armes lourdes et de forces aériennes dans les centres urbains, et cela de la part des deux camps. L’objectif prioritaire est d’éviter les victimes au sein de la population pacifique qui est, de fait, prise en otage par les terroristes. Pour atteindre cet objectif, il faut pouvoir traiter même avec le diable en personne. Face à cette situation, la seule chose à faire est de mener des négociations mêmes avec ceux que nous considérons comme les pires des terroristes.

Il peut y avoir une recherche d’accords sur un cessez-le-feu et sur la création de corridors humanitaires pour évacuer les civils, ainsi que sur l’envoi d’aide humanitaire, et cela même avec les « commandants » des terroristes, c’est à dire Girkin-Strelkov, Abver, Bes et les autres. En même temps, les seuls éléments qui devraient être négociés avec eux sont la libération des otages et les bases sur lesquelles ils accepteront de quitter l’Ukraine. Toutes les questions relatives à l’adoption de décisions politiques ne devraient par contre être traitées qu’avec des représentants de la communauté locale, et pas avec des combattants venus de l’étranger (la plupart des chefs militaires des milices armées du Donbass viennent de Russie, ndlr).

Il est nécessaire d’ouvrir avec les représentants des communautés locales une discussion sur le retrait des troupes des centres habités et sur la création de zones tampons de sécurité autour des régions où sont installés les campements des forces militaires ukrainiennes. On peut aussi aborder la question du retour des unités militaires ukrainiennes vers leurs bases permanentes, mais on ne peut absolument pas demander le retrait total des forces militaires ukrainiennes du territoire des régions de Donetsk et Lugansk. Les unités des forces armées ukrainiennes sont là depuis leur création, c’est à dire depuis juste après notre indépendance. Les troupes et leurs familles vivent dans les casernes et dans leurs environs depuis des décennies. Demander à ces personnes, qui n’ont, pour la plupart, aucun lien avec des organisations nationalistes, de partir, serait totalement inacceptable.

Les négociations devront être menées dans le contexte de l’organisation d’élections ouvertes et démocratiques pour élire les organes des gouvernements locaux. En particulier il faudra consentir à la présence d’observateurs électoraux venant d’organisations internationales et ukrainiennes. Ce n’est pas un secret que la majorité de la population urbaine de l’est n’a pas confiance dans l’armée ukrainienne. Evidemment les gens ont peur et sont sous l’influence de la propagande russe. Il y a toutefois également des raisons objectives à cette défiance. On trouve des membres d’organisations ultranationalistes, et mêmes ouvertement néo-nazies dans les rangs et dans la direction des unités militaires ukrainiennes créées récemment. Et le gouvernement a malheureusement de plus en plus compté sur ces unités, plus enclines à des actions sans pitié, et qui n’ont ni statut clair, ni des pouvoirs clairement définis. Les actions de ces bataillons semi-autonomes se résument souvent à des provocations et tendent à consolider la population locale autour de groupes terroristes qui sont, dans ce cas, paradoxalement considérés comme des « défenseurs ». Ce serait certainement un grand pas vers la paix dans ces régions que de retirer ces bataillons ukrainiens de « volontaires » des territoires de Lugansk et Donetsk, de les désarmer et de les dissoudre.

Ce n’est pas non plus un secret que le fait que des travailleurs et des travailleuses ont pris part de façon organisée à pratiquement tous les événements qui se sont déroulés dans cette région industrielle. Dans les endroits où les organisations de travailleurs et de travailleuses ont pris la situation en main, comme par exemple à Krasnodon, dans la région de Lugansk, le comité de grève n’a pas seulement pris le contrôle de la ville toute entière, il a aussi empêché que se déroulent des actes de violence pendant la grève générale. Les syndicats de Krivoy Rog ont une expérience dans la création de leurs propres brigades d’auto-défense. Ils ont joué un rôle important dans la prévention de provocations et de violences au cours des protestations de Maidan et dans le bassin de Krivoy Rog.

Nous pensons que les représentants des syndicats qui sont, d’une part, indépendants des patrons oligarchiques et, de l’autre, qui ont pris clairement leurs distances avec les organisations radicales nationalistes, autant pro-ukrainiennes que pro-russes, peuvent devenir une garantie pour les accords évoqués ici les parties en conflit dans le Donbass. Nous invitons donc les syndicats indépendants et les comités de grève à créer leurs propres brigades d’auto-défense et à utiliser tous les moyens acceptables pour amener toutes les parties à un cessez-le-feu immédiat. La délégation des travailleurs et des travailleuses de la région de Dnepropetrovsk pourrait jouer un rôle de médiation efficace pour normaliser la situation et serait beaucoup plus utile dans la région que l’ATO ou les bataillons de volontaires « Azov » et « Dniepr ».

Zakhar Popovych est membre de « l’Opposition de Gauche »

Pourquoi le pacifisme est aujourd’hui révolutionnaire

Ivan Ovsyannikov

[...] Maidan n’était pas homogène, comme tous les mouvements populaires de dimension analogue. Il contenait différentes possibilités de développement, une desquelles était anti-oligarchique, démocratique et révolutionnaire. Si elle s’était réalisée, elle aurait pu unir les régions orientales et occidentales du pays. Mais la gauche ukrainienne était faible et divisée, et l’occupation de la Crimée par la Russie a tout de suite réduit à un rêve l’espoir d’un « Maidan social ».

Lorsqu’on a vu le danger d’une invasion à grande échelle de l’Ukraine par l’armée russe, je me suis prononcé contre la guerre, tout comme le Mouvement Socialiste de Russie (MSR) dans son ensemble, reconnaissant en même temps le droit des habitants de la Crimée à l’autodétermination. On sait très bien que les sentiments pro-russes ont toujours été très forts dans la péninsule. Mais l’idée d’une séparation n’aurait pas été aussi tentante s’il n’y avait pas eu la rhétorique ethno-nationaliste aussi populaire à Maidan.

Je voudrais expliquer ici mon point de vue par rapport à l’ingérence russe dans les événements ukrainiens. A la différence des libéraux, qui expliquent souvent ce qui se passe en Ukraine sud-orientale avec une théorie du complot du Kremlin, affirmant même que les défenseurs de la fédéralisation sont des terroristes venus de l’extérieur, je suis convaincu que le niveau de contrôle qu’a la Russie sur la situation est largement surestimé. Il est exact que le Kremlin joue son propre jeu impérialiste, provoquant et alimentant des conflits internes pour pouvoir saler la note pour l’occident. Mais pour ce faire, il exploite des contradictions réelles de la société ukrainienne ; des contradictions qui se résolvent maintenant par la guerre civile. La responsabilité de cette guerre incombe tant aux élites de Russie, que d’Ukraine, que de l’UE et des Etats Unis, tout comme aux leaders et aux intellectuels de Maidan, dont la tolérance vis-à-vis des formations néonazies et du racisme social sus generis ont rendu la révolution étrangère à une grande partie des citoyens ukrainiens.

Tout cela ne me donne évidemment pas le droit, en tant que citoyen russe, de considérer l’ingérence russe comme positive ou même de la considérer comme un moindre mal. Au contraire, je me sens en devoir de me prononcer avant tout contre la politique de provocation du Kremlin et contre le chauvinisme russe, ainsi que contre les aventuriers pro-russes d’extrême droite qui ont pris le pouvoir dans les républiques populaires de Donetsk et de Lugansk.

L’union de la Crimée à la Russie, qui s’est déroulée pratiquement sans effusion de sang et avec le soutien d’une grande partie de la population de la péninsule, a ouvert la boîte de Pandore. Les protestations anti-Maidan des autres régions de l’Ukraine étaient adressées à la ligne radicale-séparatiste. Si Maidan était à juste titre accusé d’alimenter les illusions par rapport à l’Union Européenne, le mouvement anti-Maidan a reproduit cette erreur en liant la résolution des problèmes de la région sud-orientale à un rapprochement avec la Russie, qui n’a fait en réalité qu’utiliser l’instabilité pour ses marchandages géopolitiques avec les autorités ukrainiennes et avec l’Occident.

La possibilité d’une alliance entre les activistes de Maidan, frustrés par l’arrivée au pouvoir de l’oligarchie, et qui voulaient voir le système politique rénové, si pas radicalement transformé, et les activistes fédéralistes dont les revendications ont, par bien des aspects, des racines sociales communes avec Maidan, ne s’est pas réalisée. Un discours à l’échelle nationale aurait permis d’approfondir le processus révolutionnaire, en mettant à la marge les nazis ukrainiens d’une part et les séparatistes russophiles d’extrême droite de l’autre, mais cela ne s’est pas fait. C’est une contre-révolution qui a commencé, marquée par de terribles étapes comme la boucherie d’Odessa et la guerre dans les régions de Donetsk et Lugansk.

La poursuite de cette guerre convient tant au Kremlin qu’à Kiev. Le vieux-nouveau gouvernement de l’Ukraine peut mettre fin à Maidan grâce à la guerre et consolider son propre pouvoir – le pouvoir des vieilles oligarchies, qui tendent à continuer à gouverner le pays comme elles le faisaient sous Yushchenko et Yanukovich. En ce qui concerne les régions sud-orientales, Poroshenko agit sur la même base que Poutine et Yeltsin par rapport à la Tchétchénie. Le régime de Poutine qui est toujours prêts à se substituer avec sa tentative de contrôle des régions sud-orientales par des aventuriers réactionnaires, a, outre des intérêts géopolitiques, des intérêts de politique interne. Si en janvier-février, Maidan représentait une menace pour le Kremlin, aujourd’hui avec chaque jour de guerre civile en Ukraine, les sentiments conservateurs se renforcent en Russie.

L’opposition libérale qui soutient Kiev et qui répète sans critique les modèles de propagande de l’autre partie du conflit est en train de réaliser un suicide politique et moral. Autour de la personne de Poutine est en train de se regrouper toute une extrême droite européenne et locale. De leur côté les forces de gauche sont dans une situation de confusion et se trouvent confrontées avec les pôles opposés du conservatisme et du libéralisme.

Renversant la formule classique de Lénine aux temps de la Première Guerre mondiale sur la « transformation de la guerre impérialiste en guerre civile » ; en Ukraine, la guerre civile s’est transformée de guerre civile en guerre impérialiste.

Les opportunités dont j’ai parlé plus haut, si elles se réalisent jamais, ne pourront le faire qu’après la conclusion de la paix. Est-ce que cette paix sera conclue par les élites dès qu’elles seront abreuvées du sang du peuple, ou le sera-t-elle sous la pression de l’Ukraine, de la Russie et de l’Europe Occidentale, voilà une question de première importance. Et c’est justement pour cette raison que, malgré une série de manquement dans le texte, j’ai signé la déclaration contre la guerre approuvée à Minsk par les militants de gauche d’Ukraine, de Russie et de Biélorussie, les 7 et 8 juin.

Ivan Ovsyannikov est membre du Mouvement Socialiste de Russie

Source :
http://crisiglobale.wordpress.com/2014/06/18/focus-ucraina-prove-di-pace-nella-sinistra-post-sovietica-2/
Traductions françaises pour Avanti4.be : Sylvia Nerina