PTB-go ! : Du « petit vote utile » au « vote unique » ?

Denis Desbonnet 23 mai 2014

PTB-go ! : Du « petit vote utile » au « vote unique » ?

Dans cette contribution au débat contradictoire que l’équipe d’Avanti a décidé de mener publiquement sur notre site, et après celles d’Ataulfo Riera et Jean Peltier, mon premier propos n’est pas de tenter d’expliquer... « Pourquoi j’appellerais à NE PAS voter pour le PTB » (ni encore moins je dissuaderais quiconque de le faire).

Pas plus que « Pourquoi j’appelle à voter (et « roule ») pour - VEGA », même si tel est bien mon choix personnel, que je défendrai en conclusion de ce texte. Car un tel choix est en dernière instance « subsidiaire », conjoncturel et tactique. Et peut (ou devrait pouvoir, car hélas j’en doute parfois) donc se discuter : pour ma part, je comprends et respecte parfaitement toutes celles et tous ceux, les plus nombreux dans la gauche radicale, qui ont opté pour rejoindre ou soutenir la « gauche d’ouverture »... entr’ouverte par le PTB.

Non, ce qui m’anime avant tout ici est bien plus de contester un certain terrorisme intellectuel ambiant, qui postule qu’« il FAUT ABSOLUMENT voter pour le PTB », fût-il assorti de (très) nouveaux« compagnons de route » pour l’occasion. Cela, sous peine d’être catalogué comme un idiot inutile (ou même nuisible), un anti-PTBiste primaire, un sectaire, un indécrottable groupusculaire, un rateur de rendez-vous (« historique », excusez du peu)... et, surtout, un diviseur et un empêcheur d’avoir des élus en rond.

Le nouveau « vote utile » ?

La première chose qui me frappe, dans ce climat quelque peu... stalinien [1] qui semble se développer « à la gauche de la (soi disant) gauche », c’est que je retrouve, dans la bouche de nombreux camarades qui, naguère, conspuaient avec moi la notion de « vote utile » dont le PS (et parfois Ecolo – (ré)écoutez Emily Hoyos et Olivier Deleuze parler du PTB) a usé et abusé depuis trente ans, exactement le même type d’arguments et de « logique » qu’ils rejetaient vigoureusement... jusqu’à ce que les récents sondages créditent le PTB de scores records inédits (au moins pour la gauche radicale).

Revoilà donc la bonne vieille rengaine du « Ne dispersez pas vos voix », « Ne gâchez pas cette chance unique de renforcer la « vraie » gauche », ou encore l’argument massue, asséné en boucle par Magnette, Onkelinx et Di Rupo – mais cette fois, dans sa variante « extrême » : « Vous allez faire le jeu... de la fausse gauche » (là où « on » - entendez les socalistes – nous servait du « ... de la droite »).

Il y aurait beaucoup à dire sur l’ironie de l’Histoire qui voit subitement une frange de l’extrême-gauche entonner le même couplet, alors qu’elle, contrairement au PS, ne peut avoir aucune prétention sérieuse à peser directement sur le cours des choses au plan législatif et gouvernemental, ou même au niveau du pouvoir local (même si le PTB ne ménage pas ses efforts pour expliquer qu’il est un parti sérieux et raisonnable, apte et disposé à aller au pouvoir).

Que le PS prétende (faussement, il est vrai) qu’il peut « limiter la casse » et mener une politique du « moindre pire », cela peut se comprendre - sans lui donner une once de crédit dans ces vaines et mensongères promesses, réitérées depuis trois décennies. Mais dans la bouche des porte-paroles du PTB et, plus encore, de leurs porteurs d’eau, cela prête bien davantage à sourire... ou à pleurer.

Que ce parti puisse – et veuille sincèrement, comme il le fait d’ailleurs sur le plan communal depuis des années – mener un travail efficace et obstiné d’opposition, et cela à tous les niveaux de pouvoir, ne fait aucun doute et mérite d’être salué. Mais qu’il pense (ou veuille nous faire accroire) qu’il pourra réellement traduire celle-ci en textes de loi qui infléchiront significativement la politique menée par les partis bourgeois et « ouvriers-bourgeois » dans ce pays, on croit (ou plutôt, il doit) rêver. Soit... Cela fait partie de l’ « infléchissement » réformiste accéléré dont le PTB nous donne une démonstration assez spectaculaire depuis quelques années, et plus encore dans cette campagne [2]. Mais que des marxistes révolutionnaires dignes de ce nom (en tout cas jusqu’il y a peu) puissent reprendre eux aussi en chœur ces fables, ça laisse songeur...

Vive le « vote unique » ?

Autre singularité de cette campagne, ces mêmes tenants du plébiscite PTB « à l’exclusion de tout autre » nous intiment quasi l’ordre de faire comme eux, accusant toute autre intention (de vote) de « déviationnisme » impardonnable.

Nous avions (et avons toujours, même si elle est en perte de vitesse) la pensée unique. Nous connaissions (et connaissons encore, quoique en très net déclin : en gros, il reste la Corée du Nord, la Chine et Cuba) le Parti Unique (dont le PTB se réclamait jadis - il paraît qu’il en est revenu, laissons-lui le bénéfice du doute... sous réserve d’inventaire). Voici donc que fleurit désormais à la gauche de la gauche « le vote unique ». La politique a décidément de ses détours et mystères surprenants...

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas et ne sera jamais dans ma conception de celle-ci.

Crétinisme parlementaire... radical ?

Signalons aussi sur cette bizarrerie qui voit des léninistes « pur jus » verser dans une version renouvelée du fétichisme parlementaire.

Bien sûr, les marxistes n’ont jamais défendu l’abstentionnisme électoral, fût-il « révolutionnaire » (une de leurs grandes différences et de leur principaux différends avec les anarchistes), et ont très souvent (mais pas toujours, tout étant question de conjoncture, et donc de stratégie et de tactique) présenté des candidats aux diverses élections, ou du moins lancé des appels de vote en faveur de tel ou tel parti, y compris réformiste (mais toujours ouvrier), sur une base « de classe »... Mais ils n’en ont pas pour autant « fait de nécessité vertu ».

Or, à écouter quelques uns de ces zélateurs improvisés du « Tout au PTB », cette option deviendrait tout-à-coup une question principielle et absolue. Et, apparemment, LA question la plus importante pour la lutte de classe dans ce pays depuis l’instauration du suffrage universel ou presque, du moins pour les révolutionnaires.

Le vieux Lénine - critiquant certes les « gauchistes » hostiles par principe aux élections, mais dénonçant symétriquement les dérives « parlementaristes » des réformistes dans le mouvement ouvrier et fustigeant leur « crétinisme parlementaire » - doit se retourner dans son mausolée.

Car enfin, dès lors qu’on sait que des élus PTB il y aura... en compter un (ou deux, trois ou quatre) supplémentaires, à la Région ou au Fédéral... so what ? Est-ce vraiment si crucial, et cela va-t-il bouleverser les rapports de force en Belgique ? Un tel objectif « impose »-t-il de se ranger tous comme un seul homme ou une seule femme derrière cet unique parti ? Non pas que ce soit ridicule ni négligeable, mais de là à en faire L’EVENEMENT des cinquante dernières années dans le petit monde de l’extrême-gauche, franchement...

Loin de moi l’idée de nier l’importance du Parlement comme outil, pourtant secondaire par rapport aux luttes économiques et sociales dans les entreprises et les rues, mais néanmoins central dans la vie politique sous le capitalisme (enfin, dans les pays « démocratiques » où un minimum d’Etat de droit existe). Ni de la nécessité pour les révolutionnaires de participer, dans la mesure de leurs moyens, à la bataille sur ce terrain. Et, singulièrement, aux échéances électorales, en se présentant aux suffrages quand cela leur est possible [3] ...

C’est-à-dire y compris en mesurant le bénéfice qu’ils peuvent réellement en tirer, en fonction de l’énergie souvent démesurée que cela leur demanderait, comme des risques bien réels de dérive électoraliste à tout crin au détriment du reste de leur activité. Ou encore d’autonomisation et de cristallisation d’un corps de « représentants » développant leurs intérêts propres et distincts, voire contraires, à ceux de l’ensemble des membres du parti en général, et plus globalement et fondamentalement des travailleurs, etc.

C’est tout l’enjeu de cette dimension du travail d’une organisation révolutionnaire, et historiquement, la leçon fondamentale de la dégénérescence du mouvement ouvrier, l’autre volet de ce processus « d’adaptation » au capitalisme étant le « trade-unionisme » déjà vilipendé par Marx ; la pratique d’un « syndicalisme » de concertation avec le patronat et de cogestion du - intégration au - système. Bref, la collaboration de classe. Ce n’est donc pas rien.

Les vertus du monolithisme ?

Une autre dimension du problème étant de s’interroger sur le type de parti (et de liste) pour lequel les révolutionnaires peuvent ou « doivent » appeler à voter (voire faire acte de candidature), sur quel programme et avec quelle dynamique celui (et celle)-ci se présente aux travailleurs. Et pour le cas qui nous occupe plus précisément, de savoir ce qu’il faut penser de l’appel au « rassemblement », voire au ralliement, derrière un parti bien particulier. Car cette fois, la question n’est plus seulement de « pour qui voter et appeler à voter », mais bien de faire campagne, voire être candidat-e dans le cadre d’une démarche et d’une liste qui se veulent unitaires.

Or, si celle-ci affiche bien une timide et tardive volonté d’ « ouverture », illustrée par le « go » de la dénomination et le renfort spectaculaire de quelques personnalités de renom de la gauche syndicale, académique, politique et associative, plus l’alliance du Parti communiste et de la LCR... on peut légitimement s’interroger sur les limites et la sincérité de cette « grande première » pour le PTB [4] . Comme Ataulfo Riera a déjà abordé amplement cette question, je m’en tiendrai ici à quelques constats.

Le premier est évidemment l’éviction du Parti Socialise de Lutte de la liste PTB-go ! – ou plus exactement la fin de non recevoir qui fut opposée à sa candidature explicite et publique, alors que cette organisation plaide depuis très longtemps pour un parti « large » rassemblant la gauche anticapitaliste, et pour des listes unitaires comme un premier pas en ce sens. Si le PC et la LCR ont par contre été acceptés et « adoubés » comme sergents recruteurs, c’est, il est vrai, sur leur propre programme et avec leur propre campagne, mais inversement, sans avoir eu le moindre mot à dire sur celui, largement dominant en terme de visibilité, du PTB.

En outre, quitte à me faire encore plus des amis, je tiens à souligner que ces deux « alliés » sont loin de constituer une vraie « menace » potentielle, étant l’un et l’autre pas au mieux de leur forme (c’est le moins qu’on puisse dire). Plus particulièrement, la Ligue Communiste Révolutionnaire sort d’une récente crise (dont Avanti ! est partiellement le produit), après un court « revival » au milieu des années 2000, surfant sur la « vague » Besancenot puis sur l’engouement passager pour la création du NPA.

On comprend donc que le PTB n’ait rien à craindre d’un tel « compagnonnage », et au contraire, tout a y gagner, en crédibilité et influence, en potentiel « débauchage » de militants et sympathisants de ces organisations et en « stérilisation » de listes « adverses » sur le même terrain (aussi relative soit leur force d’attraction respective). Tandis que le PSL, à la pratique bien plus centralisée et offensive, risquait d’être plus dur à digérer, comme caillou dans la godasse... ou sur l’estomac. Cette « discrimination » relativise donc vachement la réelle ouverture et volonté unitaire proclamée par le PTB... et par ses « supplétifs ».

Au-delà de cette « exception »/exclusion significative, comme plus globalement de l’enjeu purement électoral, on pourrait aussi relever la semblable fermeture dont le PTB fait preuve envers des camarades (membres ou ex) d’autres courants marxistes, face cette fois à leurs demandes d’adhésion, directes ou indirectes, au parti. Lesquels se sont vu opposer un refus « poli » (mâtiné d’ironie) mais ferme et, semble-t-il, définitif . Il est vrai qu’il s’agit de véritables « cadres » aguerris, et non de jeunes récemment radicalisés, ou de militants ouvriers de longue date mais sans grande culture politique... et donc a priori bien moins « malléables » que ces nouvelles recrues.

Mais aborder cet autre indice excéderait le cadre de cet article – quoique cette question des « conditions d’admissibilité » comme membre – et à quel titre : le « régime » du PTB restant jusqu’ici très sélectif, conditionnel et... disons « différencié » - mériterait d’être développée. Nous y reviendrons sûrement dans de prochaines contributions, et ne l’abordons donc que sommairement plus loin, à propos de la question de « l’entrisme ».

Contentons-nous pour clore ce chapitre de la soi-disant convergence qu’incarnerait la liste PTB-go !, de regretter ce discours hégémonique (c’est le mot), sur le mode « Rester groepier, je ne veux voir qu’une seule tête » (même censément tricéphale), et de souligner une fois encore cette « innovation » qui consiste, surtout de la part des chantres de l’unité et de l’ouverture, du pluralisme et de la diversité à gauche (aspect sur lequel je reviens à la fin de mon article)... à vanter les vertus de la « liste unique ». Ou qui « aurait dû l’être » - ce qui n’est bien sûr pas un tort en soi, mais le tout est de voir à et sous quelles conditions, avec quel équilibre, quelle démocratie interne et réelle participation... une telle liste unissant toute la gauche à la gauche du PS et d’Ecolo aurait été envisageable.

Le(s) paradoxe(s) de la « conversion » réformiste du PTB

Par ailleurs et bien plus largement, il y aurait également à mentionner toute une série de critiques tout à fait fondées sur la ligne actuelle du PTB, et singulièrement sur son programme électoral. Mais ici aussi, cela nécessiterait un article à part entière. Pour parler encore plus globalement de son « évolution » en cours depuis le congrès de 2008, on peut toutefois reconnaître de nombreuses transformations significatives, de forme et parfois de fond. Certaines relativement mais indubitablement positives, et d’autres bien moins, voire franchement critiquables – notamment une propension accrue à un discours de plus en plus consensuel et « lisse », clairement réformiste, auquel nous avons déjà fait allusion [5].

D’abord et avant tout, il y a l’ « abandon »... du moins affiché , du mao-stalinisme qui a constitué sa « marque de fabrique » et son axe fondateur depuis ses origines, avec tout ce qui « va avec ». A savoir un ensemble de « références » et de « modèles » des plus douteux (des révolutions, des régimes, des dirigeants... très contestables – et, heureusement, de plus en plus contestés, comme le démontre encore le Venezuela -, montrés en « exemples » et « guides »). Mais s’agit-il d’un abandon réel et total ?

En cette matière, et a fortiori vu le passé, ancien et récent, du PTB, je préfère quant à moi « voir venir », si pas comme Soeur Anne (pas de faux ni mauvais procès, on ne peut pas dire qu’on n’a « rien vu venir »), du moins comme Saint Thomas : « voir et toucher pour croire ». Et donc attendre les résultats de ce fameux congrès de rénovation programmatique, un peu l’Arlésienne, annoncé comme imminent puis reporté pour cause de « mère de toutes les élections » – mais là encore, soyons de bon compte et reconnaissons-leur cette justification comme sérieuse.

Sans doute à l’issue de celui-ci le PTB larguera-t-il ces/ses « casseroles » les plus « encombrantes » et embarrassantes (et, objectivement, devenues les plus caduques et inutiles aujourd’hui). Mais je doute très fort qu’il renonce à son appui inconditionnel, voire aveugle, à divers Etats caractérisés comme « progressistes », aussi détestables soient leurs dirigeants (là encore le soutien acritique au « chavisme » en est une illustration caricaturale), leur caste dominante, leur répression politique des minorités nationales, religieuses ou de leurs opposants, y compris de gauche et ouvriers . Voire pour certains leurs visées expansionnistes, leur sous-impérialisme local, leurs compromissions avec l’impérialisme global...

En outre et surtout, le stalinisme ne se résume pas à l’adoration du Petit Père des Peuples et/ou de ses divers disciples plus ou moins hérétiques (Mao , Tito, voire le Che, pourtant si longtemps honni par le PTB pour cause de soviétophilie supposée). C’est bien plus que cela : tout un corpus théorique et pratique, et plus exactement un ensemble de pratiques. Bref, une certaine conception du « parti de la révolution », comme disait l’autre.

Un pari... sur un pari

Et là, la question reste entière. Je n’ai aujourd’hui aucune garantie que le PTB ait vraiment changé sous cet angle de la démocratie ouvrière, dans ses murs comme au sein du mouvement ouvrier, ni du rapport « du » Parti avec ce dernier et l’ensemble de la classe, comme avec les autres forces de la gauche radicale... Et j’ai au contraire de bonnes raisons d’être dubitatif, si pas franchement sceptique. Or, répétons-le, ces questions sont loin d’être purement théoriques, justement ! Ce sont pourtant elles qui conditionnent le type de relation possible avec ce parti, que ce soit là encore en « interne », pour ceux qui décideraient de sauter le pas, ou même en tant que « partenaire », à un titre ou un autre, comme individu voire collectivement, sous la forme de courant et/ou d’organisation distincts.

Et donc, si l’aggiornamento du PTB est indubitable, quel est-il, sur la forme et le fond, et jusqu’où ira-t-il ? Personnellement, je préfère ne pas faire de pari sur l’avenir, en me livrant au genre de prospective à laquelle Jean Peltier se risque, certes avec un grand sérieux, dans son texte. La futurologie dans ce domaine tient trop souvent de la politique...-fiction. D’ailleurs, Jean lui-même se garde bien de trancher, ni même « pencher », en faveur de l’une ou l’autre hypothèse, dans son alternative à trois branches. Pour paraphraser Ataulfo Riera, je pourrais donc demander : « Du futur, faisons table pleine, voire abondante ? ». Qui vivra, verra...

Le stalinisme, « un détail de l’Histoire » ?

De plus, un autre discours que l’on entend régulièrement autour de la nature réelle du PTB, y compris avec son actuelle « mutation », et de ce qu’on peut en attendre – ou craindre -, me paraît particulièrement insupportable. Surtout quand il émane de camarades issus de la tradition anti-stalinienne (essentiellement trotskiste, mais pas seulement).

A savoir que « revenir » sur les « origines » staliniennes (et maoïstes, ce qui n’est guère beaucoup mieux, en termes de millions de morts, de régime policier, de terreur étatique, de bilan désastreux sur le plan économique, social et écologique)... serait faire preuve d’acharnement, de sectarisme, d’esprit revanchard et obsessionnel, de vieilles querelles (dé)passées n’intéressant plus personne, à part de « vieilles barbes » de mon espèce, etc.

Et/ou alors, que ce serait faire injure au PTB et nier l’évidence de sa « mue », certes encore inachevée, mais à respecter comme un « work in progress ». Alors, que le PTB ne soit plus un parti stalinien « pur jus », je l’ai dit. Et que nul ne peut prédire exactement où son processus de « rénovation » le mènera, également. Mais de là à vouloir faire l’impasse sur les vraies questions que toute l’histoire, y compris récente, du PTB pose bel et bien, c’est un peu court... et, au risque de me répéter, indigne de marxistes révolutionnaires.

Comme si l’avènement du stalinisme et ses causes profondes ne constituaient [6] pas LA question décisive de la gauche et du mouvement ouvrier, et celle incontournable et massive pour comprendre le 20e siècle... et donc notre 21e débutant ?!

LA question indispensable à « élucider » et résoudre (avec celle du défi écologique) si l’on espère voir un jour triompher le (vrai) « Socialisme du 211e siècle », précisément. Oser traiter ainsi un tel sujet par-dessus la jambe, comme s’il était « irrelevant », ou du moins « inopportun » dans le contexte actuel, « déplacé », « hors sujet », « ringard » ; bref un luxe inutile et même nuisible... laisse pantois, venant de la part de soi-disant tenants du socialisme par en bas, de la démocratie ouvrière, de l’autogestion, etc.

Circulez, rien à voir ! Ah, bon ?

Ce qui renvoie à une autre question (ou plutôt à une autre facette de la même question), « brillamment » illustrée par une chronique de l’ineffable Tom Goldschmidt sur son blog.

Répondant aux objections – et légitimes inquiétudes - de ceux qui s’interrogeaient sur le type de projet de société que le PTB défendait vraiment, et donc « portait en ses flancs » au cas où « il arriverait un jour au pouvoir » - manière d’ailleurs en soi déjà très révélatrice (d’une vraie défiance) de formuler cette réserve -, il esquivait ouvertement toute réponse sérieuse. Ou plus exactement, écartait du revers de la main ces craintes comme absurdes, ou à tout le moins « prématurées », « totalement abstraites » - je ne cite pas textuellement, mais telle était bien la teneur de son discours, d’ailleurs entendu aussi ça et là au gré des conversations sur le sujet. Un comble ! Surtout de la part de celui qui, jadis, s’était longuement penché sur la question de la dégénérescence de l’URSS en un régime totalitaire... Aujourd’hui, c’est : circulez, cela n’a rien à voir...

Je me rappelle à ce propos une réflexion très judicieuse et profonde de mon ami Jean Vogel, qui me faisait remarquer - il y a un bonne dizaine d’années de cela ! - que les nouvelles générations étaient totalement ignorantes, et osons le dire analphabètes, quant à la tragédie du stalinisme. Et donc très « perméables » - pour ne pas dire vulnérables – à la propagande du PTB, celui-ci se gardant déjà à l’époque de revendiquer trop ouvertement son « héritage » en la matière.

Cette vérité – et cette préoccupation– s’avèrent encore plus vraies une décennie plus tard, pour celles et ceux né-e-s au moment de la chute du Mur, ou même peu après, ne sachant pour la plupart rien de Pol Pot, des boat people vietnamiens (ou des balzeros cubains). Ni encore moins du terrible prix du maoïsme : le Grand Bond en avant, qui s’avéra un recul catastrophique résultant dans une famine et une hécatombe ; les « Cent Fleurs » qui se terminèrent par le massacre et la déportation des artistes et intellectuels ayant pris au mot le Grand Timonier dans ses exhortations à la critique ; et surtout la prétendue « Révolution Culturelle » si célébrée par la jeunesse occidentale soixante-huitarde, mais qui déboucha en fait sur le chaos et une véritable guerre civile, là encore réprimée dans le sang et les travaux forcés pour toute une génération qui avait elle aussi cru aux ordres de Mao, les encourageant à « faire feu sur le quartier général » et à faire fi de toute autorité. Sans compter la fabrication de la bombe « chinoise », qui coûta une année de PIB, laissant exsangue l’économie et le peuple chinois... Et nous ne dirons rien de la « matrice » soviétique de ce « modèle » mis sur pied par le tyran du Kremlin.

Il est vrai que pour ce qui est de ce dernier, le stalinisme au sens originel n’a plus « la cote », y compris auprès des jeunes. Mais combien d’entre eux en connaissent l’histoire effroyable et les conséquences dramatiques ? Et cela, pas seulement en termes « objectifs », cette multitude de sacrifiés, dans le goulag, les déportations de populations, les « grands travaux » engloutissant les forçats exténués, l’industrialisation et prolétarisation des campagnes, avec son lot de paysans affamés et massacrés, la fine fleur des arts et de la science réduits au silence ou au service du despote et de ses délires ?

Mais aussi et peut-être surtout, l’ « héritage » monstrueux qu’il nous a légué : l’aile authentiquement révolutionnaire, la plus à gauche du mouvement ouvrier international, exterminée, laminée, quasi éradiquée, et la disparition (ou la falsification, ce qui est peut-être plus grave) consécutive et presqu’aussi complète de l’oeuvre de Luxemburg, Trotsky, Gramsci... Et de Lénine lui-même, complètement trahi et travesti par les charlatans, imposteurs et usurpateurs. Enfin et surtout, la classe ouvrière et la gauche « désenchantées » et désespérées pour au moins deux générations. Plus la domination littéralement écrasante de « traditions » et conceptions aussi catastrophiques que perverses, faisant des ravages jusque dans nos rangs, parmi les opposants au stalinisme qui ont fini par le singer, dans une sorte de mimétisme « symétrique ».

Face à un tel état des lieux, à une faillite aussi sinistre et totale, mettre sous le tapis ces questions qui dérangent et qui « fâchent » (tout rouge les nouveaux alliés et « protecteurs » du PTB), c’est un peu léger. Ou très lourd, c’est selon.

Alors, d’accord pour ne pas se focaliser exclusivement là-dessus, ne pas donner dans l’exclusive sectaire sous prétexte de « régler des comptes » historiques, ni en faire une « fixation »... mais de là à prendre l’exact contre-pied, donner dans le travers inverse/é, en faisant l’impasse sur cette problématique absolument capitale pour la gauche... il y a de la marge !

« Le PTB ou le néant ? »

De plus, bien plus fondamentalement et pratiquement, il est faux d’affirmer que le PTB serait la seule possibilité d’avoir accès à un travail de terrain, un investissement concret dans les luttes, comme le moyen de rencontrer et côtoyer « les masses », les coudoyer dans le combat et la vie quotidienne.

Il est certes incontestable que le PTB a accompli ces dernières années un saut qualitatif énorme et sans précédent (pour lui comme pour l’ensemble de la gauche de la gauche, et ce depuis au moins quatre décennies). Et que, rétrospectivement, il a réussi depuis une vingtaine d’années un réel « ancrage » populaire (via Médecine pour le Peuple, ses avocats « progressistes », ses ventes et piquets aux portes des entreprises, ses délégués combatifs et même un début d’implantation dans les appareils syndicaux, son travail antiraciste dans « les quartiers », etc.).

D’ailleurs, soyons honnêtes : s’il a pu remporter des succès aussi spectaculaires que fulgurants depuis son congrès de « révision », ce qu’il récolte aujourd’hui ne tient pas seulement à son autocritique et son changement de cap, c’est aussi et d’abord le fruit d’un travail de trente ans qui force le respect. Mais donc, une bonne part des arguments avancés par celles et ceux qui plaident pour (que dis-je, « exigent ») un ralliement au PTB étaient en fait largement valables dès les années 90 et au début de cette décennie. S’il faut les suivre, logiquement, la « conversion » généralisée qu’ils appellent de leurs voeux aurait alors du être assumée et consommée dès cette époque ? D’ailleurs, certains le reconnaissent, voire le revendiquent explicitement.

Personnellement, je ne peux évidemment pas être d’accord. Si le PTB a surpassé de manière écrasante toutes les autres organisations politiques de la gauche radicale, il existe toutefois d’autres formes d’engagement « large », d’implication et « immersion » dans le mouvement de masse. A commencer par l’action syndicale, et ses « extensions » (ne pensons qu’à des organisations « soeurs » telles les diverses composantes du MOC – un mouvement autrement représentatif, soit dit en passant – ou l’Appel autour de Daniel Piron). Mais c’est vrai aussi de mouvements plus modestes et spécifiques - je parle des initiatives les plus « autonomes », plus ou moins spontanées (Comités Action Europe, Initiative de soutien à la Grèce qui résiste, D19-20,…) ou plus « institutionnalisées » et semi-professionnelles (CADTM, Acteurs du Temps Présents...) avec toute la « gamme » intermédiaire.

Certes, cela n’équivaut pas à, ni ne « remplace », le remarquable enracinement du PTB, le lien très fort qu’il a pu se créer avec la population via son implantation locale. Là aussi, comme au niveau électoral, on peut penser qu’il ne « joue plus dans la même cour » que les autres. Encore que, pour ce qui est de l’influence sur le plan international, les choses sont différentes : le CADTM a par exemple une aura et un « réseau » autrement plus conséquents et étendus – ce qui est un autre aspect du débat, et une sérieuse faiblesse du PTB, que je n’ai pas la place de développer ici.

Mais faire de cet « avantage » indubitable qu’il a acquis au niveau belge un argument d’autorité pour mépriser et disqualifier « tout le reste » de la mouvance non PTBiste (et désormais « assimilée »), ou, pire encore, la « nier » comme disent les ados, la considérer comme nul et non avenue... ne peut être le fait que de camarades qui manquent cruellement d’implantation, justement, car de pratique concrète de terrain.

Non, le PTB n’est pas l’alpha et l’omega de la lutte des classes, ou encore moins de la pratique révolutionnaire « tangible ». Il y a d’autres formes d’organisation que celles incarnées (ou « suscitées » et/ou instrumentalisées) par l’extrême-gauche classique.

Hors du parti, point de salut ?

Et que les choses soient claires : je le répète, je ne suis pas (et n’ai pas « viré ») anarchiste, « autonome », ou spontanéiste. Je continue à penser qu’un parti révolutionnaire est nécessaire et même indispensable pour, non pas « mener » (au sens verticaliste et militarisé), ni encore moins « faire » [7], mais aider à se que s’accomplisse, une révolution sociale et politique dans ce pays, comme partout en Europe et dans le monde.

Mais je suis par contre de moins en moins sûr (si tant est que je l’aie jamais pensé) que le PTB le veuille et le défende, lui. Ni qu’il représente ce parti, fût-ce en germe ou en devenir. Que ce soit sous sa forme étroite, purement révolutionnaire, ni même en tant que « parti large » rassemblant les anticapitalistes, réformistes ou plus radicaux. Une étape que je juge sans doute inévitable aujourd’hui, comme un premier pas dans la recomposition d’un pôle de lutte de classe vraiment significatif et capable de peser sur les événements.

Et je le regrette : je préférerais mille fois vivre et agir en France, avec un Front de Gauche, malgré ses soubresauts actuels qui n’augurent hélas rien de bon, et un NPA, malgré son échec relatif mais évident au vu de son ambition originelle. Seulement, voilà : « à défaut » d’un semblable instrument, je n’en tire pas les mêmes conclusions que Jean Peltier – et que tous ceux qui pensent comme lui, en tout cas sur le plan pratique.

Et comme je ne veux pas m’aventurer à des spéculations hasardeuses, ni encore moins à des « prophéties » [8], j’avoue ignorer les formes que prendra cette nécessaire et très probable refonte de la gauche radicale.

Une chose est toutefois sûre : le PTB en sera inévitablement une composante majeure et incontournable, sous sa forme actuelle ou celle qu’il prendra à l’avenir. Et cela, quoi qu’il advienne de lui, y compris dans l’hypothèse la plus pessimiste. Car lui non plus, malgré sa « robustesse » apparemment à toute épreuve, n’est pas immunisé contre une crise également majeure, vu les contradictions énormes qu’il recèle. Et, plus encore, qu’il a accumulées ces dernières années, au fil de sa croissance excessivement rapide, et donc lourde de dangers.

Ce qui n’est évidemment pas une raison ni un « alibi » pour l’ignorer, le mépriser, l’ostraciser ou le « snober », une attitude qui serait aussi stupide que suicidaire. Ni encore moins pour le contrer systématiquement, gratuitement et « pour le plaisir ». Mais pas non plus, au nom de « l’urgence » et d’un rapport de forces « imparable », pour s’y dissoudre sans état d’âme.

En guise de conclusion (provisoire)

Une foule d’autres éléments mériteraient d’être traités ici : aspects du débat relatifs au PTB en tant que tel, à son bilan et ses perspectives, son régime interne, sa nature profonde (« révolutionnaire » ou réformiste ?), etc. Mais ce texte est déjà bien trop long et touffu que pour en rajouter.

De toute façon, cette « amorce » n’en est que plus une incitation à poursuivre cette fraternelle confrontation, un des intérêts et une des raisons d’être même de notre projet à Avanti.

Enfin, il va de soi que cette discussion ne s’arrêtera pas au soir du 25 mai, ni le lendemain, à la découverte des résultats du scrutin... Au contraire elle mérite de se prolonger et développer dans les mois à venir. Ce n’est qu’un début, continuons le débat !

VEGA : Pour une gauche radicale... et plurielle !


Dans ma contribution, comme annoncé d’emblée, je n’ai pas mis l’accent sur l’alternative – au sens électoral, car je l’ai fait sur le terrain des luttes – que je défendais par rapport à « l’exclusivité » (et l’exclusive) pro-PTB, à savoir le vote pour VEGA. C’est l’objet de ce deuxième texte.

Tout d’abord, je précise que, là encore, d’autre choix « alternatifs » sont possibles, et que je comprends et respecte tout autant ceux qui par exemple défendent les couleurs de « Gauches Communes ». Une liste que j’ai soutenue lors de précédentes campagnes, parmi laquelle je compte de nombreux excellents camarades, et dont je peux très largement me retrouver dans le programme qu’elle avance. Si telle n’est pas ma décision, c’est pour trois raisons.

D’une part, je pense qu’il s’agit clairement d’une liste « par défaut », pour ne pas dire par dépit. Si cela n’avait tenu qu’au PSL (et probablement aussi au Parti Humaniste, même si j’en suis moins sûr), elle n’existerait tout simplement plus, et ses animateurs auraient rejoint le camp des « go-istes ». C’est bien parce que cela leur a été interdit qu’ils ont dû se rabattre sur cette nouvelle présentation en (quasi) solo...

Ensuite, parce que, justement, cette situation laisse présager que, dès que l’occasion s’en présentera, en clair que le rapport de forces le permettra, c’est dans la même configuration que ce « cartel » éphémère se fondra.

Enfin, dans ce contexte, on ne peut vraiment pas parler d’une initiative crédible, originale ni porteuse d’avenir. Quel recul par exemple par rapport au Front des Gauches d’il y a quatre ans, sans parler de l’échec désastreux et impardonnable de l’UAG-CAP, sabordé par des querelles intestines et des combats de coqs, dont le PSL porte d’ailleurs une part de responsabilité. Soit, je ne suis pas là pour faire de l’archéologie électorale, mais je suis persuadé qu’à ce moment clé et charnière, un vrai « cap » et une authentique (et peut-être unique) opportunité de voir émerger un pôle large de gauche radicale ont été ainsi manqués et gâchés. Et que nous en payons toujours le prix...

Venons-en maintenant à l’autre principale liste de gauche (... je ne dirai pas « à gauche », mais disons « à côté » du PTB), à savoir VEGA.

Si j’ai été séduit par ce « nouveau-né » (ou plutôt ce développement d’un embryon pas très convaincant à Liège), c’est, outre son programme dans lequel je me retrouve très largement, par sa composition, tant personnelle que « sociologique ». Une représentativité reflétant cette mouvance de militants insérés dans tout un réseau d’associations de terrain... et de combat (sur divers « fronts » de lutte : syndical, social, antiraciste, féministe, démocratique, environnemental, anti-austéritaire...).

Pour l’anecdote (significative), lors d’un saut inopiné en plein secrétariat fédéral, j’ai eu la surprise et le plaisir de découvrir que, sur la dizaine de présent-es, j’en (re)connaissais six ou sept, et ce dans le cadre de divers luttes et campagnes menées en commun. Certains depuis trente ans, d’autres depuis quelques semaines... mais toutes et tous avec énormément d’affinités et de convergences, et beaucoup d’estime pour leur(s) engagement(s).

Ajoutons y la dimension « rouge-verte » (et non l’inverse), soit avec un « isotope » anticapitaliste très marqué, combiné à une réflexion écologique vraiment profonde et novatrice. Et aussi le caractère éminemment démocratique et pluraliste de la démarche, notamment pour l’élaboration du programme. Une attitude ouverte et foncièrement respectueuse également envers le reste de la gauche radicale. Sans œcuménisme ni volonté de forcer une unité factice à tout prix, mais sans ostracisme ni sectarisme non plus (cela, pour réfuter l’imbécile reproche d’anti-PTBisme primaire et l’étiquette de diviseurs malintentionnés dont on nous affuble, soit par ignorance, soit par mauvaise foi).

Alors, bien sûr, reste la question des résultats qu’on peut espérer de cette nouvelle pousse, que ce soit au plan purement « comptable », comme plus diffus mais concret, en termes de contacts noués, de courant de sympathie, de réseau à construire... et d’adhésions pures et simples. On verra...

Selon toute vraisemblance, il fait peu de doute que sur le plan strictement électoral, nous ne ferons pas le poids face au « tsunami » (façon de parler, tout est relatif) annoncé du PTB. Mais, sans être négligeable (après tout, restons honnêtes, on ne se présente pas aux élections « pour du beurre », ou pour la forme), je pense que ce n’est pas le seul aspect qui... « compte », ni même l’essentiel. La dynamique que semble augurer ce que je considère comme une « heureuse surprise » dans le paysage de la gauche radicale m’apparaît comme bien plus précieuse et importante.

D’autant – et surtout – que, précisément, cela rompt avec la logique hégémonique et, nonobstant « l’ouverture » entrebâillée par le PTB, largement monolithique, qui règne dans le cadre de ces élections. Car, pour ce qui me concerne, le fait que, à la gauche de « la gauche de pouvoir » , ce ne soit pas le PTB à tous les étages, se présentant seul aux suffrages des travailleurs, me semble plutôt une très « bonne nouvelle ».

Il est vrai que je plaide et milite pour une gauche radicale véritablement plurielle, comme le seul gage de la recomposition de celle-ci, que j’appelle de mes vœux. Et d’avancées futures, face au bloc du « centre-gauche » et « centre-droit » du social-libéralisme dominant et dirigeant.

Notes :


[1Pour éviter les procès d’intention, je précise que, dans cette critique, je vise bien plus les « compagnons de route », plus ou moins récents, du PTB, que ses membres et représentants, ces derniers étant paradoxalement moins « offensifs » (et parfois offensants) que leurs « supporters », lesquels font preuve souvent d’un pénible zèle des convertis.

[2Le dernier et plus stupéfiant exemple en date étant l’hommage appuyé et même « personnalisé » (les prénoms de la veuve et des « orphelins ») dont le parti « des gens, pas du profit » a gratifié le clan Dehaene, dès qu’on a appris que le pater familias avait avalé son extrait de naissance. Communier dans l’eau bénite répandue sur le lieutenant du Martens des pouvoirs spéciaux, l’artisan du Plan Global, le fidèle participant à la première Guerre du Golfe, le calamiteux « Premier » lors de l’Affaire Dutroux, et déplorable et déficient « gestionnaire » de la crise de la Dioxine, sans oublier le remarquable administrateur de (la faillite) Dexia... fallait le faire !

[3Voir à ce propos le discours, très « révélateur », de Louis Van Geyt, ex-président – et parlementaire – du PCB dans sons interview publié par le magazine « Ensemble ! » du CSCE, dans son n° 81. Celui-ci rappelle à juste titre les exortations de Lénine en ce sens, adressées aux partis communistes (notamment à leur aile « gauchiste » allemande), mais pour en faire une « lecture » très unilatérale et une interpréation fort douteuse pour l’époque actuelle. Nous publierons bientôt la version intégrale de cet entretien dans ces colonnes, assorties d’une analyse critique.

[4Parmi le rares exception à sa règle, signalons, il y a trente ans de cela, la première expérience unitaire à laquelle il a accepté de se prêter, de très mauvaise grâce, contraint et forcé par un rapport de forces qui lui interdisait de faire cavalier seul comme partout ailleurs à Bruxelles : la liste « anti-Nols » Démocratie Sans Frontières à Schaerbeek. Et en 2003, l’unique autre tentative du genre : l’opération très coûteuse et cuisante (y compris sur le plan intene) du cartel avec la Ligue Arabe d’Abou Jahjah.

[5Cf. le récent interview de Raoul Hedebouw sur les ondes de Matin Première à la RTBF où, à la question de savoir si le PTB était « contre le capitalisme ? », il a répondu par une pirouette sur Arcelor Mittal, incarnation du libéralisme le plus sauvage. Comme le disait le tirre de l’émission TV également rtbéenne : « Répondez à la question ! ». Cela nous rappelle Di Rupo se faisant démonter par un militant et intellectuel réputé, lors d’une convention altermondialiste en Italie, où le bel Elio avait dénoncé avec des trémolos « l’hyper-capitalisme »... son interpeleur lui demandant pourquoi ces diatribes ne s’adressaient qu’au capitalisme avec ce « préfixe »... Si même l’anticapitalisme, pourtant de plus en plus populaire (et plus seulement l’antilibéralisme) devient encore trop radical pour être assumé et revendiqué, il y a tout lieu de s’inquiéter sur les bornes de cette « prudence ».

[6Avec celle du bilan, tout aussi désastreux et traître, de la Social-Démocratie – ne célèbre-t-on pas le centenaire de la « Grande Guerre », fraîche et joyeuse, à laquelle les camarades de Jaurès ont appelé, la fleur au fusil, forçant les travailleurs à aller s’entretuer dans la pire boucherie jamais connue à l’époque.

[7Contrairement à la formule rabâchée de Guevara, trahissant sa vision totalement « substitutiste » : « Le devoir du révolutionnaire est de faire la révolution », mais bien de l’accompagner, voire la guider, mais dans un rôle d’ « accoucheur » de celle-ci... et de son véritable agent : la classe ouvrière indépendante, selon la devise bien plus correcte de Marx : « L’émancipation des travailleurs sera l’oeuvre des travailleurs eux-mêmes ».

[8Trotsky lui-même, tout « prophète (dés)armé » qu’il fut, souvent très pénétrant dans ses analyses et paris, s’est aussi lourdement trompé à de nombreuses reprises, beaucoup de ses pronostics exagérément optimistes ayant été douloureusement démentis par l’Histoire.