PTB : Du passé faisons table rase ?

Ataulfo Riera 9 mai 2014

PTB : Du passé faisons table rase ?

La campagne électorale des listes « PTB-go ! » semble cartonner et la dynamique est bien réelle. Si les sondages — qui créditent le PTB-go ! de 6 à 9% d’intentions de vote — ne sont pas vraiment des instruments d’évaluation fiables, ils indiquent néanmoins une nette progression. Les meetings du PTB-go ! sont en tous les cas bien remplis ; sa présence dans les médias est quasi quotidienne ; des dizaines de « personnalités » progressistes de tous bords soutiennent ses listes et le PTB percole (même si c’est souvent involontairement !) avec les divisions internes à la bureaucratie syndicale et parmi les militants par rapport aux liens étroits unissant les sommets de la FGTB et le PS.

Tout en ne niant pas certains aspects positifs de la campagne du PTB-go ! (entre autres l’expression d’une voix dissonante dans le consensus néolibéral des partis traditionnels), l’objet de cette contribution personnelle est d’aborder de manière critique une série de questions problématiques que soulèvent cette « percée ».

Disqualifier toute critique et la « concurrence » ?

Le premier problème concerne précisément la question de la critique. Ainsi, le succès de la campagne du PTB lui attire parfois des attaques particulièrement stupides ou malhonnêtes de la part de journalistes, du PS ou de pontes syndicaux. Mais à côté de ces attaques, relevant souvent d’un anticommunisme primaire — et à condamner comme tel —, il existe cependant aussi des critiques ou des doutes parfaitement légitimes et justifiés exprimés par des progressistes au vu de la nature, de certains positionnements et de l’historique de ce parti (on y reviendra). Or, loin d’y répondre sereinement, on constate encore trop souvent que dans les rangs du PTB ou de ses alliés, ces critiques légitimes sont amalgamées aux premières afin de les disqualifier ou de clore tout débat de fond. On en arrive même à accuser ceux qui portent ces critiques de « faire le jeu du PS », voire de « rouler pour le MR », ce qui ne contribue pas vraiment à créer un climat de discussion particulièrement sain à gauche.

Face aux autres listes de la gauche radicale (VEGA, Mouvement de Gauche, Gauches Communes, etc.), le discours officiel du PTB est des plus discrets, et c’est tant mieux. Mais on peut parfois constater ici ou là une reproduction étonnante du même type de discours tenu par le PS ou du sommet de la FGTB vis-à-vis du PTB lui-même contre la « dispersion des voix à gauche » et en faveur du « vote utile ». Ainsi, le fait que le PTB a des chances très réelles d’obtenir des élus est parfois utilisé comme un argument d’autorité se suffisant à lui-même pour imposer l’évidence d’un vote en sa seule faveur et pour ne pas « disperser les voix » de la gauche radicale. Les divergences programmatiques ou stratégiques et la question clé du choix de société portés par les différentes formations en lice sont ainsi complètement évacuées.

Plus grave encore, on a pu lire aussi sous la plume d’un dirigeant de la LCR (Ligue communiste révolutionnaire), désormais alliée au PTB, que le mouvement VEGA, co-fondé par Vincent Decroly, avait opté pour la « stratégie » de « faire le jeu de la social-démocratie et de l’establishment en général, en considérant que pas d’élu de gauche vaut mieux qu’un élu PTB ». [1] Une argumentation qui rappelle étrangement le discours du PTB à sa pire époque, quand il dénonçait précisément «  les trotskystes du POS » (l’ancien de nom de la LCR) comme des « alliés du PS » à partir de la bonne vieille logique sophiste : « puisque le PS est contre nous, alors tous ceux qui sont contre nous roulent pour le PS ». Aujourd’hui, puisque le PTB serait devenu pour certains la « seule alternative politique à gauche », tous ceux qui ne s’alignent pas sur lui feraient donc « le jeu de la social-démocratie et de l’establishment en général »… Heureusement, depuis lors, le climat s’est un peu détendu sur ce terrain, disons, glissant.

Dans un autre registre, mais avec la même sorte de logique, les réactions face au livre de Pascal Delwit, « PTB, nouvelle gauche vieille recette », [2] sont elles aussi symptomatiques. Ce livre, semble-t-il, apporte bon nombre d’éléments concrets et de citations de textes ou de déclarations émanant du PTB et de ses membres qui visent à démontrer l’existence d’un « double discours » dans ce parti (ouvert et modéré côté « restaurant », stalinien pur et dur côté « cuisine », c’est à dire dans son noyau dur). Loin de le réfuter par des arguments étayés ou par des textes à l’appui, la réaction du PTB [3] et de ses membres a souvent été de « botter en touche » sur l’argumentation de fond, d’ignorer les citations et les faits précis et, surtout, de disqualifier l’auteur en le présentant presque comme un agent à la solde de Paul Magnette et son livre comme une attaque « téléguidée » par le PS. Quand bien même ce serait exact, cela n’épargne nullement de le prendre au sérieux ni de le réfuter de manière précise.

Un passé qui ne « passera pas » sans un bilan critique

Deuxième problème important, lié à ce qui vient d’être dit : celui d’une certaine tendance dans le discours porté par le PTB, ses nouveaux alliés et autres « compagnons de route » vis-à-vis de son rapport au stalinisme. Pour certains, ce rapport ne relèverait que d’un passé parfois si lointain qu’il ne vaut même plus la peine d’être évoqué aujourd’hui tant il sent la naphtaline. La mise en avant de cette question est parfois taxée « de débats d’un autre âge » ou de « vains combats d’arrière garde ». Pour d’autres, sans nier l’existence de plusieurs problèmes (notamment sur les questions féministes) il faut tout bonnement « tourner la page » vis-à-vis des « anciennes querelles » pour ne penser qu’à l’urgence du présent et à construire l’avenir [4]. Enfin, d’autres encore estiment que le maintien ou non du stalinisme au sein du PTB est une question secondaire au regard de sa « percée » et des enjeux électoraux actuels. À leurs yeux, vu que le PTB n’est de toute de façon pas prêt d’arriver au pouvoir, la question de sa nature et de son projet de société n’ont donc peu ou pas du tout d’importance actuellement. [5]

Prenons d’abord le premier argument : si tout ce qui relève du passé n’est pas relevant et qu’il « ne sert à rien de ressasser le passé », alors ne parlons plus de Karl Marx, qui écrivait en plein XIXe siècle (autant dire aux calendes grecques) et ne parlons pas non plus des révolutions allemande, espagnole, chinoise, vietnamienne, portugaise ou nicaraguayenne ou de la révolte de Mai 68, qui remontent toutes à ce bien lointain XXe siècle…

Si le passé a toute son importance, c’est justement parce qu’il détermine largement le présent et peut parfois (même si ce n’est jamais à l’identique) préfigurer l’avenir. Et si, à l’évidence, le PTB d’aujourd’hui n’est plus tout à fait le même que celui d’hier, il est difficile de croire, à l’inverse, que des années de formation de ses cadres, de défense outrancière et de pratiques staliniennes n’aient laissé aucune trace.

Mais, en réalité, le fond du problème n’est pas tant que le PTB ait eu un passé ultra-stalinien, ou même de savoir à quel degré il maintient encore ou non une telle identité dans son « noyau dur », ou si sa « rénovation » n’est qu’une pure opération de communication ; la question clé et fondamentale est qu’il n’a jamais tiré un trait officiel ni un bilan critique sérieux de ce que représente et signifie le stalinisme qu’il a si ouvertement défendu pendant des années.

Son porte-parole, Raoul Hedebouw, a beau jeu de renvoyer essentiellement la chose à des « débats d’historiens » ou d’affirmer dans les grands médias que le PTB n’est pas « staliniste », le « hic » est qu’il n’existe aucun texte de congrès ou document officiel adopté par son parti qui démontre qu’il ne l’est effectivement plus et qu’il en a tiré les conclusions nécessaires. Pire encore, en dépit des efforts du PTB visant à faire disparaître en catimini une série de sources gênantes, il existe bel et bien encore des documents et des textes programmatiques (à commencer par ses propres statuts de 2008 [6]) qui infirment clairement de tels propos. Et c’est bien là que le bât blesse : on ne se débarrasse pas du stalinisme en le glissant discrètement du bout des pieds sous le tapis pendant qu’on clame bien fort que « la rénovation a été faite » [7] et qu’il est temps de passer à autre chose…

Le « marxisme du XXIe siècle » ne peut avoir la moindre scorie stalinienne

Pourquoi autant insister sur ce point ? Pour deux raisons principales, étroitement liées : d’abord parce qu’on ne peut pas tirer les leçons nécessaires du bilan du mouvement ouvrier au XXe siècle et de l’échec de ses principales tentatives de construire une société socialiste sans comprendre et condamner ce que fut le stalinisme. Ensuite, parce qu’on ne pourra précisément pas construire une alternative anticapitaliste et écosocialiste (et donc profondément démocratique) digne du XXIe siècle sans partir d’une telle compréhension et d’un tel bilan, c’est à dire sans une rupture complète et radicale avec tout ce que le stalinisme a signifié.

Ce dernier, il faut toujours le rappeler, n’est pas une « erreur » ou une « déviation regrettable » du marxisme, il en est l’antithèse la plus complète. Le stalinisme est une idéologie criminelle qui a trompé et poussé des générations entières de militants communistes — sincèrement convaincus de lutter pour un monde meilleur — à commettre, à accepter (au nom du principe anti-marxiste que la « fin justifie les moyens ») ou à ignorer (au nom de la défense de la « patrie socialiste » ou du « parti de la classe ouvrière ») les crimes les plus abominables. Il a contribué à discréditer aux yeux des larges masses le souhait et l’idée même d’une société socialiste alternative, assimilée encore aujourd’hui pour beaucoup aux goulags, à l’État totalitaire, à la répression de toute dissidence, à l’absence de libertés, au parti unique, etc.

Si le stalinisme a historiquement incarné les intérêts de la contre-révolution bureaucratique en URSS (et ailleurs), il ne se limite absolument pas à de l’« histoire ancienne » car il signifie aussi et surtout une pratique, des méthodes organisationnelles, une logique politique et une « conception du monde » dont les effets ont malheureusement déteints sur toute la gauche (y compris celle dite « antistalinienne » [8]) et sont toujours à l’œuvre aujourd’hui.

On le voit bien dans les réactions aux critiques évoquées plus haut, comme dans les positions campistes défendues ou relayées dans les réseaux sociaux par des membres du PTB vis-à-vis de la situation en Syrie ou en Ukraine désormais. On le voit aussi dans sa faible prise en considération de la question centrale du féminisme ou dans le fait que son programme qui reproduit le grand écart social-démocrate classique entre le « programme minimum » et le « programme maximum » (le socialisme) et l’absence de pont entre les deux. On le voit aussi dans la manière dont sont traités les « renégats » du parti [9] ou dans l’attitude de certains responsables, permanents syndicaux ou étudiants membres du PTB à l’encontre de « gêneurs » trop critiques ou de syndicalistes de gauche. Ceux-ci sont parfois « cassés » avec des pratiques qui ne valent guère mieux que celles des pires bureaucrates de droite — tandis que d’autres militants syndicaux du PTB ont quant à eux une pratique syndicale réellement combative.

C’est pour toutes ces raisons là qu’on ne peut pas demander aujourd’hui de simplement « tourner la page » vis-à-vis d’un passé très récent (ou plus lointain), ou par rapport à certaines « casseroles » passées ou présentes que traîne le PTB quant à sa pratique militante, car avant de pouvoir tourner une page, il faut d’abord la lire, la comprendre et en tirer les leçons. Ces questions deviendront encore plus cruciales si la dynamique autour du PTB est appelée (ce qui n’est par ailleurs pas certain) à durer au-delà des élections du 25 mai, et cela parce qu’on ne construit jamais rien de bon ni de durable sur base de l’oubli du passé.

Précisons qu’il ne s’agit pas ici d’exiger du PTB qu’il se traîne à genoux en se frappant la poitrine pour supplier pardon, mais bien qu’il examine et condamne politiquement, avec honnêteté et sans ambigüité de telles pratiques et sa défense des crimes du stalinisme — la liquidation physique des oppositions de gauche anti-bureaucratiques en URSS et ailleurs, l’écrasement de la révolution espagnole, les régimes totalitaires et répressifs en Chine et en Corée du Nord, les assassinats de dizaines de militants de gauche ou de dissidents par des « partis-frères » staliniens comme le Sentier Lumineux au Pérou ou le Parti Communiste philippin… la liste est malheureusement longue.

Ce n’est qu’à cette condition là seulement qu’on pourra sereinement « tourner la page » et estimer que de réelles convergences stratégiques sont possibles et souhaitables — indépendamment d’accords unitaires ou de collaborations tactiques.

Unité relative

Le troisième problème concerne la question de la confusion autour de la nature des listes PTB-go ! [10]. Contrairement à ce que l’auteur de ces lignes avait estimé il y a quelques mois [11], le PTB a effectivement joué la carte d’une certaine ouverture avec l’adjonction du « go ! » (pour Gauche d’Ouverture) au nom de ses listes et des membres de la LCR et du Parti Communiste, ainsi que des « indépendants », participent à la tribune à ses meetings électoraux ou sont présentés comme tels dans son matériel de campagne.

Mais cette ouverture unitaire a toutefois encore ses limites : aucune tête de listes (ou à priori de place éligible) n’a été accordée à des non membres du PTB et ce dernier détient quasiment le monopole de la représentation des listes PTB-go ! dans les grands médias. Ce qui est présenté comme le « programme du PTB-go ! » n’est pas un programme commun élaboré par les trois organisations et les « indépendants », mais bien le programme du seul PTB. Il n’existe d’ailleurs pas de programme commun, ni même de plateforme revendicative minimale commune (mis à part un appel très général) et, en réalité, le « go ! » (officiellement écrit en minuscule et avec le point d’exclamation pour bien indiquer qu’il s’agit surtout de l’expression anglaise) n’a pas vraiment d’existence propre et autonome.

Contrairement à ce que beaucoup semblent penser, le PTB-go ! n’est donc pas un cartel de partis, ni un front d’organisations, ni même à proprement parler une « liste unitaire » : il s’agit bel et bien d’une liste du PTB ouverte à des indépendants et à des membres d’autres partis qui la soutiennent. Autrement dit, il s’agit bien plus d’un prolongement par rapport aux listes passées dénommées « PTB+ » que d’un saut réellement qualitatif. Un « ersatz » d’unité est peut être préférable à pas d’unité du tout, certes, mais à condition de ne pas le présenter pour ce qu’il n’est pas.

Autre limite notable à cette ouverture unitaire du PTB, et qui peut être fort gênante pour ses « partenaires » (ou le reste de la gauche radicale), c’est la remise en avant du (vieux) discours du PTB visant à se présenter comme « le seul parti qui… ». Dans les médias, Raoul Hedebouw affirme ainsi que son parti est « le seul unitaire » en Belgique et «  le seul » à lutter au côté des travailleurs. Dans un appel du PTB soulignant la présence de nombreux syndicalistes sur ses listes, on pouvait lire qu’« aujourd’hui, le seul parti en Belgique qui défend les travailleurs, qui défend nos emplois, le pouvoir d’achat, les services publics, aux cotés des syndicats, c’est le PTB. Le seul parti qui propose des alternatives concrètes comme la Taxe des millionnaires et la suppression des intérêts notionnels, c’est le PTB. Le seul parti, qui est toujours présent aux cotés des travailleurs, dans les piquets de grève, dans les manifestations, dans les actions syndicales, c’est le PTB. ». [12]

Le « tournant unitaire » du PTB, tout comme sa « rénovation en profondeur », semble donc encore relatif. Pour preuve également son refus d’inclure le Parti Socialiste de Lutte, pourtant demandeur [13], dans les listes PTB-go ! C’est dans ce cadre également qu’il faut évaluer la question du regroupement des petites listes pour les régionales à Bruxelles [14], où le PTB a conclu un accord avec le BUB (Belgische Unie-Union belge, un parti unitariste et ultra-monarchiste), le Parti Pirate et Probruxsel, tout en opposant un refus à la demande de VEGA [15] et Gauches Communes de conclure également un tel accord avec eux. Présenté comme purement « technique », ce type d’alliance peut en réalité avoir des conséquences très politiques puisqu’en cas de percée électorale du PTB des sièges peuvent revenir à ses « partenaires » dudit accord.

On peut craindre que, loin d’être motivé par des divergences politiques avec VEGA ou Gauches Communes (dans ce cas, les divergences avec des partis de la droite monarchiste ou régionaliste comme le sont le BUB ou Probruxsel seraient d’autant plus grandes !), le refus du PTB s’explique sans doute par sa volonté d’avoir le monopole absolu de la représentation parlementaire dans la gauche radicale. [16] Dans ce sens, son discours selon lequel un score élevé en faveur des listes PTB-go ! va « renforcer toute la gauche » est pour le moins lui aussi relatif : une percée de ses listes et l’obtention d’élus renforcera surtout le PTB lui-même, en bétonnant sa position déjà hégémonique et dominante dans la gauche radicale.

Quid après le 25 mai ?

Que retenir de tout ceci par rapport aux élections du 25 mai et à ses enjeux électoraux et surtout post-électoraux ? On peut parfaitement comprendre que des progressistes, des militants syndicaux ou des intellectuels révoltés par la montée des inégalités et les trahisons du PS souhaitent utiliser la percée du PTB comme canal pour exprimer leur ras-le-bol et obtenir un élu plus à gauche. Mais cela ne devrait pas pour autant signifier de « signer un chèque en blanc » à ce parti, ni certainement pas de faire « table rase » de son passé, ni d’escamoter la question centrale de son absence de bilan critique et de rupture formelle et assumée avec le stalinisme.

Quant à la grande majorité des travailleurs/euses qui vont voter pour lui, ils ne le feront évidement pas avec de tels questionnements, ni pour sa nature réelle ou supposée, mais bien sur base de son discours médiatique et de son programme de gauche antilibéral.

Plus généralement, à moins de tomber dans le « crétinisme parlementaire » dénoncé par Marx, le champ électoral et parlementaire doit être vu comme un terrain secondaire et subordonné à la lutte des classes et, dans ce sens, les marxistes doivent surtout l’utiliser pour populariser un programme de rupture anticapitaliste en liant des revendications immédiates à la perspective du socialisme. De ce point de vue là, le programme du PTB n’est clairement pas à la hauteur et il est loin de refléter l’approche indiquée, par exemple, par le « programme anticapitaliste d’urgence » élaboré par la FGTB Charleroi Sud-Hainaut.

Au cas où la possibilité d’obtenir des élus est réelle, les marxistes ne peuvent que s’engager à faire tout ce qui sera possible pour eux dans l’intérêt des travailleurs et, en même temps, expliquer que dans la mesure où l’État et les leviers de l’économie restent dans les mains des capitalistes, tout changement réel, profond et durable est impossible et qu’il faut donc que la classe travailleuse conquière le pouvoir politique.

En dehors de ces considérations générales, il n’est pas question ici de donner une quelconque « consigne de vote » précise. Indépendamment de leur possibilité d’être élus ou non, chaque vote en faveur de candidats (et surtout de candidates !) qui défendent avec le plus de cohérence possible dans leur pratique militante des conceptions et des principes anticapitalistes, féministes, écosocialistes, antiracistes et/ou internationalistes, aura toute son importance. Comme disait le socialiste étasunien Eugène Debs : « It is better to vote for what you want and not get it than to vote for what you don’t want and get it. » (il est préférable de voter pour ce que vous voulez et ne pas l’obtenir plutôt que de voter pour ce que vous ne voulez pas et l’obtenir).

Dans ce sens également, ce sera l’addition des scores de toutes les listes de la gauche radicale et anticapitaliste qui reflétera le mieux, en accord avec ses différents niveaux de conscience, la volonté de rupture existant aujourd’hui dans les différentes couches de la société vis-à-vis des politiques néolibérales et de la crise capitaliste. Quant à l’après-élection, c’est là la question véritablement centrale : les différentes formations de la gauche radicale et anticapitaliste auront-elle la capacité (et surtout la volonté) de construire, ensemble avec les syndicalistes de combat, un véritable front de lutte commun contre les attaques antisociales des prochains gouvernements et du patronat ? L’avenir le dira !

Notes :


[3http://www.solidaire.org/index.php?id=1340&tx_ttnews[tt_news]=38367&cHash=99396626bbd8c6630447f13317ebb268

[8Pour être honnête, il faut noter que le PTB n’a pas le monopole de pratiques douteuses et de méthodes bureaucratiques en contradiction flagrante avec les principes proclamés. Certaines limites (surtout sur le terrain féministe) concernent à des degrés divers toute la gauche anticapitaliste qui, si elle critique à juste titre l’incohérence du PS entre ses discours et ses actes, a un bilan qui n’est pas toujours plus brillant du point de vue de la cohérence…

[10Cette confusion entraîne parfois des positionnements significatifs : ainsi, Robert Sénéchal, secrétaire Métallos FGTB Hainaut Occidental, a apporté son soutien officiel aux listes PTB-go ! en pensant qu’il s’agit d’un « nouveau parti » né de la « fusion » entre le PTB, la LCR et le PC… ! http://www.lcr-lagauche.org/nous-devons-trouver-un-relais-politique-pour-faire-entendre-les-revendications-du-monde-du-travail/

[16Interpellés sur ce point, des responsables du PTB expliquent qu’il n’y avait pas de « consensus » parmi leurs partenaires. Une explication curieuse : si le PTB était véritablement guidé par une volonté unitaire de "renforcer toute la gauche", il aurait pu alors, face au refus de ses partenaires de droite, rompre cet accord avec eux et en conclure un autre avec des forces progressistes.